Enfants : pourquoi les écrans et les jeux vidéos nous font-ils si peur ?

Les enfants ont un besoin fondamental de jouer avec les instruments de leur culture

Lien entre écrans, culture et jeux libres chez les enfants

Dans son livre Libre pour apprendre (Actes Sud éditions), Peter Gray affirme que les enfants ont un besoin fondamental de jouer avec les instruments de leur culture. Or, dans nos sociétés modernes, les ordinateurs, tablettes et smartphones sont les instruments de la culture. Selon lui, le risque d’addiction aux jeux vidéos apparaît quand l’environnement par ailleurs est pauvre (pauvre en affection, en chaleur humaine, en attention de la part d’adultes bienveillants, en opportunités d’exercer la créativité, l’autonomie, le pouvoir personnel et les compétences… autrement dit pauvre en opportunités de jeux libres).

Peter Gray cite une étude (Przybylski, 2009) qui a montré que les enfants qui ont des opportunités de jouer à la fois sur écran et dehors vont la plupart du temps choisir un équilibre entre les deux. Les enfants qui restent scotchés devant leur écran apparaissent être ceux qui ont peu d’opportunités de jouer dehors et/ou de manière libre et autonome par ailleurs.

Le déclin des jeux libres et extérieurs

Pour Peter Gray, le déclin des jeux extérieurs s’expliquent surtout par la montée des peurs parentales (amplifiées par les histoires entendues dans les médias et qui conduisent à plus de contrôle sur les activités des enfants et moins d’autonomie) et par les changements sociétaux modernes (deux parents actifs avec des temps de trajet souvent longs donc moins de temps libre à la maison pour les enfants, augmentation de la population citadine, architecture des villes qui ne permet pas toujours le jeu libre des enfants, attention des parents grignotée par les écrans et/ou par des préoccupations financières, peur de la précarité économique future donc pression sur les activités scolaires et péri scolaires pour assurer la réussite académique, écoles organisées comme des usines laissant peu de place à l’autonomie, à la créativité et à des activités auto dirigées…).

On se trompe de chantier !

André Stern abonde en ce sens également : ce n’est pas tant le monde virtuel qui pose problème que l’organisation de l’école et de la maison. Si le « vrai » monde était aussi attirant que le monde virtuel, les enfants n’auraient pas besoin de se perdre dans le monde virtuel. Pour les enfants, il est difficile d’être des héros dans la « vraie » vie du fait des faibles opportunités laissées au jeu libre, à l’autonomie (peu de jeux dehors seuls, évaluation et classement hiérarchique à l’école, adultisme) et du fait des habitudes éducatives basées sur la peur, le contrôle et la domination.

On peut lire dans l’article L’adultisme, ce poison invisible qui intoxique nos relations avec les enfants du site oveo.org que « Nous utilisons les écoles, les lieux culturels, religieux et même l’autorité parentale pour nier les droits élémentaires des enfants à être traités avec respect et confiance. »

Pour André Stern, on se trompe donc de chantier quand on diabolise les jeux vidéos : il s’agit de se poser la question « dans quel monde est-il facile de devenir un héros ?« . Il nous revient alors de créer de monde et de repenser la manière dont nous vivons avec les enfants à l’école et à la maison pour leur permettre de vivre leur nature en les respectant inconditionnellement et en leur redonnant du pouvoir personnel.

Une solution entre deux extrêmes (supprimer tous les écrans vs. supprimer toutes les opportunités de jeux libres et d’autonomie) serait d’offrir autant que possible des opportunités aux enfants de jouer dehors avec d’autres enfants de tout âge et sans l’intervention d’adultes. Les enfants ont besoin de maîtriser les outils technologiques et informatiques de notre culture et, en même temps, ils ont besoin de jouer dehors. Les mots clés ici sont liberté et opportunités (pas obligation).

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Sources :

 

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