Parentalité bienveillante : que faire face à un jeune enfant qui tape ou mord ?

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Crédit illustration : Freepik

Les jeunes enfants tapent et mordent quand ils se sentent en insécurité

Dans son livre Lettre à un jeune parent : ce que mon métier de pédiatre et les neurosciences affectives m’ont appris, Catherine Gueguen rappelle que tous les jeunes enfants peuvent être amenés à taper ou mordre à un moment ou un autre.

De 14-15 mois et jusqu’à environ 4-5 ans – avec un pic entre 18 mois et 3 ans et demi –, les enfants connaissent une phase durant laquelle ils tapent, mordent et griffent. Cela est dû à l’immaturité de leur cerveau, et pas du tout à leur prétendue « méchanceté ». Quand votre enfant petit se sent en danger ou que ses besoins fondamentaux ne sont pas satisfaits – besoin d’affection, d’attention, besoin de calme, besoin de jouer, etc. –, il éprouve une insécurité affective, et ses cerveaux archaïque et émotionnel, dominant à cet âge-là, prennent le dessus et le font réagir. – Catherine Gueguen

Les manifestations émotionnelle comme le fait de taper, mordre ou encore hurler sont liées à l’immaturité du cerveau des enfants (impossibilité de réguler leurs émotions et à inhiber leurs pulsions motrices).

Pour une approche bientraitante 

Être un parent bientraitant, ce n’est pas laisser une enfant taper ou mordre. C’est accompagner les émotions de l’enfant (plutôt que les censurer) et rediriger les comportements sans passer par la violence (ni physique comme les coups ou l’isolement forcé, ni psychologique comme les menaces ou les humiliations ou encore les punitions).

Ce que nous disent les chercheurs au XXIe siècle est totalement contre-intuitif et marque une vraie révolution éducative. Au lieu de se mettre en colère, de se fâcher, de punir votre enfant, ils vous demandent de prendre conscience que votre enfant petit est un être extrêmement fragile, immature, et qu’il ne peut pas réagir autrement. L’idéal est de l’aider à sortir de cette situation en comprenant les émotions qui le traversent, en l’apaisant et en l’aidant à mettre des mots sur ce qu’il vit. C’est ce processus qui va faire maturer son cerveau progressivement. – Catherine Gueguen

 

Comment réagir face à un jeune enfant qui tape ou mord ?

Décoder les comportements en émotions sous-jacentes

Il est important, dans un premier temps, de percevoir les émotions de l’enfant qui tape ou mord et de comprendre quelles sont ses motivations (les “bonnes” raisons qu’il a d’agir ainsi, c’est-à-dire les causes au-delà des simples symptômes).

  • L’enfant-il stressé, inquiet, bouleversé ?  Ou tout simplement fatigué ?
  • S’agit-il plutôt de tristesse ou bien est-il en colère, jaloux ?

Une fois les états émotionnels décryptés, il est possible de relier ces émotions à des besoins insatisfaits :

  • A-t-il faim, soif, sommeil ?
  • A-t-il besoin d’affection, de câlins, d’attention ?
  • A-t-il besoin d’être rassuré ?
  • A-t-il besoin de contact physique, d’être porté ?
  • A-t-il besoin d’un temps de calme ?

Quand nous sommes confrontés à des comportements qui apparaissent comme des défis, nous pouvons adopter l’attitude d’un jardinier cherchant dans l’environnement ce qui manque à la plante pour s’épanouir. Cette manière d’approcher les comportements comme des fenêtres visibles sur leur monde interne non visible peut nous aider dans cette voie.

Une présence chaleureuse et ouverte pour apaiser l’enfant

Catherine Gueguen rappelle l’importance de la communication non verbale : notre façon d’être, notre voix, nos gestes sont mieux compris par le cerveau émotionnel de l’enfant que le langage verbal (les mots que nous prononçons).

Idéalement, c’est votre présence affectueuse qui va l’apaiser : votre regard bienveillant, votre douceur quand vous lui parlez, vos gestes tendres. Alors, vous vous sentez bien, vous sécrétez de l’ocytocine et vous faites sécréter de l’ocytocine à votre enfant, comme nous l’avons déjà vu. C’est un cercle vertueux : plus vous êtes empathique, plus vous sécrétez de l’ocytocine, et plus vous vous sentez apaisé, heureux et confiant, l’idéal pour élever votre enfant. En revanche, si vous vous fâchez, si vous stressez, alors vous sécrétez du cortisol, ce qui entraîne le même processus chez l’enfant.- Catherine Dengue

Expliquer et rediriger le comportement APRÈS avoir aidé l’enfant à libérer ses émotions

Vouloir rediriger un comportement inapproprié sans se connecter est (presque) voué à l’échec et c’est encore plus le cas pour les jeunes enfants. Même quand nous n’aimons pas le comportement d’un enfant, nous pouvons reconnaître son ressenti car écouter les émotions sous-jacentes est aussi important que le comportement en lui même.

Après avoir écouté, nous pouvons renvoyer en miroir ce que nous avons compris afin que l’enfant sache qu’il a été entendu et rejoint. L’écoute empathique ouvre la voie à un nouveau cycle : la redirection.

« Peux-tu me dire ce qui se passe en toi ? Que ressens-tu ? » S’il ne sait pas répondre, proposez-lui toute une gamme d’émotions en les nommant, ce qui va l’aider. Si ce n’est pas le bon moment pour lui de parler, n’insistez pas : ce n’est pas un interrogatoire. Quand votre enfant est très en colère, le plus souvent, il vaut mieux attendre que la colère soit apaisée. Alors, votre enfant pourra dire ou vous faire comprendre ce qu’il ressent. – Catherine Gueguen

Pour aller plus loin : 8 pistes pour réagir face à un jeune enfant qui tape/pince/mord

 

Ces comportements passent avec le temps

Le cerveau des petits enfants est immature et ils ne peuvent pas réagir comme des adultes à la frustration, à la difficulté, à la peur…

La partie du cerveau qui contrôle nos impulsions, nos émotions, le cortex préfrontal, et les circuits neuronaux reliant le cortex préfrontal au cerveau émotionnel ne commencent à maturer qu’à partir de 5 ans.

On comprend donc que le cortex préfrontal des jeunes enfants est encore très immature. Or c’est précisément le cortex préfrontal qui permet de réguler les émotions via l’appel aux expériences précédentes, via la mise en perspective, via un raisonnement logique et un décentrement pour comprendre la pensée de l’autre.

Les comportements du type tape ou morsure passent avec le temps et d’autant plus vite quand l’entourage de l’enfant est bienveillant.

Les structures cérébrales ne se mettent en place que si les adultes ont une attitude bienveillante, à savoir faite de compréhension et d’encouragement. Si vous le punissez, si vous le dévalorisez, il continuera à subir des tempêtes émotionnelles, à crier, à taper à un âge où il ne devrait plus le faire, vers 6-7 ans. – Catherine Gueguen

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Source : Lettre à un jeune parent : ce que mon métier de pédiatre et les neurosciences affectives m’ont appris de Catherine Gueguen (éditions Les Arènes). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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