Comment impliquer les enfants dans l’élaboration des règles de fonctionnement collectives ?

On peut envisager la discipline sous deux angles radicalement différents :

  • la dimension répressive qui concrétise le pouvoir du fort (l’adulte) sur le faible (l’enfant) : on est alors dans le registre de la punition,
  • la dimension réparatrice qui est justifiée par des règles connues par tous (adultes et enfants) et acceptées par avance : on est alors dans le registre des conséquences/ sanction.

nul l'enfant pas plus que l'adule n'aime etre commandé d'autorité

Qu’est-ce qu’une punition ?

La punition est l’expression d’un rapport de force dans lequel le dominant (l’adulte) exerce son pouvoir sur le dominé (l’enfant). La punition s’exerce dans le cadre d’un pouvoir personnel et peut paraître arbitraire car elle dépend du bon vouloir de l’individu en position de supériorité (de son niveau d’agacement ou de fatigue, de sa préférence pour tel enfant avec lequel il sera plus souple, de son rejet de tel autre enfant qui sera systématiquement et sévèrement puni…).

Les punitions sont souvent vécues comme injustes par les punis car :

  • elles ne prennent pas appui sur des règles claires et partagées,
  • elles ne s’appliquent pas de la même manière à chacun,
  • elle peuvent être disproportionnées avec la faute.

Par ailleurs, elles sont souvent inefficaces car elles ont tendance à être vécues non seulement comme injustifiées mais aussi comme évitables sur le principe du « pas vu, pas pris ». Les enfants essaient donc de développer des stratégies pour échapper aux punitions.

Par ailleurs, les punitions entraînent des effets négatifs à long terme (les 4 R de la punition) :

  • Rancœur (c’est pas juste, je ne ferai plus jamais confiance aux adultes)
  • Revanche (je les aurai la prochaine fois, je vais me venger)
  • Rébellion (je vais faire l’inverse de ce que les adultes me demandent pour leur prouver qu’ils ne peuvent pas m’obliger à faire ce qu’ils veulent)
  • Retrait (dissimulation et baisse de l’estime personnelle)

les punitions sont toujours une erreur. elles sont humiliantes pour tous et n'aboutissent jamais au but recherché

 

Qu’est-ce qu’une conséquence/ sanction ?

Les conséquences peuvent être naturelles quand aucune intervention de l’adulte n’est nécessaire. L’expérience de la conséquence naturelle offre d’excellentes opportunités d’apprentissage à l’enfant (… à condition de ne pas l’accompagner d’un « Tu vois, je t’avais prévenu » 🙂 ).

Les conséquences logiques demandent l’intervention d’un adulte ou d’un autre enfant. Elles s’accompagnent parfois de la nécessité d’être énoncées à l’avance. Elles peuvent prendre la forme

  • de choix (soit tu arrêtes de faire du bruit avec ton crayon, soit tu me le donnes),
  • de demandes fermes et bienveillantes (quand tu tapes avec ton crayon, cela dérange la classe. Or nous avons besoin de calme et je te demande d’arrêter de faire du bruit),
  • de réflexion (qu’est-ce qui pourrait t’aider à faire ton travail sans pour autant faire du bruit avec ton crayon ?),
  • d’une résolution de problème lors d’un temps d’échange collectif (voir ici).

Ainsi, un règlement d’école peut prévoir qu’il est interdit d’apporter des jouets et que les jouets apportés seront confisqués puis restitués en fin de journée. Si un enfant apporte un jouet, l’enseignant peut le prendre à part et lui laisser le choix :

Que choisis-tu : me confier ton jouet ou préfères-tu le confier au directeur jusqu’à la sortie de l’école ?

Ou encore : dire à un enfant qui emprunte les affaires des autres sans les rendre « pour te rappeler de rendre le matériel emprunté, tu devras laisser une chose t’appartenant en gage » plutôt que « tu es une voleuse, tu seras punie ». Quel est le plus efficace et le moins humiliant pour faire comprendre et appliquer la règle 🙂 ?

Jane Nelsen explique que les conséquences ont une fonction réparatrice et éducative quand elles sont :

  • Reliées : la conséquence est logiquement liée au comportement.
  • Respectueuses : la conséquence est mise en place avec fermeté et bienveillance. Elle ne doit pas impliquer de dévalorisation, de culpabilisation ou d’humiliation.
  • Raisonnables : la conséquence n’est pas démesurée et parait juste à l’enfant comme à l’adulte.
  • Révélées à l’avance : l’enfant connait les règles du jeu s’il fait le choix d’un comportement inapproprié.

La conséquence ne peut pas être vécue comme injuste car elle est accessible à tous et s’applique de la même manière à chacun. C’est là que réside la différence entre punition et conséquence. L’objectif est bien de trouver une solution avec l’enfant et non pas de se venger en infligeant une souffrance.

citation discipline positive

Comment impliquer les enfants dans l’élaboration des règles de fonctionnement collectives ?

Impliquer les enfants à l’avance et définir ensemble les règles de fonctionnement contribuent à l’adhésion aux règles de la vie collective.

A l’école

Célestin Freinet, pédagogue et initiateur de la Pédagogie Institutionnelle dans les années 60, a critiqué l’autorité jugée abusive de l’enseignant sur les élèves. Dans les classes Freinet, les élèves gèrent eux-mêmes leurs relations au sein du groupe-classe. L’autorité n’émane pas des enseignants mais des élèves qui décident par eux-mêmes des sanctions en cas de non respect des règles de vie. Bien sûr, l’enseignant Freinet instaure en début d’année quelques lois fondamentales comme l’interdiction de la violence ou l’obligation de travailler. Mais les règles de vie collective et les sanctions sont décidées par les enfants au sein d’un conseil réunissant toute la classe.


Ce conseil regroupe tous les élèves + l’enseignant et se réunit une fois par semaine. L’ordre du jour est établi selon les questions/ remarques postées par les élèves ou l’enseignant dans la boîte aux lettres prévue à cet effet dans la classe. Un élève en est le président : il distribue la parole via un bâton de parole (seul l’élève qui tient le bâton de parole a le droit de s’exprimer) et reformule les différentes idées. Un autre élève en est le secrétaire : il présente l’ordre du jour, rappelle les décisions prises lors du dernier conseil et note les décisions prises par l’assemblée.

Dans les classes Freinet, les sanctions peuvent prendre la forme de réparations (excuses, restauration d’un objet dégradé…) ou d’une perte de droits (se déplacer seul dans les locaux, faire une photocopie, travailler en autonomie sur l’ordinateur…), ces droits pouvant être regagnés ultérieurement.

Aussi bien les règles que les sanctions peuvent être remaniées et peuvent évoluer en fonction des problèmes qui se posent au fur et à mesure de l’année scolaire.

A la maison

Ce fonctionnement peut être transposable à la maison, même partiellement et avec des adaptations mais en conservant le souci d’adhésion des enfants aux règles

 Le Temps d’Echange en Famille (explication du fonctionnement en détail ici).

Expliquez bien ce nouveau fonctionnement familial (principe de la boîte aux lettres, du bâton de parole, intérêt de la discussion autour des règles et des sanctions, fréquence hebdomadaire, date du premier conseil…).

  • Mettez à disposition dans la maison une boîte aux lettres (faite maison avec vos enfants, c’est encore mieux !) pour préparer l’ordre du jour.

    • Toute la famille aura une semaine pour y poster ses questions et remarques de manière anonyme ou non, avec de l’aide pour les enfants qui ne savent pas encore écrire
      • Par exemple, « Comment organiser les tours de rôles pour la vaisselle ? », « je ne suis pas d’accord avec le désordre qui règne dans la chambre des enfants. Comment y remédier ? »
    • Insistez bien avec vos enfants sur cette possibilité d’expression pour eux : ils auront le droit de dire s’ils ne sont pas d’accord avec une action de votre part ou de faire part d’un conflit non réglé entre eux
      • Par exemple, une punition qu’ils jugent injustes/ la petite sœur entre dans la chambre du grand frère sans frapper et cela le dérange/ l’un pique les stylos de l’autre ou mange systématiquement leurs gâteaux préférés sans en laisser pour les autres…
    • Les questions de votre part devront être ouvertes :
      • commencer par Qui ? Pourquoi ? Comment ? Où ?…
      • ne pas appeler seulement oui ou non comme réponse afin d’engager un débat/ une discussion en famille
    • Les questions devront porter sur des situations très concrètes qui posent problème dans le quotidien (le rangement du linge, l’heure du coucher, l’aide dans les tâches ménagères, les objets de disputes entre enfants…).
    • Gardez en tête que l’idée est de ressortir du conseil de famille avec de nouvelles règles de vie auxquelles toute la famille adhère et des sanctions éventuelles associées en cas d’infraction.
  • Conviez formellement toute la famille (enfants et conjoint) au premier conseil

Avec remise d’une invitation en mains propres par exemple.

  • Une fois tous réunis, demandez qui veut être président et secrétaire

Vous pouvez décider d’occuper cette place avec votre conjoint(e) pour le premier conseil afin de donner l’exemple, d’orienter les débats, de relancer la discussion et d’aborder les questions que vous souhaitez traiter en priorité.

  • Prévoyez un bâton de parole

Il peut être fait maison – un bout de bois avec un ruban ou peint, un rouleau d’essuie-tout vide décoré, une baguette quelconque…

  • Traitez toutes les questions de la boîte aux lettres sous forme de résolution de problème élargie,

Nous avons un problème : quelles solutions qui conviennent à TOUS les membres de la famille pouvons-nous trouver ?

  • Faites un compte-rendu en fin de séance

Ce compte rendu sera lu à toute la famille pour que chaque membre ait bien compris et accepté les implications,

  • Affichez les décisions prises de manière visible et accessible par tous dans la maison,

  • Référez-vous à ces affichage dès que l’occasion s’y prête

Un geste ou un mot suffisent alors pour justifier une sanction, pour rappeler une règle…


Attention, ce fonctionnement ne signifie pas que les enfants prennent le pouvoir sur les parents : on est ici dans la co-construction des règles de vie familiale, il faut que chaque membre de la famille soit d’accord pour que la règle et sa sanction soit validée par le conseil. Les parents ont bien sûr à charge de rappeler les lois fondamentales et non négociables !

 

nul n'aime se voir contraint à faire un certain travail même si ce travail n'est pas déplaisant. C'est la contrainte qui est pralysante

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6 réponses

  1. Claude dit :

    Merci pour votre article et je voudrais apporter un point de vue additionnel. Le but de punir les enfants à l’école est de les obliger à se conformer aux ordres ou aux règles en vigueur et ne pas poser de questions ! Mais ce que nous avons enseigné à nos enfants dans le passé, n’a-t-il pas mené notre monde vers l’ignorance et la violence, plutôt que de s’en écarter ? Y-a-t-il un moyen plus élevé que de détruire l’estime personnelle des enfants, d’avoir honte d’eux et se détester, quand on les punit ?

    Pouvons-nous enseigner à nos enfants à ne pas oublier leurs sentiments ainsi que ceux des autres ? Non pas avec des paroles uniquement, mais en étant conscients des sentiments de nos enfants avec qui nous sommes en relation ! Avons-nous oublié leurs sentiments ainsi que les nôtres ? Pouvons-nous montrer à nos enfants un choix plus élevé sans condamner leur choix moindre et ainsi leur permettre de choisir librement autre chose ? Mais en les punissant, nous créons en eux, un sentiment contraire à l’amour.

    Est-ce que cela a du sens ?

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