Réagir au non systématique, aux oppositions, aux colères et aux crises des enfants avec la parentalité positive

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Raisonner en termes de besoins et de contexte 

La parentalité positive propose de raisonner en termes de ressources plutôt que de contrôle : on regarde “comment” faire au lieu de punir ou de récompenser, et on agit sur le contexte plutôt que sur l’enfant.

Souvent, on confond stress et colère : quand un enfant est sous stress, il est dans une tension extrême et le moindre déclencheur extérieur va éclater en crise de décharge. Cette réaction est biologique : l’enfant peut se figer, fuir ou attaquer. En présence d’une figure d’attachement, la réaction courante sera l’attaque. La colère est plus franche et plus courte.

Tous les enfants passent par une phase d’opposition vers 18 mois/2 ans pour sentir qui ils sont et s’affirmer, pouvoir choisir par eux-mêmes. Plus les parents s’arc-boutent et cherchent à garder le pouvoir, plus la phase d’opposition va durer longtemps. La phase du non est une phase d’autonomisation pour pouvoir dire “je”.

La crise au supermarché est une décharge naturelle et normale car le cerveau de l’enfant n’est pas fait pour être dans un supermarché hyper stimulant. Ce n’est ni de l’opposition ni de la colère : c’est une décharge de stress. Il vaut mieux donner au cerveau de l’enfant une orientation (appuyer sur un bouton vert, choisir les pommes…) et reconnaître les difficultés vécues par l’enfant (“c’est difficile de…“, “ton cerveau est tout chamboulé par toutes ces lumières“…).

Enseigner des compétences émotionnelles plutôt que punir

Quand l’enfant perd sa figure d’attachement de vue, il se fige par peur panique. Il ne devient pas “sage” d’un coup et ne comprend encore moins la “leçon”. Le problème est que cette immobilisation est temporaire et due à la peur. Quand l’enfant va se “défiger”, il va à nouveau être sous stress car ce stress n’aura pas été évacué de manière inappropriée (avec un risque d’agressivité).

Encourager la décharge motrice (crier, bouger, sauter, grimper…) est un bon moyen de faire baisser le niveau de stress. On enseigne toujours dans des moments calmes des outils pour réguler ce qui se passe à l’intérieur (par exemple : taper des pieds, respirer, souffler dans une paille…).

Les enfants se régulent grâce à notre propre régulation émotionnelle

Les enfants nous copient plus qu’ils ne nous écoutent.

Nos enfants nous imitent et s’approprient comment nous nous comportons : quand nous leur montrons de la patience, nous leur enseignons la patience et l’auto régulation.

On a tendance à oublier l’importance du mouvement physique : on pourrait avoir un lieu à la maison où l’enfant laisse sortir la tension à l’intérieur de lui (un petit trampoline, une piscine à balles…). Face aux demandes des enfants, on peut parfois remplacer le non pour éviter une surcharge de stress dans le cerveau de l’enfant :

  • stop,
  • une écoute émotionnelle (“oui, tu as envie de regarder le dessin animé”, “ça met en colère quand…”)) suivie d’une proposition ou suggestion (“oui, c’est difficile pour toi quand.. et tu aurais préféré que…”,”et on va plutôt…”, “qu’est-ce que tu dirais de... ?”).

Comprendre le mécanisme du stress pour répondre avec bienveillance aux crises des enfants

Quand un enfant rit au nez de ses parents, il est tellement en détresse qu’il cherche à retrouver l’attachement.

Quand les parents accueillent les émotions des enfants, accompagnent, outillent les enfants pour réguler leur stress et montrent un exemple d’auto régulation, l’enfant devenu adolescent puis adulte saura mieux réguler son stress et sera moins sujet aux crises de décharge émotionnelle. Quand on punit, quand on isole, quand on humilie, quand on crie, on n’enseigne pas à l’enfant à réguler son stress.

Quand les parents n’aident pas à réguler le stress dans l’enfance, une fois adultes, ces anciens enfants se retrouvent démunis quand ils sont sous stress. Il est difficile de transmettre ce qu’on n’a pas reçu. Une éducation bientraitante est empreinte d’intelligence émotionnelle, c’est-à-dire que cela suppose de savoir exprimer ses limites personnelles et faire preuve d’assertivité sans agressivité. Etre un parent assertif, c’est dire des “oui” et des “non” sans éprouver de culpabilité en tant que parents, ni porter atteinte à la dignité des enfants. Ces compétences émotionnelles et relationnelles nécessitent souvent un travail sur la mémoire traumatique.

Lire aussi : Adopter une éducation bientraitante : impossible (ou presque) sans travail sur la mémoire traumatique

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Inspiration : Il dit non sur tous les tons (et moi je fais quoi ?) – l’intervention d’Isabelle Filliozat dans l’émission La maison des maternelles, 13 oct. 2016