L’interdiction de l’expression de la souffrance dans l’enfance a des conséquences délétères

 

conséquences interdiction de l'expression de la souffrance dans l'enfance

Crédit illustration : freepik.com

Toutes les vies et toutes les enfances sont pleines de frustrations, il ne peut pas en être autrement car même les parents les plus attentionnés ne peuvent pas satisfaire tous les désirs des enfants. Pourtant, ce n’est pas la souffrance consécutives à la frustration qui entraîne un trouble psychique mais bel et bien l’interdiction de cette souffrance (ex : “arrête de pleurer”, “t’es pas beau quand tu es en colère”,”si tu continues à chouiner, tu vas dans ta chambre”…). Alice Miller regrette que de nombreux parents ne laissent pas le droit aux enfants d’exprimer leurs frustrations qui doivent réprimer ou nier leurs émotions. Or l’interdiction de la souffrance revient à une interdiction de vivre et la cause du malheur des enfants n’est pas la souffrance mais l’impossibilité de communiquer cette souffrance à qui que ce soit, même pas aux parents. Le refoulement des émotions difficiles peut rendre ces enfants malades.

La douleur et la frustration subie n’est pas une honte ni un poison. C’est une réaction naturelle et humaine. Si elle est interdite verbalement ou averbalement, voire chassée par la violence et par les coups comme sous le règne de la “pédagogie noire“, le développement naturel est entravé et l’on crée les conditions d’un développement pathologique. – Alice Miller

Quand une émotion difficile (colère, peur, tristesse, dégoût…) a pu être vécue jusqu’au bout, elle peut faire place à d’autres émotions, plus agréables. La colère, la tristesse et la peur passent relativement vite si on les laisse s’exprimer. Les enfants deviennent moins agressifs quand ils peuvent vivre avec leur agressivité et non plus contre elle. Une colère vraiment exprimée et vécue permet le deuil et le retour à l’équilibre émotionnel.

Conséquences à l’âge adulte de l’interdiction de la souffrance dans l’enfance

Alice Miller estime que la répression des sentiments dans l’enfance résultant en un “calme” et une “sagesse” si valorisés par les adultes ne représente en fait qu’un “sinistre appauvrissement” de la vie humaine. Elle regrette que de nombreux adultes aient été trompés toute leur vie et fustrés de la liberté de leurs émotions à travers des phrases comme “Ne fais pas tant de cinéma”, “Si tu ne te calmes pas tout de suite, tu sera puni” ou encore “Pas la peine de pleurer pour si peu”.

Certains adultes ne prennent jamais conscience d’avoir été victimes de répression émotionnelle dans l’enfance (ou justifient cette répression en trouvant des excuses aux parents qui étaient fatigués à l’époque, qui souffraient eux-mêmes… oubliant que les parents étaient les adultes dans l’histoire et responsables de la qualité de la relation). C’est la démarche qui va de la prise de conscience, menant à la colère puis au deuil qui permet de rompre le cercle vicieux de la répétition sur ses propres enfants et de retrouver l’élan vital.

Les adultes qui n’arrivent pas à cette prise de conscience peuvent souffrir toute leur vie (et être enclins à répéter la violence psychologique sur leurs propres enfants). Certains adultes peuvent développer des troubles mentaux, allant jusqu’au suicide.

L’existence ne leur semble plus valoir la peine d’être vécue à partir du moment où tous ces sentiments profonds, qui font la texture du vrai soi, n’ont absolument pas le droit de vivre. – Alice Miller

Un parent qui voit la vérité (et “sa” vérité) acquiert la force de regarder en face ce qui se passe avec ses propres enfants, d’en supporter le poids en termes de regrets et de laisser les enfants exprimer leur colère contre lui et ses mauvais traitements. C’est un soulagement tant pour les parents (qui peuvent s’excuser sincèrement auprès des enfants et s’engager à ne plus avoir recours à la répression émotionnelle) que pour les enfants (qui sont laissés libres de vivre leurs émotions parce que le parent libéré se donne également le droit de vivre ses émotions).

A partir du moment où les parents n’ont plus besoin de lutter fièvreusement contre leurs propres sentiments de culpabilité et donc de les décharger sur leurs enfants, mais qu’ils ont appris à admettre leur destin, ils donnent à leurs enfants la liberté de vivre non plus contre mais avec leur passé. […] A partir du moment où ce travail de deuil est possible, les parents se sentent alliés avec leurs enfants et non pas séparés d’eux. – Alice Miller

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Source : C’est pour ton bien : racines de la violence dans l’éducation de l’enfant de Alice Miller (éditions Flammarion). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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“L’opinion publique est loin d’avoir pris conscience que ce qui arrivait à l’enfant dans les premières années de sa vie se répercutait inévitablement sur l’ensemble de la société, et que la psychose, la drogue et la criminalité étaient des expressions codées des expériences de la petite enfance… Ma tâche est de sensibiliser cette opinion aux souffrances de la petite enfance, en m’efforçant d’atteindre chez le lecteur adulte l’enfant qu’il a été.”
— Alice Miller