Et les émotions des parents, on en parle ? (la colère, c’est OK)

Et les émotions des parents, on en parle ? (la colère, c’est OK)

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J’ai assisté hier à une journée de suivi de la formation d’éducation émotionnelle que j’ai suivie en octobre dernier. On y a parlé des conflits et de nos limites personnelles. Nous nous sommes demandées pourquoi un grand nombre de personnes qui s’intéressent à la communication empathique et à l’éducation bientraitante finissent par croire que la colère est à bannir absolument, que les conflits sont synonymes d’échec de la relation et que perdre sa patience ne serait-ce qu’une fois est synonyme de maltraitance.

Avoir ce type de croyances pose plusieurs problèmes :

  • on se met une pression énorme sur les épaules avec un objectif inatteignable au point de s’en rendre malheureux;
  • on risque de finir par rejeter en bloc l’éducation bienveillante parce qu’on la considère comme inefficace et trop difficile;
  • les relations vont perdre en authenticité puisque les vraies émotions seront masquées et que la vulnérabilité n’est jamais montrée;
  • on se prive de l’occasion d’apprendre des erreurs et de faire un retour sur expérience (quels ont été les déclencheurs de la crise/ de ma violence ? comment aurais-je réagir autrement ? comment réparer la relation ?);
  • les réactions automatiques, inauthentiques vont dégrader le lien (l’idée est d’utiliser les outils de la communication bienveillante – observer sans juger, identifier les sensations et émotions ressenties, raisonner en termes de besoins insatisfaits – pour clarifier ce qui se passe en soi mais pas pour s’exprimer de manière formelle : la communication avec l’autre a besoin de s’adapter au contexte dans un langage réel, vivant mais toujours dans l’intention de se connecter à l’autre);
  • on ne donne pas un exemple sain aux enfants mais celui de la répression émotionnelle, du manque de prise de responsabilité individuelle, de la non prise en compte des limites personnelles.

Toutes nos émotions sont légitimes et nous avons le droit d’être en colère. Tout l’apprentissage consiste à utiliser l’énergie de colère pour affirmer des limites personnelles sans agresser ni accuser l’autre (en particulier les enfants) et pour servir des besoins insatisfaits à travers des solutions créatives. Personne n’a jamais dit ni écrit que cet apprentissage est facile et qu’il se fait sans erreur.

Comment exprimer sans violence nos émotions intenses de parent ?

Dans leur livre Parler pour que les tout-petits écoutent, Joanna Faber et Julie King exposent plusieurs pistes pour exprimer nos émotions de parents. Elles rappellent qu’il n’est effectivement pas toujours facile de reconnaître les émotions des enfants à travers l’écoute active et empathique. Parfois, nous sommes tellement en colère que nous pouvons penser que cette histoire d’accueil des émotions des enfants va les rendre égocentriques, que tout ça, c’est des foutaises, qu’on a pas eu le droit à tant de sollicitude dans notre enfance et que ça va bien quand même…

Faber et King proposent une approche en trois parties :

1.Exprimer avec intensité comment nous nous sentons vraiment

Quand j’entends que je ne fais jamais ou toujours ceci/ que je suis méchante, ça me rend folle ! Ça ne me donne pas du tout envie de t’aider. 

Je ne veux pas me faire crier dessus et je ne l’autoriserai jamais. 

2.Donner des mots aux enfants qu’ils peuvent utiliser pour demande quelque chose et donner envie de coopérer

Si tu es déçu.e, tu peux me dire : « Maman/ papa, je suis déçu.e. Je voulais vraiment, mais vraiment, aller dormir chez ma copine/ avoir un morceau de gâteau… »

Plutôt que crier, dis moi : « Maman/ papa, je ne voulais pas que tu… Maman/ papa, s’il te plaît, demande-moi avant de toucher mes affaires/ jeter mes dessins… »

3.Reconnaître les efforts de l’enfant

Merci de me le dire/ demander de cette manière. 

Quand tu me le demandes comme ça, j’ai plus envie de t’aider. 

Moi aussi, j’ai passé une belle journée avec toi. Je pense que tu ne voulais pas que cette journée s’arrête et que ça t’a rendu triste et en colère en même temps. 

 

Par ailleurs, Faber et King ajoutent que, si nous avons dit quelque chose que nous regrettons, nous pouvons toujours revenir dessus ensuite quand nous ne sommes plus fâchés (s’excuser), reconnaître l’émotion de l’enfant sur le coup (probablement de la peur face aux cris du parent) et faire un nouvel essai. Cela ne doit pas pour autant devenir une excuse pour justifier le fait de crier tout le temps ou de faire porter la responsabilité de la qualité de la relation aux enfants.

Enfin, il est utile de se souvenir que se calmer quand on est énervé demande du temps. On ne peut pas juste appuyer sur un interrupteur Stop. On peut faire quelque chose pour soi-même et la relation en se donnant un temps de pause. On peut dire aux enfants : « Je suis beaucoup trop fâché.e pour parler tout de suite ! On en reparlera plus tard ! ». Selon ce qui est possible sur le coup, ce temps de pause peut prendre la forme d’une balade dehors seul.e, un retrait dans la chambre pour crier dans un coussin, une pause dans les toilettes pour crier, faire des pompes, faire au câlin au chien ou caresser le chat… Au passage, ce type de réaction apprend quelque chose d’important aux enfants à propos des émotions : la colère n’est pas la fin du monde, c’est un état temporaire et la colère n’est pas synonyme de violence. Ils apprennent également par notre exemple que les conflits ne peuvent pas être résolus dans le feu de l’action (quand on est dans le rouge) mais peuvent l’être quand des conditions plus calmes sont revenues (quand on est dans le vert).

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Source : Parler pour que les tout-petits écoutent : un guide de secours pour le quotidien avec des enfants de 2 à 7 ans  de Joanna Faber et Julie King (Les éditions du Phare). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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