Comment réagir avec bienveillance face aux crises émotionnelles des enfants ?

Comment réagir avec bienveillance face aux crises émotionnelles des enfants _

Crédit illustration : freepik.com

 

Dans son livre Émotions, quand c’est plus fort que lui !, Catherine Aimelet Périssol formule quelques suggestions pour réagir avec bienveillance face aux crises émotionnelles des enfants. Ces conseils peuvent aider à accompagner les émotions intenses et/ou douloureuses qui traversent les enfants de 3 à 11 ans.

1.En tant qu’adulte, s’occuper de ses propres émotions

Souvenez-vous de notre métaphore du masque à oxygène dans l’avion en cas de dépressurisation : vous ne pouvez pas donner de l’air à l’enfant si vous en manquez vous-même. – Catherine Aimelet Périssol

Nous pouvons donc appuyer sur pause et prendre le temps de nous occuper de nos propres émotions :

  • prendre une ou deux minutes pour respirer amplement en insistant sur de longues expirations, s’étirer, marcher un peu (tout ce qui permet de retrouver un ancrage et une stabilité corporelle),
  • identifier le bavardage mental qui nous emplit (des pensées qui aggravent la situation comme “Il est infernal, c’est reparti” ou “Elle me refait une crise de plus”),
  • faire la différence entre les faits observables et l’effet que ces faits provoquent en nous : comment décrire ce qui s’est passé comme si une caméra avait filmé la scène, sans affect ? qu’avons-nous vu, entendu, perçu ?,
  • nommer la ou les émotions qui nous traversent sans chercher à les réprimer mais en les laissant être pour ce qu’elles sont : des messagères sur des besoins insatisfaits et des valeurs profondes malmenées par la situation,
  • reconnaître des schémas de comportement ou des stratégies proches de la violence verbale et/ou psychologique (ex : tirer par le bras, crier, moquer les émotions de l’enfant…) en se rendant compte de cet embarquement dans un processus émotionnel automatique afin de pouvoir y mettre un terme.

2.Adopter une communication non verbale efficace

Quand l’enfant est dépassé par ce qu’il éprouve, il convient d’adopter, en tant qu’adultes, une posture corporelle stable, fiable, car notre rôle est de soutenir l’enfant. Nous devons incarner un repère, un peu à la manière d’un tuteur sur lequel le petit chamboulé pourra prendre appui. Cette posture physique nous permettra par ailleurs de garder le cap psychiquement. – Catherine Aimelet Périssol

Il est donc primordial d’adopter une posture confortable, bien ancrée physiquement :

  • se mettre à la hauteur de l’enfant, les pieds bien ancrés dans le sol en réduisant la distance entre l’enfant et soi sans pour autant lui paraître menaçant,
  • transmettre confiance, empathie et compréhension par les yeux ,
  • le regard peut rester ouvert et large (sans fixer l’enfant) pour éviter d’être pris dans la contagion émotionnelle par l’émotion intense ressentie par l’enfant ou le piège de la réactivation de la mémoire traumatique,
  • adopter une posture d’ouverture corporelle (ouvrir les bras et le buste, desserrer la mâchoire, détendre les muscles),
  • se donner du temps (Catherine Aimelet Périssol  écrit que la crise émotionnelle de l’enfant sera d’autant plus longue que nous chercherons à gagner du temps).

3.Décoder les pensées et réactions de l’enfant

Souvenez-vous : c’est son émotion, pas la nôtre ! Il est temps d’entendre et accueillir la sienne pour l’aider à décrypter ce qui se passe. – Catherine Aimelet Périssol

L’écoute empathique demande du temps et quelques compétences en termes de communication :

  • manifester un intérêt sincère et non jugeant pour ce qui se passe à l’intérieur de l’enfant (ex : “Tu te dis que… et ça te rend…”/ “Je vois que tu es bouleversé, c’est vrai que c’est difficile de…”),
  • rester attentionné en ne faisant rien d’autre qu’écouter et être présent,
  • garder parfois le silence (regarder l’enfant, hocher la tête, laisser du temps avant de rebondir sur ce que l’enfant a dit),
  • observer le langage corporel de l’enfant pour comprendre ce dont il a besoin en priorité (bras croisés = il se protège et a besoin de temps; il se tire les cheveux ou se mord les lèvres = il a besoin de protection et de contact physique; larmes au bord des yeux = besoin de réconfort et d’un espace sécurisé où il peut pleurer sans crainte),
  • reformuler pour entrer en résonance avec le monde intérieur de l’enfant et lui assurer d’être réellement compris, entendu, soutenu (nous pouvons dire avec nos mots à nous ce que nous comprenons de ce qu’il vit et lui demander de confirmer si c’est bien cela),
  • parler avec une voix douce et basse (la voix et la posture portent autant de messages que les mots que nous prononçons),
  • ne pas juger la réaction émotionnelle de l’enfant (les émotions répondent à une mécanique de survie et tout humain a toujours une bonne raison d’éprouver ce qu’il éprouve ou de faire ce qu’il fait).

Gardez à l’esprit que sa réaction est ce que votre enfant a trouvé “de mieux” pour répondre à une situation qu’il vit comme une menace ou qu’il trouve trop complexe. Il est mû par son système de survie et en partie déterminé par lui. […] Il vous faut accompagner le mouvement, pas l’endiguer. – Catherine Aimelet Périssol

Pour aller plus loin : L’écoute empathique pour écouter vraiment les enfants (et dénouer crises et colère)

4.Nommer la ou les émotions ressenties avec le plus de précision possible

Vous connaissez la formule : mieux vaut toujours mettre des mots sur les maux. Or, l’enfant, parce qu’il est encore jeune ou parce qu’il est si bouleversé qu’il ne sait plus où il en est, peut ne pas reconnaître ce qui lui arrive. – Catherine Aimelet Périssol

Des phrases comme “Tu as le droit d’être en colère” ou “C’est normal d’avoir peur” sont OK et peuvent être affinées avec des mots qui décrivent l’état précis dans lequel se trouve l’enfant et ce qu’il éprouve ici et maintenant.

Par exemple, nommer précisément les émotions de l’enfant peut passer par une formulation de ce type en fonction de l’émotion supposée chez l’enfant (qui peuvent d’ailleurs cohabiter) : “Je vois que c’est vraiment difficile pour toi. Tu te sens peut-être serré dans la poitrine ou le ventre (peur), tu as peut-être envie de tout casser (colère), tu sens du vide à l’intérieur de toi comme si la tristesse avait tout envahi en toi et autour de toi (tristesse), tu es excité avec l’envie de sauter de partout (joie). C’est désagréable et ça fait mal/ c’est super et tu as envie de partager cette joie avec tout le monde. Est-ce que c’est quelque chose comme ça ?”.

Si l’enfant dit que ce n’est pas ça, il est toujours possible de revenir en arrière et de mener à nouveau l’enquête.

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Source : Émotions, quand c’est plus fort que lui ! Aider son enfant de 3 à 11 ans à bien grandir de Catherine Aimelet Périssol (éditions Leduc S). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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