Quand l’éducation bienveillante déteint bien au-delà de l’aspect parentalité…

J’ai été victime (ou plutôt actrice) d’un accident cette semaine. Lundi, nous avions prévu une sortie escalade avec des amies et leurs enfants. Nous, les mamans, avions envie de grimper aussi et avions prévu de passer un bon moment. Il s’agit d’une salle avec des murs de 5/6 mètres de haut qu’on peut grimper sans s’assurer et avec des gros tapis pour amortir les éventuelles chutes.

La veille, je me sentais déjà un peu fatiguée, stressée et, pour preuve, j’ai eu un bouton d’Herpès (un signe qui ne trompe jamais chez moi et est le symptôme d’une grosse baisse de régime). Pourtant, je ne me suis pas vraiment écoutée. J’ai décidé de grimper quand même malgré les avertissements de mon corps. C’est justement dans ces cas-là que les accidents surviennent, la fatigue menant à l’inattention et le manque d’écoute du corps à aller au-delà des limites plutôt qu’à ralentir.

Toujours est-il que nous nous sommes lancé des défis pour grimper plus haut. J’ai réussi à dépasser un obstacle qui nous posait problème depuis plusieurs tentatives et, au moment de la redescente, ma fille m’a dit ” Saute, maman !”. J’étais encore à 3 mètres de haut et, dans un moment de mauvaise évaluation des dangers, j’ai effectivement sauté. La réception a été plutôt violente ! En retombant sur les tapis, j’ai entendu un gros “crac” au niveau de la cheville gauche… il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que je m’étais cassé la cheville. J’ai tout de suite dit à mon amie d’appeler les pompiers.

Ma fille était en pleurs parce que c’était elle qui m’avait dit de sauter et que les pompiers m’ont emmenée dans une coquille sans elle. Elle a voulu garder mon écharpe pour avoir mon odeur et je lui ai bien répété que ce n’était pas sa faute.

Là où je veux en venir est que je suis reconnaissante d’avoir beaucoup lu sur la pleine conscience, sur l’importance du souffle, sur l’accueil des émotions et sur les différentes techniques de relaxation (sophrologie, méthode Vittoz…) parce que cela m’a beaucoup aidée dans la gestion de cet événement, et notamment de la douleur.

Je me revois dans le camion des pompiers en train de me concentrer sur ma respiration, mettant mes mains sur mon ventre pour le sentir gonfler et dégonfler. Je sentais aussi la chaleur des rayons du soleil sur mon visage à travers les vitres et faisais durer cette sensation agréable.

Arrivée aux urgences, la douleur allait en grandissant et je suis passée à des exercices de pleine conscience. J’ai utilisé le tableau 5-4-3-2-1 que j’avais conçu pour les enfants afin de me concentrer sur l’instant présent : citer 5 choses que je vois, 4 choses que j’entends, 3 choses que je sens au contact de ma peau, 2 odeurs et 1 goût dans ma bouche (et il y en a des choses à voir et entendre aux urgences !).

L’attente étant longue, je me suis également servi d’exercices de la méthode Vittoz comme le fait de tracer mentalement des 1 en traçant la première barre à l’inspiration et la deuxième barre à l’expiration. J’ai refait cet exercice plusieurs fois pour gérer à la fois la douleur et le stress qui montait dû à l’attente, l’impuissance et l’inconnu. J’ai également pris le temps d’accueillir ces émotions en les nommant et en les acceptant (ma phrase magique, c’est : “Oui, c’est vrai que tu ressens… et tu aimerais… Oui, c’est difficile et douloureux”.).

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Ensuite, j’ai eu de la morphine pour la douleur et une anesthésie générale pour l’opération donc autant dire que je n’avais plus grand chose à gérer !

Le lendemain, j’étais à nouveau contente d’avoir quelques “tours” dans mon sac car mon plâtre a été remplacé par une résine et j’ai eu trèèèès mal. Là encore, j’ai repensé à un outil sur le souffle que j’avais créé pour les enfants : “j’inspire, j’expire, je retiens”. J’ai réalisé autant de cycles que j’en avais besoin en visualisant une flèche ascendante à l’inspiration, une flèche descendante à l’expiration puis un bouton Pause, avant de repartir pour un cycle.

J’ai également accordé de l’importance à la gratitude et à la qualité des relations avec le personnel soignant. L’infirmière qui a réalisé la résine a été interrompue un nombre incalculable de fois, autant au téléphone que par des collègues, et elle a su rester disponible, souriante et calme. Je lui alors souligné mon admiration pour son calme olympien et elle m’a dit qu’elle pensait aux patients avant tout. J’ai répondu que c’était important pour moi de le lui dire parce que je n’étais pas sûre qu’on le lui disait souvent. A la fin, je l’ai remerciée pour sa douceur et sa gentillesse et je crois que cela l’a beaucoup touchée.

Je suis désormais rentrée chez moi et je suis immobilisée pour 45 jours (étant maman solo et ma famille étant à plus d’une heure de route, cela va bien me compliquer la vie !). Je retiens plusieurs choses de cette mésaventure :

  • toujours écouter les signes envoyés par son corps !
  • nous avons la chance d’être dans un pays qui offre une qualité de soins appréciable (merci d’ailleurs à toute l’équipe du service traumatologie du CHU de Saint Etienne Nord :) )
  • j’ai l’immense bonheur d’être bien entourée et j’apprécie toutes les attentions, les appels, les propositions d’aide de mes ami.e.s et de ma famille, qu’ils/elles soient proches ou éloigné.e.s (merci à celles et ceux qui me liront et qui se reconnaîtront :) ). Je crois que c’est Shawn Achor qui dit que nos relations avec les autres sont plus importantes que toute autre chose au monde et que le soutien social est la ressource la plus précieuse que nous pouvons avoir.
  • j’apprécie chaque jour les bénéfices du mode de vie que j’ai choisi en m’intéressant à l’éducation bienveillante, qui a déteint sur moi bien au-delà de l’aspect parentalité et qui a rendu ma vie plus riche, plus intense, plus belle et qui me pousse à me découvrir des ressources insoupçonnées
  • j’ai su trouver les mots pour accueillir les émotions de ma fille et me mettre à l’écoute de son ressenti pour qu’elle ne culpabilise pas sur sa responsabilité dans cet accident (-> un article sur le sujet : Aider les enfants à surmonter et « digérer » petites (et grosses) mésaventures (accident, douleur, peurs…))
  • il peut être utile d’avoir toujours quelques outils/ exercices de pleine conscience et de respiration en tête afin de les mobiliser en cas de besoin (pour soi ou les enfants).

Et je repense à la phrase qu’un des visiteurs de ma voisine de chambre m’a dite avant que je ne sorte de l’hôpital : “Et construisez-vous une vie heureuse !“. Je lui ai répondu que c’était déjà en cours ;).

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