Les enfants ne sont pas des manipulateurs

Les enfants ne sont pas des manipulateurs

Les enfants ne peuvent pas maîtriser leurs émotions avant 6/7  ans

Que l’enfant soit un nourrisson, qu’il ait 2, 3 ou 6 ans, on entend très souvent des propos reflétant des rapports de force entre parent et enfant : “Il me teste. Elle le fait exprès pour m’énerver. Il me fait marcher. Elle joue la comédie !“.

Pourtant, les enfants sont incapables de maîtriser leurs émotions avant 6/7 ans. Plus l’enfant est petit, plus il est dépendant des adultes qui l’entourent et plus il est important de répondre à ses besoins.

En accueillant les émotions des enfants avec empathie (“oui, c’est vrai que c’est difficile./ on dirait que tu as eu une mauvaise journée/ tu aurais préféré…/ c’est pas facile d’attendre son tour !”), on participe à la construction de leur estime d’eux-mêmes et on fait maturer leur cerveau (émotionnel et supérieur) plus vite.

Un enfant qui pleure, qui exprime une colère ne le fait ni “pour rien” ni pour “provoquer” les adultes.

Tant que son cerveau émotionnel n’est pas mature, l’enfant peut être soumis à des véritables “tempêtes émotionnelles” qu’il convient d’accueillir en nommant les émotions ressenties par l’enfant.

Dire que l’on comprend la colère de son enfant parce qu’il n’a pas obtenu telle chose, ne veut pas dire que l’on va forcément lui donner cette chose mais qu’on est suffisamment informé des étapes du développement émotionnel et cognitif enfantin pour accueillir la frustration générée chez l’enfant par un refus de notre part.

Les enfants ne peuvent pas manipuler

Les jeunes enfants ne peuvent pas être des manipulateurs car leur cerveau se développe progressivement (les capacités de raisonnement, de prise de recul et d’élaboration de stratégie sont acquises petit à petit). Non seulement ils sont incapables de raisonner pour manipuler les autres mais si certains enfants se montrent manipulateurs, c’est qu’un (ou plusieurs) adultes dans leur entourage leur a montré l’exemple (par exemple en faisant usage de chantage du type “Si tu manges ta viande, tu auras un dessert”). En effet, les enfants apprennent en effet des humains qui les entourent, en premier lieu de leurs parents.

Si on se trouve tenté de poser l’étiquette de “manipulateur” sur un enfant, il est plus aidant de chercher à décrypter le comportement des adultes et des enfants l’entourant et de se connecter émotionnellement à ce qu’il vit avant de rediriger son comportement.

Parfois, les jeunes enfants vont répéter les gestes interdits par les parents afin de vérifier si c’est précisément le geste à éviter.

Enfin, certains enfants peuvent sourire, voire rire, après avoir été réprimandés. Cela ne signifie pas qu’il se moque de l’adulte mais ce rire peut être un moyen de recréer le lien et de faire face à son émotion de peur (un jeune enfant dont le lien affectif est rompu avec ses parents se sent réellement en danger puisque son cerveau lui envoie le message que ses figures de protection ne seront peut-être plus disponibles pour le sauver en cas de danger).

Les enfants font des expériences, pas des bêtises

Les enfants expérimentent et cherchent à comprendre le monde. Parfois, les expériences qu’ils font nous paraissent être des affronts dirigés contre nous alors qu’ils ne font que suivre leurs besoins vitaux d’exploration : sauter dans une flaque, tirer la queue du chien, jeter ses couverts par terre…

Des points clés pour passer du rapport de force à la compréhension de l’enfant

L’idée est de transformer les pensées du type “il ne fait que des bêtises” ou “elle me manipule” en compréhension : qu’est-ce que l’enfant a voulu faire ? Il est possible de s’appuyer sur des points clés à explorer pour répondre à cette question :

  • raisonner en termes d’émotions et de besoins, y compris physiologiques (ex : sommeil, faim…)
  • raisonner en termes de réservoir d’amour et de besoins affectifs (le réservoir d’amour de l’enfant est-il suffisamment rempli ? a-t-il eu assez de temps et d’attention ? se sent-il aimé tel qu’il est et accepté ?)
  • raisonner en termes de développement moteur, émotionnel et cognitif (qu’est-ce que l’enfant est capable de faire ? de comprendre ?)
  • raisonner en termes d’aménagement de l’environnement (l’enfant peut-il se mouvoir librement ? exercer son pouvoir personnel et son autonomie ? y-a-t-il des sursollicitations auditives/ visuelles ?…)
  • raisonner en termes d’enseignement plutôt que de punition (quelle compétence je veux que mon enfant développe ? comment y parvenir sans passer par des rapports de force ?)
  • raisonner en termes d’auto compassion et d’histoire personnelle (en fonction de l’éducation que nous avons nous-mêmes reçue et de notre état de stress, nous serons plus irritables et moins patients).

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Source : L’obéissance sans cris ni punitions de Stéphanie Damou-Sabry (éditions Hatier). Disponible en centre culturel, en librairie ou sur internet.

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