4 suggestions pour lutter contre les stéréotypes sexistes (qui limitent aussi bien les filles que les garçons)

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Les stéréotypes sexués (la façon dont une personne est supposée se comporter ou se définir en fonction de son sexe biologique) limitent aussi bien les garçons que les filles. Prendre conscience des stéréotypes permet d’éviter les généralisations réductrices, voire dégradantes, qui brident les personnalités des enfants, réduisent leurs choix et légitiment les inégalités de traitement (ainsi que le rejet, allant jusqu’aux violences physiques, contre celles et ceux qui ne se conforment pas à ces stéréotypes). La “menace du stéréotype” désigne le fait que, à force d’être exposé aux stéréotypes, on finit par les croire, on les reproduit malgré soi… et ils deviennent réalité. 

Lutter contre les stéréotypes implique de les connaître, de les repérer et de les interroger. Voici 4 suggestions pour (tenter d’) y parvenir, inspirées par le livre Le manuel qui dézingue les stéréotypes de Nathalie Anton.

1.Les classements par catégorie sont des tendances du cerveau humain et les stéréotypes inconscients liés au genre sont inévitables. 

Nathalie Anton rappelle que les enfants sont tous les jours témoins des différences de traitement entre les hommes et les femmes, à la maison, à l’école, dans les publicités, dans les productions culturelles (livres, films, chansons…). Cet état de fait représente une opportunité pour nous de les interroger, de les mettre en lumière et en perspective. Le classement par catégorie est une tendance innée du cerveau et cela nous pousse à renforcer les points communs entre les membres d’une même catégorie (les différences entre filles et garçons sont amplifiées et ces différences ont tendance à être généralisées à toutes les filles et tous les garçons).

Il est possible de poser des questions directement aux enfants quand nous sommes en présence de stéréotypes grossiers :

  • et toi, qu’est-ce que tu en penses : les filles et les garçons peuvent-ils jouer aux mêmes jeux ?
  • est-ce que les filles et les garçons peuvent faire tous les métiers ?
  • est-ce qu’il y a des choses que tu n’a pas le droit de faire parce que tu es une fille/ parce que tu es un garçon ? qu’est-ce que tu en penses ?

De manière générale, mettre l’accent sur le fait que la diversité est la norme illustre le fait que chaque personne est singulière, indépendamment de son sexe (et d’autres caractéristiques comme la couleur de sa peau ou son handicap). 

Nathalie Anton estime que dire simplement “les filles et les garçons, c’est pareil” ne suffit pas : il est utile d’aborder ce sujet régulièrement, à travers des échanges entre adultes et enfants, à travers des produits culturels qui les questionnent ou les contredisent, ou encore à travers l’exemple donné par les adultes, au quotidien dans la vie de famille et à l’extérieur  (“tu as vu passer cet homme aux cheveux longs ?” ou “la conductrice du camion nous a doublés”).

Pour aller plus loin : Des ressources qui mettent en valeur des héroïnes aux personnalités diverses (albums, romans, films d’animation)

 

2.Adultes, nous ne sommes pas libérés des stéréotypes même si nous essayons d’y faire attention

La volonté de contrer les stéréotypes sexistes ne suffit pas car la catégorisation est une tendance de notre cerveau, car nous avons été socialisés ainsi et car la société est organisée autour de ces stéréotypes.

Même lorsque nous essayons de ne pas véhiculer de stéréotypes dans la famille, ils transparaissent dans le langage que nous employons, les rôles que nous assumons, et s’invitent dans nos foyers à travers les livres, les publicités, les films ou les personnes que nous invitons. – Nathalie Anton

Nathalie Anton formule quelques propositions pour moins véhiculer de stéréotypes sexistes au sein de nos familles :

  • il n’est pas nécessaire de focaliser tout le temps sur les catégories “filles” et “garçons” : il est possible de plutôt appeler les enfants par leurs prénoms que par leur sexe (ex : “Léo, Lucas, à table !” plutôt que “les garçons, à table”).
  • il est possible d’être attentif au traitement différentiel entre filles et garçons au sein d’une fratrie mixte (ou de cousins/ cousines), notamment dans l’attribution des tâches domestiques et dans les loisirs. Il peut arriver qu’on demande plus facilement aux garçons de sortir les poubelles et aux filles de ranger le linge (les garçons prenant en charge les activités hors du foyer et les filles restant à l’intérieur). De plus, les pères ont tendance à passer plus de temps seuls avec leurs fils (principalement pour des activités de bricolage et des loisirs sportifs) et les mères seules avec leurs filles (cuisine, activités créatives et shopping). Cela n’est pas mal en soi, c’est l’enfermement dans ce type d’activités qui peut priver les garçons comme les filles de l’expression d’une partie de leur potentiel.
  • il est important que les garçons jouent avec des super-héroïnes, tout autant que les filles jouent avec des super-héros; que les garçons autant que les filles se déguisent en super héroïnes (comme Rey dans Star Wars par exemple). Les filles qui aiment les super héros ne sont pas stigmatisées : elles sont au pire traitées de “garçon manqué” (cela signifie que ces traits les définissant ne sont pas à elles mais leurs sont juste prêtés pendant un temps par des garçons). En revanche, les garçons qui aiment les personnages avec des traits socialement prêtés aux filles (gentillesse, paillettes, couleurs vives..) peuvent être vivement moqués, jugés, et même harcelés.

Nathalie Anton cite les différences de traitement les plus notables entre filles et garçons et dont les parents n’ont pas toujours conscience :

  • les parents passent plus de temps à vocaliser avec les bébés de sexe féminin
  • les bébés garçons sont manipulés plus brusquement que les bébés filles
  • les parents tolèrent plus les expressions de colère que de tristesse chez les garçons
  • les parents tolèrent plus les expressions de tristesse que de colère chez les filles
  • les garçons possèdent plus de jouets sonores et mettant en jeu des mouvements secs, brutaux (armes, instrument de musique…)
  • les parents acceptent davantage que les filles jouent avec des jeux perçus comme des “jouets de garçons” que l’inverse (Nous avons crée une société où un garçon qui aime des trucs “de filles” comme les petits poneys ou le vernis à ongle est rejeté et, parfois, poussé au suicide. )
  • les garçons sont plus punis que les filles.

 

 

3.Aborder de manière consciente les stéréotypes pour ne pas les laisser s’incruster inconsciemment dans l’imaginaire des enfants

Il n’est pas possible de relever tous les stéréotypes auxquels les enfants sont confrontés mais il est possible d’en expliciter quelques uns régulièrement :

  • dans les productions audiovisuelles :
    • qu’est-ce que tu remarques ? que font les filles ? que font les garçons ?
    • ça voudrait dire que les filles ne peuvent pas…. qu’est-ce que tu en penses ?
    • est-ce que les garçons sont toujours… d’après toi ? est-ce que tu as des contre-exemples ?
    • qui a décidé qu’il était impossible pour les filles de… ? pour les garçons de… ?
  • dans les propos de personnes de l’entourage :
    • quand mamie/ la maîtresse/ tatan a dit que les filles sont nulles en foot, elle s’est trompée. Les filles peuvent jouer au foot et il existe des championnats du monde de foot. Certaines joueuses de foot professionnelles gagnent d’ailleurs très bien leur vie. Tu veux qu’on regarde une vidéo ?
    • quand ton copain a dit que les filles sont bonnes pour la cuisine, ce n’est pas vrai. Certains hommes aiment cuisiner et, comme pour toutes activité, il y a des doués et d’autres moins doués. Parmi eux, certains ont choisi d’en faire un métier. Certaines femmes aiment cuisiner, d’autres non. C’est une affaire d’intérêt et non pas de sexe.
  • dans la bouche même de l’enfant

 

4. Parler de cette démarche autour de soi pour un changement sociétal

Nathalie Anton rappelle que c’est parce que des études ont montré que les manuels de sciences avaient tendance à présenter un petit nombre de femmes (femmes scientifiques, professeur d’une classe, illustrations…), que les éditeurs scolaires se sont engagés dans une meilleure représentation des femmes dans les manuels.

Sensibiliser les proches, les enseignants, les autres parents d’élèves permet d’élargir les prises de conscience et d’amorcer des changements effectifs. Plus ces derniers s’opèrent de manière visible, plus les stéréotypes eux-mêmes évoluent . – Nathalie Anton

 

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Source : Le manuel qui dézingue les stéréotypes: Pour tous les parents qui veulent élever leur fille et leur garçon à l’abri des clichés sexistes de Nathalie Anton (éditions Eyrolles). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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