On a coupé les enfants de la nature.

On a coupé les enfants de la nature.

En France (et ailleurs dans le monde), les enfants sont coupés de la nature et passent le plus clair de leur temps à l’intérieur, à l’école et en dehors de l’école, en ville mais aussi à la campagne. Ce phénomène de manque de nature est lié à une augmentation de la sédentarité qui peut avoir des conséquences sur la santé physique (prise de poids, motricité peu développée) et mentale (trouble du sommeil, état dépressif).

Ce phénomène à grande échelle est assez récent et l’Éducation Nationale n’a pas encore pris conscience de l’ampleur du problème.

L’émerveillement est inné chez l’enfant : l’émerveillement n’est pas quelque chose qu’on doit inculquer ou stimuler mais simplement respecter. Les enfants de moins de 6 ans explorent leur environnement de façon naturelle et multisensorielle (tirer la nappe pour tout faire tomber, mettre de l’herbe  ou de la terre à la bouche, jouer avec l’eau…). Catherine L’Ecuyer, docteur en sciences de l’éducation,  parle alors de “déficit de réalité” car les enfants ont besoin de toucher, de sentir (avec leur nez et avec leur peau), de bouger, de communiquer, d’entrer en relation avec les autres pour apprendre et se développer harmonieusement.

Par ailleurs, la surstimulation fait en sorte que les enfants s’ennuient en contact avec la réalité car la réalité est lente et exigeante. Les enfants surstimulés (dessins animés avec des changements de plan rapides, enchaînement d’activités extrascolaires sans temps de pause, sollicitation permanente des sens par la lumière bleue des écrans, par des sons agressifs ou du bruit extérieur…) ont du mal à supporter l’ordinaire et la lenteur du quotidien.

Le contact régulier avec la nature est un antidote à ce déficit de réalité et à cette intolérance à la lenteur.

Par exemple, les maternelles en forêt ont vu le jour au Danemark  il y a 60 ans. Dans ce type de maternelle, les enfants passent leur journée dehors et sont moins contraints dans leurs mouvements et leurs explorations qu’à l’intérieur d’une salle de classe. Ce contact avec la nature a eu pour conséquence une amélioration des capacités d’attention des enfants.

Le contact régulier avec la nature permet également aux enfants d’être en meilleure santé (moins malades) et de développer leurs compétences émotionnelles et relationnelles.

Tout dans notre culture participe à cette coupure des enfants avec la nature : l’omniprésence des écrans, la phobie du risque, des adultes devenus parents qui ont eux-mêmes été peu en contact avec la nature d’où une perte de transmission.

Personne ne cherche à priver volontairement les enfants de nature mais l’organisation de nos modes de vie et des écoles est ainsi faite que les besoins de nature des enfants sont peu (voire pas) comblés (ni même pensés).

Toutefois, certaines écoles sont en train de se transformer, même en ville, et un mouvement pour favoriser le contact des enfants avec la nature est en marche. Nous pouvons choisir de rejoindre ce mouvement et de prendre la résolution de faire entrer plus de nature dans notre quotidien. Pour ma part, j’aime beaucoup l’approche de Emilie Lagoeyte et Cindy Chapelle, autrices du livre Passeur de nature : Transmettre le goût de la nature aux enfants. Elles nous invitent à devenir des “passeurs de nature” et à faire entrer la nature  pas à pas à tous les étages de la vie quotidienne :

  • niveau 1 : chaque JOUR, reconquérir le lien à la nature

Chaque jour, il est possible de proposer aux enfants un moment de jeu non dirigé dans un espace de verdure et permettre aux enfants de se rouler dans l’herbe, de grimper aux arbres ou encore de mettre les mains dans la terre.

  • niveau 2 : chaque SEMAINE, une aventure éducative magique

Chaque semaine, il est possible de prévoir une sortie nature permettant l’observation et la découverte. Cette sortie peut être une promenade en forêt, un temps de jardinage, une observation des oiseaux, une collecte de cailloux, une identification de plantes comestibles ou encore une petite pêche en rivière.

  • niveau 3 : chaque MOIS, explorer la nature sauvage

Chaque mois, il est possible d’organiser un week-end au vert dans un espace à moins d’une heure de transport de chez soi (parc naturel régional ou national, espace naturel près de chez soi…).

  • niveau 4 : chaque ANNÉE, une immersion grandeur nature

Une fois par an, il est possible de prendre un vrai bain de nature, d’espace et de liberté avec des vacances en immersion totale dans la nature.

Ces propositions servent à se (re)connecter pas à pas avec la nature pour les personnes qui ont perdu le contact régulier avec la nature et peut servir de points de repère pour endosser le rôle de passeur de nature dans un contexte scolaire et familial.

 

Mes conseils lecture sur le sujet :

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Source : Eduquer nos enfants autrement – Entrevue à Catherine L’Ecuyer et Moïna Fauchier-Delavigne sur TV5 Monde (octobre 2019)