La fatigue émotionnelle et physique des mères : les facteurs du burn out maternel

Dans son livre La fatigue émotionnelle et physique des mères, Violaine Guéritault (docteure en psychologie)  explique que l’épuisement intervient quand les responsabilités maternelles usent petit à petit l’ensemble du capital énergie. Elle propose dans son livre un tour d’horizon de ces facteurs stressants au point de conduire au burn out maternel :

  • surcharge de travail;
  • absence de contrôle ou contrôle limité (sur situations, événements…);
  • imprévisibilité des événements et des situations;
  • absence de récompenses ou de reconnaissance pour le travail accompli;
  • absence de soutien physique et émotionnelle d’un point de vue conjugal et social;
  • valeur personnelle élevée donnée par l’individu à son travail;
  • absence de formation appropriée en vue d’accomplir les responsabilités qui sont confiées.

Violaine Guéritault utilise le mot “travail” pour caractériser les actes de la vie quotidienne de nombreuses mères. Elle estime par ailleurs que le burn out maternel est un problème qui trouve ses racines non pas dans les femmes mais dans leur environnement social.

Mais pourquoi alors si peu de reconnaissance envers les mères ? Violaine Guéritault avance 4 raisons culturelles symboliques de la pensée occidentale :

  • les hommes ont parfois (souvent) une vision limitée de ce qu’englobe réellement la maternité (du fait d’un système patriarcal qui valorise le modèle homme au travail/ femme “oisive” au foyer, du fait d’inégalités salariales en faveur des pères qui conduisent les mères à s’arrêter plus facilement puisque c’est le plus petit salaire du foyer et du fait des faibles incitations sociétales pour permettre l’arrêt longue durée des pères dans le cadre de congés parentaux);
  • “bien faire son boulot, c’est normal” (ce qui conduit à une absence de reconnaissance quand le travail est bien fait mais à une avalanche de critique dans le travail n’est pas fait ou “mal” fait selon des critères par ailleurs subjectifs de la personne ou de la société qui s’érigent comme juges);
  • “il n’est pas bon de faire trop de compliments” (encouragement, félicitations et renforcement positif étant censés développer chez les mères orgueil, vanité et paresse… traduisant peut-être une peur des pères à ce que les mères arrêtent de faire le travail qu’elles sont supposées faire, les obligeant à assumer leurs propres responsabilités, à mettre la main à la pâte et à endosser des qualités dites féminines par une société qui valorise les attributs dits masculins);
  • “faire des compliments, c’est être faible” (la critique est plus facile car le critiqueur se pose en situation de domination dans un rapport de force avec le/la critiqué.e).

 

Les 3 stades du burn out maternel

Violaine Guéritault décrit le burn out comme un phénomène résultant d’un processus multidimensionnel défini par trois composantes principales qui se présentent sous la forme de stades successifs :

  1. épuisement émotionnel et physique
  2. dépersonnalisation ou distanciation
  3. reniement des accomplissements passés, présents et futurs; baisse de la productivité

Pour Violaine Guéritault, le modèle du burn out, qui a au départ été appliqué aux contextes professionnels, colle parfaitement avec ce que vivent au quotidien des milliers de mères. Ces stades peuvent être causés par le stress qu’une mère rencontre quotidiennement.

1.Epuisement émotionnel et physique

Ce stade est caractérisé par une absence quasi totale d’énergie émotionnelle qui se répercute sur la vitalité physique de l’individu (= la mère dans le contexte familial).  Le capital énergie est épuisé parce que l’individu doit donner du temps aux autres, de façon continuelle et inconditionnelle.

Ce capital n’étant pas illimité, l’individu finit par s’épuiser alors même que le contexte exige que l’individu continuer de donner toujours plus et mieux. Par ailleurs, les moments où la personne pourrait recharger ses batteries sont rares à tel point que la fatigue émotionnel et physique devient presque constante.

L’idée même d’une journée supplémentaire dans ces conditions semble insurmontable.

Vidé de son énergie, l’individu va devoir d’une manière ou d’une autre se protéger de la pression qui l’entoure et préserver le peu d’énergie qu’il lui reste. Commence alors le deuxième stade du burn out.

2.Dépersonnalisation ou distanciation

L’individu n’a plus ni la force ni la motivation de fournir les efforts nécessaires pour être à la hauteur de sa tâche. Pour surmonter le problème, il sent intuitivement qu’il lui faudrait s’arrêter et s’éloigner des facteurs responsables de son épuisement mais il est contraint de rester et d’être fonctionnel.

Pour ne plus gaspiller son énergie, il va établir des barrières émotionnelles entre lui et les personnes avec lesquelles il interagit et les situations trop consommatrices de ressources personnelles. Ces limites émotionnelles vont se présenter sous la forme d’une attitude négative et détachée envers toute personne et/ou situation “mangeuse” d’énergie.

L’individu qui cherche à se préserver va plus ou moins consciemment cesser de ressentir de l’empathie. Une personne considérée comme un objet n’a pas d’intérêt ni de besoin particulier : il devient facile de s’en occuper sans s’investir émotionnellement.

Cette distanciation est souvent accompagnée d’une perte d’idéalisme. Une mère témoigne :

Ce n’est pas que je me moque de ce qui peut arriver à mes enfants ou des problèmes qu’ils ont, c’est seulement que je n’ai plus l’énergie d’y faire face.

3.Reniement des accomplissements passés, présents et futurs; baisse de la productivité

Quand le contexte dans lequel une personne évolue la conduit à faire l’expérience des deux première phases du burn out, elle prend progressivement conscience de l’écart entre l’idéal qu’elle souhaitant atteindre, la réalité présente et ce qu’elle considère être devenue.

Quand cet écart est important, l’image de soi devient négative et l’heure est à l’auto critique. Seuls les échecs sont retenus et les succès sont minorés, voire niés. La personne perd confiance en elle et, par ricochet, son entourage perd confiance en elle.

La qualité du travail, de la présence, des soins se dégrade. Il faudrait que la personne trouve au fond d’elle des ressources qu’elle a l’impression de ne plus avoir.

Mieux connaître et comprendre le burn out maternel pour le prévenir et le soigner

Pour Violaine Guéritault, mieux comprendre les sources de stress qui mènent au burn out et savoir en reconnaître les effets, c’est être capable de mieux s’en protéger et d’en sortir.

Le burn out n’est pas le fait de l’incapacité d’un individu à faire face aux contraintes qui l’entourent. Il est dû à une dynamique complexe, émergeant de l’interaction entre cet individu et l’environnement dans lequel il se trouve et qui le modèle en partie. Mieux connaître les facteurs de stress dans votre vie, c’est mieux les comprendre et mieux vous comprendre vous-même. Etre une maman stressée n’a rien d’inadmissible, de honteux ou d’inavouable. 

Il est temps que notre culture autant que les mères elles-mêmes cessent de minimiser les difficultés associées aux responsabilités maternelles. Etre une mère est un travail à part entière et en ignorer les risques et les dangers peut s’avérer un bien mauvais calcul à long terme. – Violaine Guéritault

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Source : La fatigue émotionnelle et physique des mères : Le burn-out maternel de Violaine Guéritault (éditions Odile Jacob). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet (DECITRE).

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