Pourquoi les jeunes enfants n’écoutent pas leurs parents (et font précisément ce qui est interdit)

Pourquoi les jeunes enfants n'écoutent pas leurs parents

Il arrive fréquemment que les jeunes enfants sachent qu’une action est interdite mais qu’ils la fassent quand même (et parfois même, sous les yeux des adultes qui ont émis la règle enfreinte). Il se trouve que les jeunes enfants vont imiter les mots prononcés par les adultes pour s’assurer que c’est bien ce geste -là qui est interdit. On pourra alors confirmer : “Oui, c’est bien cela qui me fait peur/ qui me dérange”.

De plus, leur développement moteur et cognitif ne leur permet pas toujours de respecter l’interdit car ils n’en sont physiquement pas capables et/ou parce qu’ils n’ont pas encore développé un discours interne suffisant pour intégrer la règle. Il se peut donc qu’un jeune enfant soit capable de réciter une règle ou un interdit, mais n’arrive pas à le mettre en pratique. C’est ainsi qu’un enfant en maternelle puisse dire “Il ne faut pas pousser” avant de pousser un camarade, ou son frère ou sa soeur. Les enfants avant 6 ans ne se parlent pas encore dans leur tête. Les adultes utilisent leurs discours internes pour planifier et prévoir les conséquences de leurs actes. C’est la raison pour laquelle les adultes sont capables d’inhiber des réactions impulsives. Or les jeunes enfants ne sont pas encore capables de penser avant d’agir. Ils vont plutôt agir puis affirmer avec sincérité “Pardon. Je ne recommencerai pas.”

Le discours interne permet également aux adultes de traiter l’information reçue plutôt rapidement. A l’inverse, les conseils, recommandations et règles adressées aux enfants vont entrer dans une oreille puis sortir par l’autre. Cela s’explique par le fait que si nous prononçons des mots plus vite et en plus grande quantité que ce qu’ils sont capables de traiter, les jeunes enfants ne les entendent littéralement pas.

5 suggestions pour que les jeunes enfants écoutent

Développer le discours interne des enfants

Nous pouvons aider les enfants à construire leur discours interne en les incitant à se parler avant d’agir. Cela peut passer par un mot clé comme “Stop”. Quand on voit qu’un enfant est sur le point d’enfreindre une règle, on peut lui dire Stop et l’inviter à énoncer la règle : “Tu te rappelles ce qu’on fait dans la médiathèque ? Oui, c’est ça, on chuchote. Montre moi comment tu sais chuchoter.” On peut accompagner le mot clé par un geste que l’adulte fera et qui signifie à l’enfant qu’il doit arrêter ce qu’il est en train de faire.

On pourra alors l’aider à anticiper les conséquences possibles et développer un plan d’action pour affronter ou éviter la situation :

  • Que se passera-t-il si… ?
  • Que peux-tu faire dans ce cas ?
  • Trouve au moins trois idées pour…

Nous pouvons également aider les enfants en mettant des mots sur ce qu’ils ont l’air de vivre dans leur corps et leur tête. Par exemple, si un jeune enfant ne veut pas s’habiller, nous pouvons nous engager à rester calme et à décrire ce que nous voyons et ce que nous en déduisons : “Hum, tu n’as pas envie de t’habiller. Je le vois bien car tu croises les bras, tu tournes la tête pour ne pas me regarder et tu pars dès que je m’approche. Ton corps me dit que tu préfèrerais jouer encore et aussi t’habiller tout seul, sans que j’intervienne. C’est vrai que, quand tu étais un bébé, je t’habillais : je te mettais d’abord ton maillot puis ton pantalon et en dernier, tes chaussettes. Des fois, ça te faisait rire parce que ça te chatouillait ! Mais maintenant, tu sais faire tout seul. Si tu veux bien, je vais rester regarder comme tu sais bien faire.”

Donner des instructions spécifiques

Dans un endroit où l’enfant ne doit pas toucher à tout, nous avons tendance à énoncer des consignes vagues. Dire “Ne touche pas ça !” à un enfant ne fait sens pour lui que pour la chose spécifique que le “ça” désigne. Il va probablement toucher autre chose dans la minute qui suit, non pas par affront mais parce qu’il assimile cette autre chose à un autre “ça” qui n’est pas couvert par le premier interdit. Pour l’adulte qui a prononcé l’instruction, “ne touche pas ça” signifie “ne touche rien” tandis que pour l’enfant, “ne touche pas ça” ne concerne que la chose désignée lors de l’émission de l’interdit.

Nous avons donc beaucoup à gagner à émettre des intrusions spécifiques qui vont être prises au pied de la lettre. Nous pouvons les appuyer avec des mises en situation et en mouvement. Par exemple, si nous demandons aux enfants de rester dans un périmètre délimité pour jouer, nous pouvons leur demander de tracer avec leurs pieds le périmètre que nous avons indiqué.

Donner du temps pour comprendre la consigne

Les enfants ont besoin de temps pour traiter les informations. Mieux vaut s’assurer qu’ils ont non seulement entendu mais aussi compris notre demande. Cela peut passer par le fait de demander à l’enfant de répéter ce que nous avons demandé et de dire ce qu’il va faire pour y parvenir.

Il est possible de parvenir à un accord : un enfant qui joue peut avoir besoin d’encore un peu de temps pour finir une partie ou terminer une histoire imaginée en cours. On peut tout à fait demander à un enfant de combien de temps il a encore besoin ou de se mettre d’accord sur le fait qu’il posera les figurines dans la caisse à la fin de la partie. Pour s’assurer que cet accord sera respecté, il est envisageable de mettre une minuterie qui sonnera au bout du temps imparti.

S’attendre à devoir répéter plusieurs fois

Les jeunes enfants vivent dans l’instant présent et sont captivés par les sons qu’ils entendent, les images qu’ils voient, les odeurs qu’ils sentent. Ils sont ancrés dans le présent et ont du mal à jongler avec différents objectifs. Cela signifie que nous devons nous attendre à devoir répéter plusieurs fois nos consignes, nos attentes et les règles que nous attendons qu’ils respectent. Ces instructions seront plus efficaces si elles sont brèves puisque les jeunes enfants tiennent peu compte des mots que nous prononçons. Bien que les mots soient souvent inefficaces, ils restent importants et les règles dites et répétées imprègnent le cerveau de l’enfant.

Par ailleurs, une règle énoncée de manière positive et personnelle sera plus efficace qu’un interdit général : “On ne court pas.” devient “Tu marches.”, “C’est interdit de crier” devient “Vous chuchotez quand vous vous trouvez dans cet endroit.”

S’attendre à ne pas être entendu par un bambin est quand même plus sûr que de persister à vouloir qu’il se mette au garde à vous et perdre tout espoir au fil des jours. – Catherine Dumonteil-Kremer

Faire preuve d’assertivité pour souligner le caractère important de la demande

Le fait de toucher l’enfant (gentiment) ou de se placer suffisamment proche de lui pour activer la vue va augmenter les chances que notre demande soit entendue, comprise et effectuée. Ainsi, il est possible de placer une main sur l’épaule de l’enfant, de prendre sa main ou d’attirer son attention visuellement pour s’assurer que son attention est avec nous.

Un adulte assertif parle en JE : il utilise des expressions comme « je veux », « j’ai envie de », « je ressens », « je pense », « je ne veux pas » ou « je n’ai pas envie de ». Nous ne devons pas mentir aux enfants pour éviter les crises, comme le fait de dire à un enfant qu’il n’y a plus de gâteaux (alors qu’il en reste) afin qu’il n’en mange plus. En tant que parents, nous devons pouvoir être capables de dire les choses telles que nous les pensons sans avoir peur de la réaction des enfants. Nous sommes capables d’accueillir la colère et la tristesse des enfants car, précisément, nous sommes adultes. Nous devons nous sentir suffisamment forts et confiants pour dire à l’enfant que nous ne voulons pas qu’il mange davantage de gâteaux (et éventuellement pourquoi).

Pour aller plus loin : Être un parent assertif : dire non sans culpabiliser et sans porter atteinte à la dignité de l’enfant

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La lecture de mon livre La co-éducation émotionnelle : s’élever en même temps qu’on élève les enfants (éditions Hatier) vous donnera des pistes pour raisonner autrement face aux comportements des enfants qui nous mettent en difficulté (avant de chercher à plaquer des astuces et conseils au risque de constater que “l’éducation positive, ça ne marche pas”). Il est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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