Le mouvement est une composante importante de l’apprentissage mais nous avons tendance à l’oublier

Le mouvement est une composante importante de l'apprentissage mais nous avons tendance à l'oublier

Non seulement le mouvement augmente l’engagement du cerveau dans l’action mais le mouvement va également aider le cerveau à fonctionner plus efficacement en augmentant la quantité d’oxygène et de sang qui l’irrigue.

Les premiers systèmes sensoriels à maturer sont ceux qui gouvernent l’activité motrice (cervelet ) et l’orientation spatiale/ l’équilibre (système vestibulaire et proprioception). La proprioception nous dit où se trouve notre corps dans l’espace, où se trouvent nos membres, et nous permet d’aller d’un point A à un point ou encore de rester assis ou debout sans tomber. Ces systèmes travaillent ensemble pour percevoir, rassembler et traiter des informations dans le but de planifier nos mouvements et de diriger notre attention.

Dans son livre Faites danser votre cerveau, Lucy Vincent (neurobiologiste) écrit que, si le cerveau a été inventé par l’évolution, c’est d’abord pour gérer les mouvements du corps et la coordination des organes. Des animaux comme la méduse ou l’oursin n’ont pas de cerveau car leur survie peut être garantie par une simple série de réflexes. C’est l’évolution vers un corps complexe qui a imposé l’existence d’un cerveau. On comprend alors que mieux utiliser son corps (notamment via la danse comme le préconise Lucy Vincent) puisse permettre d’optimiser le fonctionnement de son cerveau.

Par ailleurs, les enfants ne sont pas des purs esprits ou des cerveaux désincarnés. Les enfants n’apprennent pas seulement à former des idées mais apprennent également à utiliser leurs mains, à parler, à interagir avec les autres ou encore à utiliser leur corps au service de leurs objectifs. Ces compétences se construisent justement par le mouvement, par l’interaction avec les autres, par le toucher, par l’engagement actif au sein d’un environnement donné.

Lucy Vincent regrette que nous soyons obnubilés par la toute puissance du cortex humain (le “roi de la pensée”) et que, par conséquent, nous jugions a priori le cervelet qui s’occupe des mouvements moins noble et digne d’intérêt.

En classe, on a trop souvent tendance à oublier que les élèves ont des corps (voire à considérer les corps comme des éléments gênants, source de nuisances). Ainsi, notre système éducatif a tendance à contourner le système d’engagement social et l’intégration sensorielle pour mobiliser principalement les facultés cognitives de l’esprit. Les dernières choses à supprimer des programmes scolaires sont bel et bien la chorale, l’éducation physique, la récréation, c’est-à-dire toutes les activités qui permettent le mouvement, le jeu et l’engagement joyeux.

Les conséquences du manque de mouvement chez les enfants

Un accroissement des problèmes sensoriels et moteurs

Angela Hanscom, psychologue américaine spécialisée dans le développement de l’enfant, a remarqué un accroissement des problèmes sensoriels et moteurs chez les jeunes américains. Elle estime qu’il y a un effet de causalité entre ces problèmes (chutes fréquentes, problèmes de repérage dans l’espace, agressivité, motricité fine peu précise, problèmes de maintien de l’attention) et le manque de mouvement des enfants.

Les travaux de recherche de Angela Hanscom ont montré que plusieurs aspects du développement physique des enfants américains (sens de l’équilibre, repérage dans l’espace, proprioception, motricité fine, force des muscles longs, maintien de l’attention) sont en déclin.

La psychologue regrette que les enfants d’aujourd’hui arrivent en classe avec des corps moins préparés au fait d’apprendre que jamais dans l’histoire humaine. A cause d’un manque de mouvement, de plus en plus de jeunes enfants n’ont pas le développement musculaire et vestibulaire requis pour effectuer les tâches scolaires qui leur sont demandées (ex : les muscles extenseurs de la tête et du cou assurent la stabilité de la tête qui est elle-même nécessaire à la stabilité des yeux).

En parallèle, de nombreux professionnels (et parents) n’ont pas une bonne compréhension des besoins de mouvement des enfants et leur demandent de rester tranquilles, assis alors que c’est précisément le mouvement qui facilite l’attention.

Pour une réorganisation de nos modes de vie

Angela Hanscom estime que le système éducatif accorde trop d’importance (et trop tôt) aux performances académiques et aux activités structurées. Elle regrette également que nos modes de vie soient trop sédentaires et que les enfants ne soient (presque) plus autorisés à prendre des risques.

Elle plaide pour une organisation scolaire (mais aussi familiale) qui permette aux enfants (surtout aux plus jeunes) de bouger tout au long de la journée, dans toutes les directions et de manière libre, auto dirigée (sans consignes de la part de l’adulte).

Introduire plus de mouvements pour les enfants

Dans les écoles

Angela Hanscom formule trois propositions pour introduire plus de mouvement dans les écoles :

  • augmenter le temps des récréations (au minimum une heure par jour de récréation)
  • autoriser les enfants à se déplacer et à bouger même si cela nous paraît risqué ou non convenable (mettre la tête en bas, tourner en rond, escalader, sauter par dessus des choses…)
  • passer du temps dans la nature, hors des murs de l’école (elle va même jusqu’à dire que les enfants de moins de 6 ans devraient passer au moins trois heures dehors par jour -> c’est ce que proposent les écoles dans la forêt dans certains pays)

Aller à pieds à l’école est également une bonne idée. De même, certaines activités ont été abandonnées à l’école (du type piquage ou broderie) à cause du risque (de se piquer ou que les aiguilles soient utilisées comme des “armes”). Pourtant, prendre le temps de travailler patiemment et par le mouvement les pré-requis au geste d’écriture (notamment posture et tenue du crayon) a des effets très positifs. La pédagogie Montessori propose justement des exercices de vie pratique à cet effet; de même, l’approche de Danielle Dumont insiste énormément sur les pré-requis au geste d’écriture par des mouvements qui, a priori, n’ont rien à voir avec l’écriture manuscrite mais qui en sont en fait le fondement !

Cela peut nous paraître contre-intuitif mais savoir maintenir son attention, savoir écrire, savoir rester assis plusieurs minutes d’affilée n’est pas le fruit d’une obligation à rester attentif et assis dès le plus jeune âge. Il s’agit plutôt du résultat final de beaucoup de mouvement !

S’asseoir sur une chaise, tenir un crayon, tourner les pages d’un livre trouvent leurs racines dans la construction progressive de la stabilité du bras, de la précision de la motricité fine, de la longueur des muscles ou encore du repérage dans l’espace. Cette construction ne passe pas par le fait de rester assis mais par le mouvement…

Avant la scolarisation et en dehors de l’école

Beaucoup de choses se construisent avant l’âge de la scolarisation donc (ré)introduire du mouvement et de la prise de risque passe par le quotidien en famille, à la maison et ce dès le plus jeune âge.

L’approche de la motricité libre propose justement d’autoriser le mouvement libre des bébés. Le crédo d’Emmi Pikler, créatrice du concept de motricité libre, était qu’il ne faut pas empêcher un enfant de se mouvoir (par exemple en le laissant attaché dans un transat, en le faisant jouer dans un petit espace clos comme un parc ou en le mettant dans un trotteur/ youpala) ni le mettre dans une position qu’il ne sait pas encore prendre de lui-même.

Emmi Pikler affirme que, lorsqu’un enfant est maintenu dans une position plus évoluée que celles qu’il a déjà acquises, certains de ses groupes musculaires sont condamnés à la passivité (par exemple, les jambes d’un bébé qu’on maintient assis) ou qu’une tenue défectueuse provoque des crispations (par exemple, quand on fait marcher un enfant qui ne marche pas encore tout seul).

L’autonomie est bel et bien un mode de vie, pas des petits moments octroyés par ci par là. La confiance en soi et la conscience en soi sont fondamentalement soutenues par la motricité libre parce que le petit enfant fait à la fois ce qu’il veut et ce qu’il peut, il sait qui il est et il est.

Quand les enfants grandissent, le mouvement peut passer par des choses assez simples au quotidien : marcher au lieu de prendre la voiture ou la poussette, aller plus souvent au parc ou jouer dehors, prendre les escaliers, proposer une draisienne au lieu des porteurs, diminuer les temps structurés imposés aux enfants (4 activités hebdomadaires ne sont pas nécessaires, voire même contre productives…).

Héloïse Junier, psychologue en crèche, ajoute que les jeunes enfants sont programmés pour escalader tout ce qui est à leur portée. Elle écrit : “l’enfant ne souhaite pas escalader, il a besoin d’escalader, il est littéralement programmé pour escalader.”.

Escalader, grimper, se hisser, franchir, courir, monter, glisser, sauter… ces mouvements ont une fonction positive pour le développement des enfants.

Pour aiguiser son sens de l’équilibre et peaufiner ses fonctions motrices, un enfant a besoin de confronter son corps à des situations parfois périlleuses qui lui demanderont de lever la jambe plus haut, de tendre le bras plus loin pour trouver un appui, de chercher davantage son équilibre. Pour couronner le tout, le manque de maturité de son cortex préfrontal ne lui permet pas de freiner ou d’inhiber ses impulsions. L’enfant est littéralement dans l’agir et l’instant présent. En brimant l’exploration spontanée d’un enfant par des interdits, ce n’est pas juste l’enfant que l’on freine, mais son intelligence qui est en train de se construire sous nos yeux. – Héloïse Junier (Guide pratique pour les pros de la petite enfance – Dunod)

Quand leurs besoins de mouvement et de grand air ne sont pas comblés, les enfants sont physiquement en état de manque et peuvent montrer des signes de tension que de nombreux adultes ont tendance à étiqueter comme de l’hyperactivité, de l’instabilité, ou encore de la nervosité. Tout se passe comme si dans nos sociétés dites développées, l’expression d’un besoin humain naturel était une pathologie chez les enfants.

C’est peut-être pour cela que le mouvement de l’éducation lente, qui propose un retour à plus de simplicité, se propage de plus en plus :

  • plus de temps libre et de temps passé dehors, moins d’écran,
  • plus de relation et de connexion émotionnelle, moins de planification.

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