Quand un enfant chipote sur les légumes

Quand un enfant chipote sur les légumes

Halte au contrôle et au chantage, sans baisser les bras non plus

Dans leur livre La faim des haricots, Audrey Zucchi et Jérémie Lafraire nous suggèrent de garder notre calme face au refus ou au chipotage des enfants face aux légumes. Mieux vaut éviter les stratégies contrôlantes et le chantage, comme le fait de mettre la pression, d’obliger à goûter des aliments nouveaux ou de promettre une récompenses en échange d’une assiette finie (ex : dessert contre légumes). Les risques de ces stratégies contre-productives sont divers :

  • se couper des sensations (l’enfant va engloutir l’aliment détesté pour avoir sa récompense même s’il n’a pas faim ou en se coupant de tout plaisir gustatif),
  • déprécier encore plus l’aliment en question (l’enfant pourra même en être dégouté à vie en l’associant à une situation désagréable),
  • accroître sa néophobie et renforcer son refus face à un nombre important d’aliments.

Si un enfant ne veut pas goûter cette fois ou s’il n’aime pas ce goût-là, il suffit de proposer l’aliment une autre fois sur la table familiale. Il peut être tentant d’abandonner l’équilibre alimentaire et de ne jamais présenter un aliment (voire une catégorie d’aliments, comme les légumes) sur lequel l’enfant chipote. Pourtant, c’est la présence régulière de l’aliment sur la table familiale qui va lever les freins liés à l’ingestion de cet aliment.

Le doute vous assaille… Peut-être n’aime-t-il véritablement pas ce goût (ce serait là son droit) tant il a l’air déçu (voire fâché) de cette proposition de plat ? Vous vous sentez frustré, vous qui aimez tant lui faire plaisir et le voir se régaler ? Vous avez l’impression d’avoir gâché de la nourriture et votre temps ? Autant de questionnements et d’émotions qui vous incitent à ne pas renouveler l’expérience… Surtout, ne vous découragez pas ! Au contraire, recommencez aussi souvent et rapidement que possible !

L’idée n’est pas de forcer l’enfant à goûter mais de procéder à une sorte d’imprégnation visuelle et gustative. Audrey Zucchi et Jérémie Lafraire rappellent que le véritable antidote à la néophobie alimentaire des enfants est la familiarité. Cette familiarité se construit dans un temps long, légume après légume, plat après plat. De plus, être en présence d’un adulte qui prend plaisir à manger le nouvel aliment crée un climat de confiance et voir un adulte proche et apprécié manger incite les enfants à goûter un aliment.

La théorie de la simple exposition

La théorie de la simple exposition consiste à dire que les préférences alimentaires des enfants sont façonnées par la fréquence des rencontres avec un nouvel aliment. Ainsi, une dizaine d’expositions d’un nouveau légume suffit pour qu’un enfant finisse par le goûter et l’apprécier, le tout sur un temps assez court. Audrey Zucchi et Jérémie Lafraire listent le nombre d’expositions qui semblent efficaces pour atteindre l’acceptation alimentaire par âge :

  • pour les nourrissons, un petit nombre d’expositions suffit (et même une seule exposition à un nouveau légume peut suffire);
  • pour les enfants de 2 à 6 ans (les plus néophobes), 8 à 15 sont généralement nécessaires pour changer les attitudes envers un aliment inconnu;
  • pour les enfants de 9 ans et +, la né-phobie peut être surmontée avec une seule exposition.

 

Des conseils pour surmonter les aversions alimentaires des enfants, en particulier envers les légumes

Audrey Zucchi et Jérémie Lafraire formulent quelques conseils pour surmonter les refus et chipotages des enfants envers les légumes, en prenant en compte la théorie de la simple exposition. L’enjeu est celui de la familiarité des enfants avec un aliment.

  • Suivre le rythme des saisons : au-delà de l’aspect écologique, proposer des fruits et légumes de saison permet de renouveler tous les trimestres la sélection proposée à table.

 

  • Lors des premières expositions, faire varier uniquement “l’accompagnement facilitateur” du légume à découvrir et éviter le contact entre l’aliment facilitateur et celui à introduire. Un accompagnement facilitateur peut être une sauce au yaourt, des croutons, des graines ou noix, de la chapelure, du beurre, des aromates, des épices ou encore du citron. L’enfant pourra saupoudrer ses accompagnements lui-même ou tremper son légume dans un petit bol de sauce à part.

 

  • présenter d’abord le légume à découvrir sous sa forme “naturelle” (prototypique) puis, petit à petit, présenter des variétés cousines ou des découpes différentes. Par exemple, on peut proposer des tomates grappes rouges coupées en quartiers puis en rondelles, puis des tomates coeur de boeuf puis des tomates cerises et des tomates jaunes ou noires.

 

  • Accommoder les légumes sous forme de plats divers et variés. Audrey Zucchi et Jérémie Lafraire expliquent que, si 8 à 15 expositions sur un intervalle bref sont nécessaires pour apprendre à aimer un goût de légume, c’est l’occasion de varier les présentations : en bâtonnets, cuits vapeur, saisis à la poêle ou rôtis au four, en soupe, en purée, en gratin, en gaufres, en jus, râpés, en risotto, en tarte ou quiche, farcis, en chips…

 

  • Associer un légume nouveau et un aliment déjà apprécié. 

 

Les enfants ont évidemment le droit d’avoir des goûts personnels. L’enjeu ici n’est pas que les enfants aiment tous les légumes en niant leurs préférences mais de débarrasser la catégorie “légumes” des a priori négatifs et de faire des enfants des mangeurs au régime alimentaire varié et sain à vie. Forcer à manger ou faire du chantage au dessert est inefficace et incompatible avec un accompagnement respectueux des enfants. Il est possible de transmettre des habitudes bonnes pour la santé sans passer par des stratégies coercitives.

 

Attention toutefois : les intolérances, les allergies ainsi que les troubles alimentaires et les troubles de l’oralité existent bel et bien. En cas de doute (peu de prise de poids ou baisse du poids, très faible nombre d’aliments tolérés, problèmes de sommeil…), vous pouvez en parler avec votre médecin ou pédiatre qui vous orientera vers des examens complémentaires s’il le juge nécessaire (ex : allergologues; psychiatres, neurologues ou neuropsychologues pour un diagnostic d’autisme; orthophonistes pour les troubles de l’oralité).

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Source : La faim des haricots : ce que vos enfants ont vraiment besoin de manger et comment leur faire apprécier de Audrey Zucchi et Jérémie Lafraire (éditions Marabout). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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