Formuler des interdits et des règles pour mieux se faire comprendre des jeunes enfants (avant 3 ans)

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S’adresser individuellement à l’enfant

L’idéal est toujours de se déplacer jusqu’à l’enfant et de lui transmettre le message en face-à-face plutôt que de lancer une instruction à travers la pièce ou les escaliers.

Mieux vaut placer notre visage à hauteur de celui de l’enfant, voire même sous le regard de l’enfant, idéalement à une trentaine de centimètres.

Pour Siegel et Payne, neuroscientifiques spécialistes du cerveau des enfants, l’une des façons les plus rapides d’inspirer la confiance et l’absence de menace consiste à se positionner en-dessous du niveau des yeux de l’enfant et à choisir une posture corporelle décontractée et apaisante. Sans même ouvrir la bouche, nous en disons déjà long…

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Source : La discipline sans drame de Siegel et Payne (éditions Les Arènes)

 

Valider les émotions de l’enfant en identifiant ce qui se passe en lui et en le lui reflétant

En tant qu’adultes, nous avons parfois tendance à juger les émotions des jeunes enfants comme ridicules, comme exagérées, comme infondées. Pourtant, elles sont bien réelles pour l’enfant et nous avons avant tout besoin de connexion pour que l’enfant nous écoute.

Pour autant, la validation des émotions ne vaut pas permission de taper, frapper, crier sur quelqu’un, casser… Valider les émotions revient plutôt à “accorder notre instrument” avec celui de l’enfant afin de pouvoir créer ensemble quelque chose d’harmonieux.

Valider les émotions est difficile car cela requiert de résister à la tentation de dénier ou minimiser ce que traversent les enfants, au risque de rompre la connexion.

Cela te fait vraiment de la peine de…, on dirait. Je me serais senti.e exclu.e moi aussi. 

Je vois à quel point tu es furieux.se. Pas étonnant que tu sois en colère, ça m’aurait mis très en colère moi aussi.

Tu as voulu monter sur le toboggan et puis tu as raté la marche. Tu es tombée et ton genou a cogné par terre. Tu as eu peur et mal. C’est vrai que ça fait mal quand on tombe.

Formuler des instructions positives plutôt que négatives

Héloïse Junier rappelle que, sur le plan linguistique, la négation est difficile à traiter car elle implique une gymnastique intellectuelle plus complexe qu’une affirmation. Le jeune enfant doit se représenter le contenu de l’instruction puis “l’annuler”. Cela est d’autant plus complexe pour un jeune enfant dont le cerveau préfrontal (le cerveau qui réfléchit) est encore immature.

Ainsi, simplement dire “Descends” est plus efficace que “Ne monte pas sur le fauteuil”.

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Privilégier le Stop plutôt que le Non

Le mot “stop” vient stopper un comportement inadapté tandis que le “non”tend à cultiver une dynamique plus porteuse de conflit dans un rapport de force, dans un jeu de pouvoir.

Sans doute avez-vous remarqué que votre posture et votre expression facile sont plus fermées (sourcils froncés) dans le cas du “non” que du “stop” qui vient induire un état de vigilance (sourcils rehaussés). – Héloïse Junier

Adresser une consigne à la fois

Les jeunes enfants ne sont pas en mesure de stocker dans leur tête plusieurs informations en même temps, de les prioriser et de planifier leurs actions (rappelons-le, le cerveau préfrontal des enfants est immature).

Mieux vaut prendre le temps de décomposer les consignes en plusieurs étapes et de passer les consignes, étape par étape. De même, une consigne spécifique et précise sera plus efficace. Le fait de préciser ce qui est attendu permet à l’enfant de passer à l’action. Ainsi, “range ta chambre” peut devenir : “Prends les jouets au sol” puis “Mets les dans le coffre à jouets.” et enfin “Range les livres sur l’étagère.”

Lire aussi : 5 astuces pour que les enfants respectent mieux les consignes

Patienter quelques secondes, le temps de laisser l’enfant réagir

Héloïse Junier rappelle que le cerveau des jeunes enfants est plus lent que celui des adultes car les axones (qui relient les neurones entre eux) ne sont pas encore bien myélinisés (la myéline est la substance qui entoure les neurones et qui permet d’isoler l’axone pour permettre l’influx électrique d’aller plus vite d’une cellule à l’autre).  La myéline se construit petit à petit tout au long de la maturation du cerveau humain : charge à nous adultes de faire preuve de patience avec cette information en tête !

Intervenir physiquement avec douceur

Le cerveau des enfants étant immature, ces derniers sont davantage dans l’agir, dans le concret et le physique que dans le mental : ils ont du mal à faire le lien entre les mots et les gestes.

Ainsi, si un enfant qui ne parvient pas à exécuter la consigne ‘Descends du fauteuil”, il est possible de l’accompagner physiquement, avec douceur, jusqu’au sol.

Par ailleurs, il est important de garder en tête que le lien le plus précieux est d’ordre non verbal. Un contact avec une intention aimante et bienveillante, qu’il soit discret (comme prendre une main ou caresser la tête) ou plus démonstratif (comme serrer quelqu’un contre soi) a le pouvoir de faire rapidement retomber la température émotionnelle.

Organiser l’environnement pour limiter les tentations

Ce n’est pas à l’enfant de s’adapter à l’environnement des adultes mais à l’adulte de proposer un environnement sécurisé et adapté aux besoins des enfants. D’autant plus que les jeunes enfants ont besoin d’expérimenter physiquement leur environnement pour bien se développer et qu’ils ne sont pas en mesure d’inhiber leurs impulsions. – Héloïse Junier

Par exemple, la pédagogie Montessori s’appuie beaucoup sur ce principe : les jouets et les objets mis à disposition des enfants sont facilement accessibles (à hauteur d’enfant et non empilés), peu nombreux, de belle qualité (matériaux naturels, couleurs douces) et correspondent aux besoins des enfants (stimulation des sens, mouvement, concentration…).

Réinterroger les règles et interdits

Quand un interdit est régulièrement transgressé, il est possible de réfléchir à ce qui en est à l’origine :

  • l’enfant a-t-il compris la consigne ?
  • est-il en mesure physiquement et intellectuellement de bien la comprendre ?
  • le cas échéant, comment formuler la consigne autrement (en prenant en compte les indications mentionnés précédemment dans l’article) ?
  • l’enfant a-t-il grandi si bien que la consigne n’est plus adaptée ?
  • ces interdits répondent-ils au besoin fondamental de sécurité des enfants ou au besoin de confort des adultes ? comment concilier les deux ?
  • les besoins affectifs de l’enfant sont-ils comblés (et le réservoir affectif de l’enfant rempli) ? et les autres besoins : mouvement, liberté, nutrition, autonomie, sommeil ?
  • l’enfant a-t-il appris l’opposition (dans le sens où, lorsqu’un adulte est trop dans le contrôle et émet des consignes toujours autoritaires et verticales, l’enfant risque de vouloir “défendre” son autonomie et entre dans un rapport d’opposition) ?

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Source : Guide pratique pour les pros de la petite enfance – 38 fiches pour affronter toutes les situations de Héloïse Junier (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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