Comment éviter les jeux de pouvoir dans l’éducation ?

Voici 5 propositions pour éviter les jeux de pouvoir dans l’éducation.

Comment éviter les jeux de pouvoir éducation

1. Travailler sur notre propre bonheur

Le sacrifice est plutôt une tentation féminine. Pour ne pas ressentir la frustration sous le sacrifice, nombre de femmes utilisent la technique de la surcompensation. Elles s’oublient, n’écoutent pas leurs propres besoins ou émotions et se centrent entièrement sur leurs enfants. Elles couvrent leurs petits, les surprotègent, se montrent hyperattentives et indispensables, prêtes à tout donner, à satisfaire le moindre désir… interdisant à l’enfant non seulement toute autonomie, mais aussi sa colère. Cette colère qu’elles répriment si fort en elles-mêmes. Pourquoi grandir, travailler à l’école et devenir adulte, si c’est pour entrer dans un système aliénant ? – Isabelle Filliozat

Ne pas charger les enfants de nos difficultés permet d’éviter les rapports de force :

  • parler honnêtement des difficultés

Parler aux enfants les rassure et les aide à se voir comme des personnes séparées de leurs parents (donc à ne pas prendre en charge leur souffrance). Sans être alarmiste, partager le vécu, les émotions, les peurs allège le poids que les enfants portent. On peut également partager nos engagements avec les enfants (les emmener en manifestation ou en séance de dédicaces d’auteurs appréciés par exemple), leur livre des livres sur l’histoire des luttes (comme des biographies de militants et militantes, de résistants et de résistantes), leur expliquer nos choix (et nos doutes et nos colères quand des contraintes matérielles s’appliquent à nous et nous empêchent d’aligner nos valeurs et nos pratiques).

  • se poser des questions pour y apporter des solutions

Comment va mon couple ? Comment je me réalise personnellement : dans mon travail, dans mes amitiés, dans mes activités extra professionnelles ? Ma vie a-t-elle un sens ? Quelles actions puis-je entreprendre pour changer les choses collectivement ? Quelles sont mes possibilités pour un engagement politique, associatif, syndical ? L’engagement est un antidote à l’impuissance.

  • prendre contact avec la part de joie en nous

Respirez, sentez la vie en vous, rappelez-vous la simple joie de vivre. Prenez le temps de ressentir l’amour que vous portez à ceux qui vous entourent et à vos enfants.

2. Écouter

Avant de parler et de se livrer, un enfant a besoin de savoir avec certitude qu’il sera entendu et accepter sans jugement. Les ordres, les menaces, les culpabilisations, les flatteries, les réassurances ou encore les solutions toutes faites donnent à l’enfant l’impression que ses émotions ne sont pas les bienvenues et qu’il est incapable d’être autonome.

Écouter consiste à faire écho à l’émotion pour que l’enfant se sente accepté tel qu’il est et s’entende en profondeur. Il ne s’agit pas tant d’écouter les mots que d’en entendre l’écho affectif. Ecoutez les émotions et non les faits ! – Isabelle Filliozat

Cette écoute de coeur à coeur nécessite de l’empathie et de la tendresse. Certains mots facilitent l’accueil des émotions :

C’est dur pour toi de…

C’est difficile…

Aujourd’hui, je vois que tu es… Tu veux m’en parler ? 

J’imagine que…

Je comprends que tu dois souffrir…

Tu te sens triste à l’idée de…

Qu’est-ce qui se passe ? 

Qu’est-ce que ça te fait quand… ?

Qu’as-tu ressenti quand… ?

Qu’est-ce qui te rend le plus triste/ en colère… ?

Qu’est-ce qui te manque le plus ? 

Qu’est-ce qui te préoccupe ?

De quoi as-tu peur ? as-tu besoin ?

Qu’est-ce que tu imagines ?

Une recherche de solution est envisageable une fois que les émotions ont été exprimées, accueillies et reformulées. Cette recherche de solution ne consiste pas à amener une solution toute faite mais à poser des questions ouvertes pour inciter l’enfant à développer son autonomie :

Qu’est-ce que tu envisages comme solution ?

Qu’est-ce que tu peux faire ?

Qu’est-ce que je peux faire ?

3. Communiquer avec le corps, le coeur et la tête 

L’attention et l’écoute sont les deux maîtres mots :

  • communiquer par le toucher

Les contacts physiques (caresses, bisous, câlins, chatouilles…) sont indispensables. Cependant, le corps de l’enfant est son corps et il est important de respecter ses limites. On arrêtera tout contact physique quand l’enfant demande d’arrêter.

  • écouter avec le corps

On peut se placer dans une posture semblable à l’enfant pour se mettre à sa portée, pour se connecter car le corps envoie des messages inconscients à l’enfant. Par exemple, une posture avachie ou le téléphone à la main rend l’écoute des émotions désagréables impossible.

  • rêver et imaginer ensemble pour éviter les jeux de pouvoir

L’imagination est un bon moyen d’assouvir les désirs irréalisables et de créer des liens forts. L’imagination peut être mise au service de l’éducation pour accompagner les frustrations des enfants.

Tu aurais aimé cette belle robe de princesse. C’est vrai qu’elle est belle ! Qu’est-ce que tu aurais fait en tant que princesse ? Je t’imaginerais bien avec des fleurs dans les cheveux dans un château sur une colline, menant les affaires du royaume avec justice. 

  • parler de nous : nos sentiments, nos souvenirs d’enfance, nos rêves

Parler de nous a plusieurs vertus : cela renforce les liens, cela rassure les enfants sur le fait qu’ils ne sont pas à la source de nos éventuels soucis, cela leur permet de mieux nous connaître, de mieux se connaître eux-mêmes par la mise en mots de leur histoire, de leur filiation, de leurs racines.

  • parler de tout

Être ouvert à tous les sujets sans tabou montre aux enfants que le monde est à la fois sûr (il n’y a pas de secret) et compréhensible (il y a une explication pour tout… ou presque !). Quand les enfants posent des questions, on peut en profiter pour leur demander leur avis : et toi, qu’est-ce que tu en penses ? Quand on ne sait pas, on peut dire qu’on ne sait pas et demander où on pourrait trouver la réponse. Et quand il n’y a pas de réponse, voilà une belle occasion de philosopher, d’émettre des hypothèses, d’aller chercher des informations ensemble. 

4. Sentir le bonheur d’être parent

Isabelle Filliozat écrit :

Entourez-vous de photos et de dessins pour entretenir le souvenir de votre amour pour eux, pour réveiller votre tendresse endormie quand ils tachent le canapé, refusent de débarrasser la table ou ont de mauvaises notes à l’école.

Happés par les tâches du quotidien, la lessive, le ménage, la cuisine, les devoirs… nous oublions parfois que nous sommes heureux de vivre ensemble. Tous les parents le disent, l’enfance, ça passe vite, trop vite. Ne ratons pas la rencontre !

Toutefois, la charge mentale des mères et l’épuisement maternel sont des réalités et ne peuvent être ni prévenus ni combattus par des bons sentiments. Ils sont la conséquence d’une organisation patriarcale et néolibérale de la société. Être un parent bientraitant (et particulièrement une mère) est bien plus difficile qu’il n’y paraît et dépasse de loin la simple volonté individuelle. 

5. Changer de vision sur l’enfant pour éviter les jeux de pouvoir

Raisonner en termes de besoins, de réservoir affectif et d’attachement change la nature des relations avec les enfants : la nature des enfants est bonne et ils ont toujours une bonne raison d’agir comme ils le font. On peut se demander à quoi ils disent oui quand ils nous disent non à nous.

besoins affectifs des enfants

 

Un enfant difficile a toujours quelque chose à nous dire même si les réels messages et besoins sont cachés derrière des comportements et des mots qui nous paraissent inappropriés. Nous avons la (lourde) charge de le décrypter pour éviter les jeux de pouvoir.

citation attachement enfant

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Source : Au coeur des émotions : comment réagir aux larmes et paniques de l’enfant d’Isabelle Filliozat. Disponible en médiathèque, en librairie ou en ecommerce.

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