Les jeunes ont un pouvoir d’action : ils sont dominés, mais ils luttent et ont une agentivité.

Les jeunes sont dominés par les adultes, mais ils résistent. Ils ont non seulement un désir de révolte, mais ils la mettent aussi en pratique, parfois de manière presque invisible (avec des micros résistances verbales, des soupirs, des yeux levés au ciel), parfois de manière politique et autogérée. Ces révoltes peuvent être vues comme des manières de demander aux adultes le respect que les jeunes méritent.

agentivité jeunes

Des révoltes politisées et auto-organisées

Dans son livre La domination adulte : l’oppression des mineurs paru en 2015, Yves Bonnardel documentait déjà les luttes des mineurs (à comprendre au sens d’enfant et adolescents n’ayant pas encore acquis le statut de majeurs et les droits qui vont avec tels que le droit de travailler ou de voter). Il a rappelé que les révoltes des jeunes personnes ont émaillé la fin du XIX° et le XX° siècle en Europe. Ces révoltes de jeunes visaient à dénoncer l’enfermement via la scolarisation obligatoire, l’idéologie de l’enfance à protéger et à enfermer “pour son bien” et le statut de mineurs privés de droits élémentaires (comme la liberté de circulation). Il y a ainsi eu plus de 200 révoltes lycéennes contre l’enfermement scolaire au XIX° siècle.

En France, un journal a été créé en 1882 par un regroupement de lycéens pour défendre les droits de la jeunesse. Ces lycéens y faisaient une critique de l’ordre adulte et refusaient des rapports d’éducation adultes dominants/ enfants et ados dominés. Plus près de nous, dans les années 1970, un mouvement de libération de la jeunesse a été créé pour demander une libre disposition de leur vie pour les mineurs et un accès aux droits humains fondamentaux dont le statut de mineurs les prive (droit à disposer d’un budget, droit à travailler, droit à la libre circulation, droit de participer à la vie démocratique par le vote…). Les fondateurs de ce mouvement affirmaient : “Nous ne sommes pas contre les vieux, nous sommes contre ce qui vous a fait vieillir”.

En Allemagne, le collectif Kraetzae a même intenté un procès contre l’Etat pour obligation scolaire qui serait contraire aux droits humains fondamentaux.

Reconnaître l’agentivité des jeunes pour ne pas considérer les enfants comme des victimes et ne pas parler à leur place

Le terme d’agentivité est un néologisme issu de la traduction de la notion anglophone d’agency. L’agentivité d’un jeune ou d’une groupe de jeunes désigne leur capacité à :

  • agir de façon intentionnelle,
  • exercer un choix,
  • influencer son propre environnement au lieu de subir passivement les événements.

Considérer l’insolence à la lumière de la domination des adultes et de l’agentivité des jeunes

Ce concept permet de dépasser le statut de pure victime en mettant en lumière les résistances, parfois discrètes. Dans les sciences humaines, l’agentivité définit la marge de liberté et le pouvoir d’émancipation d’une personne face aux structures sociales ou aux contraintes qui pèsent sur elle. Ainsi, les enfants et adolescents insolents peuvent être considérés comme des résistants. Quand les adultes parlent des enfants insolents, cela a souvent rapport avec le manque de respect qui se manifeste par des comportements remettant en cause l’autorité (= les adultes donc). Les adultes se considèrent comme “non remettables en cause” indépendamment du caractère juste, éthique des demandes faites aux enfants.

Pouvons-nous envisager que l’insolence est générée par la posture de l’adulte (face à un ordre aboyé sans aucun respect pour l’enfant, ce dernier a-t-il un autre choix que l’insolence pour protéger sa dignité et son intégrité) ?

Les types de résistance sont nombreux et variés

Le compte Instagram Adultissime recense par exemple des écrits et des paroles d’enfants contre la domination adulte. La résistance à l’oppression adultiste peut se retrouver sous la forme de :

  • mensonge pour ne pas se faire punir (sans la peur d’être puni, le mensonge n’a plus de fonction),
  • école buissonnière (pour échapper à la captivité scolaire et à la discipline appliquée aux corps et aux esprits de l’école “voleuse de temps”),
  • injures, voire insultes, contre une autorité arbitraire et injuste (à la maison, à l’école, en foyer d’accueil…),
  • bouderie (puisqu’argumenter est réprimé et que le retrait est la seule stratégie admise dans le contexte),
  • réaction passive agressive (traîner pour faire les choses, mal les faire, souffler fort…),
  • détournement (craquer le mot de passe de la box internet, manger une chose interdite en cachette…),
  • dire “Même pas mal” face aux coups, claques, fessées,
  • se cacher, ne pas répondre au téléphone, fuguer.

Des jeunes vont aussi s’auto-organiser et créer des collectifs, plus ou moins temporaires, pour faire entendre leurs voix et peser dans le rapport de force. Cela peut passer par le fait de lancer des pétitions dans la cour de récréation ou de charger des représentants (parfois les délégués de classe) de porter des revendications auprès des adultes (exemple : reporter la date d’un contrôle). Les syndicats de lycéens sont aussi des formes de résistance politisée.

Reconnaître ces manifestations de la résistance permet de comprendre la légitimité de la position du jeune qui en est à l’origine. C’est toujours intéressant de se demander ce que l’hostilité apparente exprime en réalité, et quels sont les besoins cachés derrière ce qui est donné à voir ou à entendre par les enfants et adolescents. Cela nous permet de raisonner en terme d’équidignité et de respect mutuel. C’est un chemin du déconditionnement de notre propre adultisme.

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Pour aller plus loin : La domination adulte : l’oppression des mineurs (éditions Myriadis) d’Yves Bonnardel. Disponible en médiathèque, en librairie ou sur les sites en ecommerce.

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