Mieux comprendre les pleurs des bébés

Mieux comprendre les pleurs des bébés

Le fait de mieux comprendre les pleurs des bébés permet d’être moins gagné par le stress lors des crises de pleurs. En effet, le stress et notre propre détresse émotionnelle (liée à la mémoire traumatique, à un sentiment d’impuissance, de culpabilité voire d’incompétence) face aux pleurs des bébés peut nous amener à des maltraitances (par exemple, crier et même secouer le bébé).

Quand un bébé se met à pleurer, notre premier réflexe d’adultes est de chercher à stopper ses pleurs. Dans un premier temps, l’idée est bien entendu de rechercher la raison des pleurs et de satisfaire le besoin qui en est à l’origine (faim, soif, change, câlin, réassurance, changement de position, chaleur, vêtement inconfortable…). Quand ces besoins sont satisfaits, il se peut que les pleurs correspondent à un besoin de se décharger et il est préférable de laisser le bébé pleurer dans des bras adultes bienveillants, sécurisants (plutôt que de laisser le bébé pleurer seul ou de lui donner un tétine bouchon).

Dans son livre Guide pratique pour les pros de la petite enfance, Héloïse Junier, psychologue en crèche, remarque d’ailleurs que nous supportons mieux les pleurs des adultes que des bébés (et des enfants) dans le sens où nous sommes plus en mesure d’accueillir avec empathie les pleurs des adultes que des bébés. La psychologue remarque que, jamais, nous ne donnerions un équivalent de la tétine à un adulte qui pleure pour qu’il arrête de pleurer ou que nous le laisserions pleurer seul, isolé.

Héloïse Junier se propose alors de déconstruire plusieurs idées reçues et croyances au sujet des pleurs des bébés.

Les pleurs des bébés ne sont ni des caprices ni de la manipulation.

Aucun bébé n’est capable de pleurer sur commande.

Les pleurs sont initiés par des parties autonomes du cerveau (SNA ou Système Nerveux Autonome) que le bébé n’est pas en mesure de contrôler. Rappelons que, jusqu’à 4-5 ans, le cerveau supérieur de l’enfant, appelé néocortex, n’est pas encore en capacité de réguler ces feux d’artifice émotionnels. Les voies entre le néocortex et le système limbique ne sont pas suffisamment matures, ce qui explique la survenue d’explosions émotionnelles aussi vives et intenses. Inutile donc de percevoir dans les pleurs une quelconque intentionnalité. – Héloïse Junier

Les bébés ne vont pas pleurer plus souvent si les adultes les prennent dans les bras.

La théorie de l’attachement a plutôt démontré l’inverse : plus l’adulte répond de manière rapide et adaptée aux pleurs du bébé (en particulier avec une proximité physique tels que portage ou caresse), plus l’enfant sera autonome vers l’âge de la marche. Les bébés ont besoin de bien s’attacher pour pouvoir se détacher.

Notre récente tendance (occidentale) à encourager la solitude et l’autonomie des bébés serait donc probablement peu adaptée à leur immaturité physique et psychologique. – Héloïse Junier

Pour aller plus loin : Le fait de porter les bébés réduit la fréquence de leurs pleurs

Les pleurs ont une fonction : ils assurent la survie et l’attachement.

Les pleurs servent à alerter les adultes dans les cas où un des besoins fondamentaux du bébé n’est pas satisfait (besoins fondamentaux qui ne sont pas seulement de l’ordre physiologique comme manger ou boire mais aussi de l’ordre affectif).

Héloïse Junier rappelle que les pleurs seraient apparus il y a des millions d’années chez les humains, quand ces derniers sont devenus bipèdes. Comme le bébé humain n’était pas capable de se déplacer seul jusqu’à un adulte pour combler ses besoins avant l’âge d’un an environ, c’est l’adulte qui devait se déplacer jusqu’à l’enfant… grâce aux pleurs donc qui servent de signal de détresse ! Héloïse Junier ajoute que, si les pleurs sont aussi désagréables à l’oreille, c’est sans doute pour que les adultes s’empressent d’y répondre.

Les pleurs sont une décharge émotionnellement utile.

En plus d’augmenter les chances de survie (s’assurer d’être nourri, changé, pris en charge en cas de douleur, rassuré en cas de peurs…), certains pleurs permettraient tout simplement au bébé de se décharger d’un excès de tension et de stress (le stress pouvant être consécutif à une trop longue séparation avec les parents, à des stimulations visuelle/ auditives trop importantes, à une grossesse ou un accouchement difficiles…).

Ces pleurs de décharge seraient utiles pour rétablir l’équilibre physiologique du bébé et lui permettre de passer d’un état de stress à un état de détente… à condition que le bébé pleure dans les bras rassurants d’un adulte bienveillant, qui lui assure un contact physique de proximité et des paroles rassurantes.

Héloïse Junier fait référence à l’approche d’Aletha Solter. Celle-ci insiste beaucoup sur la fonction des pleurs. Selon elle, les pleurs servent toujours une cause. Les bébés qui ont connu un stress précoce (lors d’une naissance compliquée ou même pendant la grossesse) pleurent plus que les autres bébés.

Les pleurs ne signifient pas que le parent est un mauvais parent et tous les pleurs ne correspondent pas à un besoin physiologique immédiat (faim, besoin d’être changé, mal quelque part…).

Selon Solter, les pleurs peuvent aussi servir de mécanisme d’évacuation du stress. Ils sont alors à considérer comme l’expression d’une émotion et il est inutile de chercher à les faire taire à tout prix.

Aletha Solter propose de tenir le bébé en pleurs dans les bras et de lui affirmer l’amour parental avec des paroles du type « Je sais que c’est dur, tu peux pleurer dans mes bras. »

Aletha Solter est l’objet de critique. Pour elle, il suffit d’accompagner un bébé dans ses pleurs avec bienveillance et parole rassurante. Mais il peut parfois être difficile de distinguer des pleurs de décharge de pleurs pour une raison médicale. Les pleurs des bébés peuvent en effet aussi manifester un réel malaise, une souffrance (par exemple, un RGO, une allergie ou un syndrome de Kiss). Les parents sont les mieux placés pour savoir à quel moment les pleurs paraissent disproportionnés, symptôme d’une réelle douleur physique. Les professionnels de santé sont alors indiqués (pédiatre en premier lieu).

Quand les parents (ou professionnels de la petite enfance) ne supportent plus les pleurs des bébés

Héloïse Junier rappelle que les pleurs des bébés sont un facteur majeur de maltraitances, de négligences (bébé laissé seul des heures entières), et de décès durant la première année de vie des petits humains. Il est alors utile de mieux comprendre les pleurs des bébés pour mieux les supporter mais également de se doter de ressources pour y faire face quand on se sent débordé (à la fois en tant que parents et en tant que professionnels).

Voici quelques suggestions :

  • Passer le relais (au conjoint/ à la conjointe; à un membre de la famille; à un.e voisin.e; à un.e collègue dans le cadre d’une crèche…);
  • Faire une pause, prendre l’air (en prévenant éventuellement le bébé s’il reste seul dans son lit qu’on a besoin de faire une pause et qu’on revient);
  • Avoir des stratégies de gestion du stress;

réguler stress parents

 

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Source : Guide pratique pour les pros de la petite enfance de Héloïse Junier (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.