Enfants anxieux : utiliser le corps et l’esprit pour diminuer efficacement l’anxiété (neurosciences)

Dans leurs livre Le Cerveau qui dit oui, Daniel Siegel et Tina Payne Bryson proposent quelques pistes pour accompagner un enfant anxieux. Selon eux, enseigner des techniques pour améliorer la capacité d’introspection et aider les enfants à comprendre leurs peurs leur permettra de les maîtriser peu à peu.

Utiliser le corps et l’esprit pour diminuer l’anxiété

Le concept de la zone verte

Daniel Siegel et Tina Payne utilisent une image pour enseigner aux enfants à revenir à l’équilibre émotionnel : la zone verte. Ils ont conçu une échelle qui est constituée de trois échelons : la zone rouge, la zone verte et la zone bleue.

On peut expliquer aux enfants qu’ils peuvent se trouver dans l’une des trois zones selon les circonstances :

  • quand ils se sentent bien et qu’ils arrivent à se maîtriser, ils sont dans la zone verte;
  • mais parfois, il arrive qu’ils soient bouleversés : ils peuvent être en colère, effrayés ou agités et avoir envie de hurler, de pleurer ou encore de frapper. Ils sont alors dans la zone rouge qui correspond à une explosion émotionnelle;
  • d’autres fois, quand ils sont bouleversés, ils préfèrent s’éloigner, être seuls, s’isoler. Ils sont alors dans la zone bleue qui correspond à un effondrement émotionnel.

Les enfants anxieux passent beaucoup de temps dans la zone bleue et trop peu de temps dans la zone verte.

La respiration les mains sur le coeur

Les enfants anxieux ont besoin d’être soulagés et de connaître des outils pour se calmer quand ils sentent l’anxiété les envahir. Une technique pour éviter de passer de la zone verte à la zone bleue ou de revenir plus vite dans la zone verte peut passer par la respiration.

Quand les enfants anxieux sentent qu’ils quittent la zone verte et qu’ils en souffrent, ils peuvent activer une petite respiration pour revenir à l’équilibre émotionnel. Ils placeront une main sur le coeur et une autre sur le ventre. Ils vont alors respirer amplement avec des expirations longues, une main sur le coeur et l’autre sur le ventre, autant de temps qu’ils en ressentent le besoin.

la zone verte et l'équilibre émotionnel

 

Afin de créer une habitude, il est possible de présenter cette petite technique simple aux enfants en dehors d’une crise puis de leur demander de pratiquer cette petite respiration tous les soirs avant de s’endormir, comme une routine apaisante du coucher.

La prise en compte des sensations physiques

Quand les enfants ont pratiqué plusieurs fois cet exercice de respiration avec les mains, il est possible d’attirer leur attention sur les sensations physiques ressenties dans le corps : “Qu’est-ce qui se passe dans ton corps quand tu fais ça ? Qu’est-ce que tu as remarqué ? Où est-ce que ça se passe ? Comment ça fait ?”.

L’objectif est d’apprendre aux enfants anxieux à se concentrer sur les réactions physiques et qu’ils prennent bien conscience de la détente et du calme qui gagnent leur corps à ce moment-là.

Le “tyran anxieux”

Une stratégie qui fait appel à la réflexion peut compléter cet exercice de respiration. Il s’agit du “tyran anxieux“. L’enfant imagine qu’il a un “tyran anxieux” sur l’épaule et décide de dialoguer avec lui. Il remercie cette partie de lui-même de tenter de le protéger d’une menace imaginaire et de se placer en “veilleur” à l’affût du danger.

Une fois le tyran remercié, l’enfant lui dira ensuite qu’il peut se détendre et lui exposer des stratégies de secours. L’enfant a le droit d’être autoritaire ou de se moquer du tyran anxieux (par exemple, en disant : “Tiens, te revoilà monsieur le tyran anxieux. Tu as encore envie de me tourmenter aujourd’hui, on dirait ! Alors sache qu’aujourd’hui, j’ai décidé de…”).

Le recours au tyran anxieux peut se faire dans un troisième temps en capitalisant sur les étapes précédentes :

  • dans un premier temps, l’enfant prend conscience qu’il est sur le point de sortir de la zone verte
  • dans une deuxième temps, il pose une main sur le ventre et l’autre sur le coeur puis respire amplement jusqu’à sentir son corps se détendre
  • dans un troisième temps, il s’adresse au “tyran anxieux” : “Ce n’est pas si grave ! Je peux faire ci/ ça. Et maintenant, monsieur le tyran anxieux, je n’ai plus besoin de toi pour m’aider à me faire du souci à propos de…”.

 

Créer de nouvelles voies neuronales : expliquer la plasticité neuronale aux enfants anxieux

Quand un adulte (parent, enseignant ou thérapeute) apprend de nouvelles compétences à un enfant, le cerveau de ce dernier se réorganise.

Chaque neurone comporte des petites branches (les axones) : c’est grâce à ses branches que les neurones se connectent les uns aux autres. Ces connexions forment des “chemins” par lesquels l’information va transiter.

Il existe un mouvement physique dans le cerveau d’un enfant qui apprend car les connexions entre les neurones sont modifiées. De nouvelles connexions se forment, d’autres disparaissent si elles ne sont plus utilisées.

Les exercices pour enfants anxieux présentés plus haut créent des connexions dans leur cerveau, associant la sensation des mains sur le cœur et sur le ventre à la détente et au calme.

Certains spécialistes utilisent la métaphore de la forêt. Apprendre, c’est créer des connexions entre des neurones. Les choses deviennent plus faciles et on est capable de les faire de mieux en mieux car le chemin est “défriché”, les informations passent plus rapidement d’un neurone à l’autre par ces voies de communication.

Le cerveau est donc comme une forêt : si on marche plusieurs fois dans le même sentier, un chemin va progressivement se créer. Dans le cerveau, il y a création de sentiers de communication entre les neurones. Ces sentiers (connexions neuronales) deviennent de plus en plus efficaces et mènent à l’automatisation des processus liés à une certaine tâche et donc à la résolution plus faciles de certains problèmes.

Daniel Siegel et Tina Payne Bryson utilisent quant à eux la métaphore de la montagne pour expliquer les manières de faire face à l’anxiété.

Au fur et à mesure que les pensées anxieuses envahissent l’esprit de l’enfant, c’est comme s’il montait de plus en plus haut sur des pentes montagneuses enneigées. Il se retrouve alors au sommet de la montagne (le sommet de l’anxiété) et se sent submergé. Jusqu’ici, pour descendre de la montagne de l’anxiété, l’enfant avait pour habitude de dévaler la pente jusqu’au Pays de l’attaque de panique.

Mais désormais, l’enfant a appris de nouvelles habitudes. Quand il est en haut de la montagne de l’anxiété, au lieu de descendre à toute vitesse par le chemin habituel jusqu’au Pays de l’attaque de panique, il peut diriger sa luge sur une autre piste. Et il a découvert un tout nouvel endroit de la montagne. Il a pris un chemin qu’il n’avait jamais emprunté avant et a atterri au Pays de “Je me suis détendu et j’ai passé une bonne journée”.

La prochaine fois qu’il sera en proie à l’anxiété et qu’il se retrouvera en haut de la montagne, il saura qu’il n’est pas obligé de prendre le chemin qui mène au Pays de l’attaque de panique. Moins il l’empruntera, plus ce chemin disparaîtra sous la neige. Et plus l’enfant descendra la piste du Pays de “je suis détendu”, plus elle se creusera et plus elle sera facile à suivre les fois suivantes. Ce nouveau chemin va alors devenir celui dont l’enfant aura l’habitude et il sera de moins en moins sujet à des crises de panique.

montagne de l'anxiété

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Source : Le Cerveau qui dit oui de Daniel Siegel et Tina Payne Bryson (éditions Les Arènes). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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