L’hyper-parentalité : la comprendre pour la dépasser

L’hyper-parentalité : la comprendre pour la dépasser

L’hyper-parentalité - la comprendre pour la dépasser

Mercredi 6 septembre, l’émission de France Inter « La tête au carré » était consacrée au thème de l’hyper parentalité. Les invités en étaient Bruno Humbeeck et Béatrice Kammerer. A écouter ci-dessous (ou mon résumé plus bas) :

Présentation de l’émission

On les appelle parfois les parents hélicoptères ou les parents drones… Des parents qui se sentent investis d’une mission éducative telle qu’ils mènent parfois leur famille au burn out.

L’hyper-parentalité n’est ni une maladie ni un désordre, mais une tendance, celle de parents très exigeants vis-à-vis d’eux-mêmes, qui ont décidé de mettre au monde non pas un enfant, mais un enfant heureux et destiné à le demeurer jusqu’à la fin de leur vie.

Quand le parent se met la pression, l’enfant le sent. Quels sont les risques liés à cette hyper parentalité ? Comment en sortir, au profit d’une éducation moins parfaite, mais beaucoup plus sereine ?

Avec

  • Bruno Humbeeck Psychopédagogue à l’Université de Mons en Belgique et Docteur en sciences de l’éducation. Auteur de Et si nous laissions nos enfants respirer ? Ed.Renaissance du Livre, illustrations de Maxime Berger
  • Béatrice Kammerer Journaliste indépendante diplômée en sciences de l’éducation, fondatrice des Vendredis intellos, association de diffusion de connaissances dans les domaines de la parentalité et de l’éducation.

Résumé de l’émission

Une définition de l’hyperparentalité

Bruno Humbeeck et Béatrice Kammerer définissent l’hyperparentalité comme la tendance à vouloir en faire trop, à vouloir tout bien faire, quitte à faire les choses en lieu et place des enfants et/ou sans leur demander leur avis. Ils ne cherchent en aucun cas à culpabiliser les parents et reconnaissent que l’hyperparentalité est un trait caractéristique de nos sociétés modernes à plusieurs titres :

  • les naissances sont (presque toutes) désirées et plus ou moins programmées,

 

  • il y a une pression particulière de la société sur l’éducation, les parents étant la dernière chaîne du maillon (par exemple, la culture de la norme et du risque zéro qui pousse à des injonctions tout au long de la grossesse ou des suivis de chaque écart à la norme),

 

  • la médiatisation des risques à travers les médias qui relaient chaque affaire angoissante par les menus détails,

 

  • la recherche de l’efficacité et la peur du déclassement qui poussent à « rentabiliser » tous les moments passés avec les enfants (comme le choix de jouets éducatifs uniquement) et à surinvestir le domaine scolaire,

 

  • la poursuite du bonheur à tout prix, comme si le bonheur parfait existait.

Au final, les parents se retrouvent dans une situation d’injonctions contradictoires, sources de culpabilité et d’anxiété : faites bien attention à vos enfants mais détendez-vous en même temps ! Cela est d’autant plus vrai que nous sommes tous pris entre deux eaux :

  • l’individualisation(« vas-y mon fils/ ma fille, développe ton goût et ton potentiel ! »),
  • l’enjeu de la reproduction sociale (« mon enfant risque le déclassement, la précarité économique, je ne suis pas prêt.e à lâcher prise »).

Les symptômes de l’hyperparentalité

Bruno Humbeeck cite 3 symptômes de l’hyper parentalité :

1.les parents hélicoptères 

Les parents hélicoptères sont dénommés ainsi car ils tournoient constamment autour (ou au dessus) de leurs enfants, prêts à bondir au moindre problème ou oubli de matériel.

Les questions favorites des parents hélicoptères sont « T’es où ? » et « Tu reviens quand ? ». Leur plus grande peur est de perdre les enfants de vue. Cette volonté d’avoir les enfants sous les yeux (ou à portée d’oreille) à tout moment se traduit pas une mise à disposition de tout ce dont l’enfant a besoin à domicile, par des parents taxis, par des téléphones portables toujours plus tôt…

Le but des parents hélicoptères est de tirer les enfants vers le haut en ayant des exigences très élevées pour leur avenir. Donner le meilleur aux enfants pour qu’en retour l’enfant soit le meilleur.

Or, rappelle Bruno Humbeeck, un enfant parfaitement épanoui, c’est impossible à réaliser. Par ailleurs, vouloir que les enfants soient heureux à tout prix risque de faire passer à côté des problèmes réels : comment laisser un enfant qui ne va pas bien s’exprimer ? comment supporter les colères sans qu’elles soient indésirables ou sans céder à tout ?


2.les parents drones

Les parents drones se rapprochent des parents hélicoptères dans le sens où eux- aussi tournent autour de leurs enfants tels des appareils de surveillance. Mais l’objectif ici est plutôt de les protéger contre les dangers, d’un hypothétique ennemi extérieur. Cet objectif peut donc être assouvi avec des appareils de contrôle (smartphone, gps…).

Par ailleurs, les parents qui laissent un peu trop d’autonomie à leurs enfants sont rappelés à l’ordre par la société. Béatrice Kammerer relate un fait divers dans lequel des enfants de 10 ans se promenant seuls dans une ville ont été interpellés par les gendarmes puis ramenés à la gendarmerie…

Le problème est bien sociétal : quand tous les adultes d’un groupe/ d’un village se sentaient auparavant investis de la responsabilité éducative, cette responsabilité repose aujourd’hui exclusivement sur les parents.

3.les parents curling

Les parents curling frottent devant leurs enfants pour tenter d’influencer leur trajectoire.

Les problèmes liés à l’hyperparentalité

Bruno Humbeeck affirme qu’il y a problème à partir du moment où il y a souffrance (pour les parents et/ ou pour les enfants qui, de part et d’autre, se sentent décevants, pas à la hauteur) :

  • Pression sur l’acte d’apprendre et les résultats scolaires au risque de dommages sur la santé de l’enfant (baisse de l’estime de soi, stress, dépression…)
  • Risque d’hypoparentalité, notamment chez les parents les plus fragiles (« puisque je ne peux pas y arriver, je me désengage »)
  • Risque de burn out, d’épuisement lié à la poursuite d’objectifs irréalistes
  • Transformation du lien affectif en relation à rentabiliser (le temps doit être constructif, éducatif, employé de manière à développer telle ou telle compétence et pour gagner du temps sur les apprentissages scolaires)
  • Détérioration de la relation parent/ enfant (les parents ne comprenant pas que les enfants peuvent prendre des décisions par et pour eux-mêmes sans que cela se fasse contre les parents)

Sortir de l’hyperparentalité

A la base de l’hyperparentalité, il y a une intention positive, de qualité : les parents veulent bien faire par amour pour leurs enfants. Bruno Humbeeck et Béatrice Kammerer tiennent à préciser que la clé est d’enlever la pression et les peurs tout en gardant l’intention positive. Cela peut se faire à travers la prise de conscience des souffrances et d’une solution gagnant/ gagnant qui permettent de diminuer ces souffrances des deux parts tout en satisfaisant les besoins des parents (sécurité) et des enfants (autonomie, liberté). Une question peut faciliter cette prise de conscience : « Comment se fait-il qu’un enfant ou un adolescent perçoive un milieu (sa famille) comme invivable alors que ce milieu est pétri de bonnes intentions ? »

Béatrice Kammerer rappelle l’importance de voir au-delà des problématiques individuelles (« lâche prise »)mais de comprendre cette tendance d’un point de vue sociétal :

  • prendre conscience de la double injonction contradictoire qui pèse sur les parents (être serein et en même temps être abreuvé d’informations et recommandations angoissantes)

 

  • chercher du soutien pour recréer une sorte de « village » (amis, famille, communauté, forums virtuels…)

 

  • partager, discuter avec d’autres parents pour réaliser qu’il n’existe pas de parent parfait

 

  • laisser la liberté aux enfants de devenir qui ils sont

 

  • comprendre que la perfection n’est ni souhaitable ni atteignable malgré la pression à toutes les étapes (grossesse, crèche, école…)

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Les livres des intervenants :

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1 réponse

  1. Bonjour,
    Il est vrai que ce paradoxe est grandissant aujourd’hui : soit zen, mais soit un parent parfait pour élever un enfant parfait !
    Ancienne auxiliaire de puericulture, et jeune maman, j’ai moi-même souffert de cette pression. Avec en plus une reconversion professionnelle de sophrologue spécialisée en périnatalité, il me semblait que mon enfant devait être parfait , un peu comme pour rendre crédible tout ce que je communiquais comme informations auprès de mes clients (et avant : des femmes accueillies au centre maternel où je travaillais).
    Il m’en a fallut du temps, et peut être même du courage pour enfin réussir à lâcher-prise.
    Depuis que j’ai compris que rien ni personne n’est parfait, je me sens tellement plus zen ! Je continues de m’informer, d’apprendre, de faire de mon mieux mais sur le mode : « La perfection est dans mon intention ».
    Nous faisons tous des erreurs et c’est très bien ainsi… Cultiver la bienveillance… serait là, la solution ?

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