Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner (4/5) – inhibition cérébrale et apprentissage des sciences

Le rôle de l’inhibition cérébrale dans l’apprentissage des sciences et de la logique

Définition de l’inhibition cérébrale

L’inhibition cérébrale est la capacité à contrôler ou bloquer nos intuitions, nos habitudes ou nos stratégies spontanées. L’inhibition est un processus qui se déroule dans le cerveau quand des groupes de neurones relâchent des hormones inhibitrices qui nuisent à l’activation d’autres neurones. la région en question a plus de mal à s’activer ou ne s’activera pas du tout.

L’inhibition est surtout en lien avec les apprentissages difficiles. L’apprentissage ne se fait pas de manière linéaire (on passe d’un niveau 1 à un niveau 2 puis à un niveau 3) car certaines erreurs sont persistantes et il est nécessaire de développer l’inhibition cérébrale chez les apprenants pour que ces erreurs persistantes n’émergent pas à nouveau.

Inhibition et sciences

Il existe des conceptions fréquentes chez les élèves qui se révèlent être des croyances fausses mais difficiles à faire évoluer.

Quand ils ont comparé l »activité cérébrale de novices et d’experts face à une expérience scientifique, des neuroscientifiques se sont rendus compte que les experts activent des régions cérébrales liées à l’inhibition. Ces derniers seraient donc en train d’inhiber une ou des fausses conceptions qui n’aurait jamais disparu dans leur cerveau malgré les apprentissages et les expériences.

Les neuroscientifiques soupçonnent qu’il existe dans le cerveau certaines structures qui aident les humains à interpréter les données du monde et que ces structures pourraient ne jamais changer. En effet, même les scientifiques doivent faire preuve d’inhibition (dont ils n’ont pas conscience) pour contrôler leur intuition que leur cerveau sait être fausse. Quand on apprend, une conception antérieure ne disparaîtrait jamais vraiment et c’est l’inhibition cérébrale qui prend le relais pour que la conception apprise puisse émerger face à la croyance.

Ainsi apprendre les sciences, ce serait à la fois changer de conceptions mais aussi apprendre à contrôler les conceptions initiales pour arriver à une connaissance scientifique. inhibition cérébrale neurosciences

Le rôle des alertes émotives

Lors d’un test de logique, des chercheurs se sont rendus compte que les personnes avaient tendance à accorder trop d’importance aux mots de l’énoncé plutôt qu’aux exemples ou indices visuels. Ils en ont conclu qu’il fallait inhiber la stratégie intuitive pour désactiver les neurones qui mènent aux erreurs.

Les neuroscientifiques ont alors procédé de manière différente : ils ont expliqué aux participants de l’expérience que leur cerveau avait tendance à leur jouer des tours et que la consigne comportait un piège. Les participants ont été invités à identifier les réponses qui n’étaient que des pièges.

Ainsi, alerter sur les biais cognitifs et demander d’identifier les réponses piège en plus des réponses justes a constitué une alerte émotive suffisante pour inhiber les erreurs persistantes.

Quelques recommandations pédagogiques pour développer et renforcer l’inhibition cérébrale

« Muscler » l’inhibition cérébrale permet de dépasser les erreurs persistantes une fois pour toute :

  • il existerait un lien entre activité physique et inhibition.
  • les personnes qui parlent deux langues (ou plus) couramment ont une capacité d’inhibition supérieure à la moyenne. Cet état de fait soutient l’idée d’un apprentissage précoce d’une langue étrangère.
  • jouer à des jeux de contrôle permettrait de développer les mécanismes d’inhibition cérébrale (Jacques a dit, jeu des chaises musicales, jeu de la statue quand la musique s’arrête, 1 2 3 soleil…).
  • prévenir les apprenants de l’existence de pièges et leur apprendre à les reconnaître favorise l’inhibition cérébrale.
  • au delà de demander aux élèves de trouver les réponses justes, il serait pertinent de leur apprendre à identifier et trier les réponses pièges.
  • comme les croyances fausses ne disparaissent jamais vraiment, les apprenants gagneraient à confronter leurs croyances et les connaissances apprises pas seulement au début d’une séquence d’enseignement mais à différents moments de l’apprentissage.

Pour aller plus loin,

Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner (1/5) – Les dernières découvertes en neuroéducation

Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner (2/5) – Utiliser la neuroplasticité pour enseigner efficacement

Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner (3/5) – La lecture vue par les neurosciences

Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner (5/5) – 5 neuromythes invalidés par les neurosciences

 Source : Mieux comprendre le cerveau peut-il vraiment nous aider à mieux enseigner ? Conférence de Steeve Masson

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4 réponses

  1. 27 février 2015
  2. 7 novembre 2015

    […] Les bébés et les enfants sont très mauvais dans la focalisation sur une seule chose mais ils sont très bons pour récupérer beaucoup d’informations qui proviennent de plusieurs sources différentes. Les parties inhibitrices ne sont pas encore actives dans leur cerveau, contrairement à ce qui se passe dans le cerveau des adultes (voir cet article). […]

  3. 9 avril 2016

    […] Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner (4/5) – L’inhibition dans l’appre… […]

  4. 14 octobre 2016

    […] Des recommandations pour les sciences : Mieux connaître le cerveau pour mieux enseigner – L’inhibition dans l’apprentissa… […]

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