Quel est l’intérêt de supprimer le chantage dans l’éducation des enfants ?

chantage éducation enfants

Les récompenses du type “Si… alors ” (“si tu as une bonne note, alors tu auras un cadeau”/ “si tu écoutes bien en classe, alors tu auras le droit de jouer au foot”) sont rarement efficaces car les enfants ne se mettent pas en mouvement pour eux-mêmes dans ce cas, mais pour :

  • faire plaisir,
  • ne pas décevoir,
  • avoir la paix
  • recevoir une récompense.

On parle alors de motivation extrinsèque : on peut alors facilement tomber dans un système de punition/ récompense, de chantage, voire de menace. L’enfant obéira peut-être sur le court terme mais les “si…alors” ne participent pas à l’émergence d’un jeune acteur de sa vie, sachant s’engager en responsabilité individuelle et se mettre en mouvement pour ce qui lui tient à cœur.

Haïm Ginott écrit :

Cette approche sous forme de “si tu… alors” peut à l’occasion pousser l’enfant à atteindre immédiatement la récompense proposée. Mais elle ne l’inspire que rarement, ou même jamais, à fournir des efforts continus. Chacune de nos paroles lui laisse entendre que nous mettons en doute ses capacités à progresser. Il y a aussi quelque chose d’immoral à promettre des récompenses comme monnaie d’échange. Certains enfants en viennent à mal se conduire de façon intentionnelle afin d’obtenir une rémunération pour leur bonne conduite.

Pas si facile que ça !

Supprimer le chantage et les récompenses du type “Si…alors” n’est pas si facile que cela en a l’air. Parfois, nous ne nous rendons pas compte que nous y avons recours et nous manquons d’idées pour les remplacer (je parle d’expérience pour le coup).

Nous tous parents sommes tentés d’abuser du chantage du type :”si tu ne manges pas tes légumes, alors tu n’auras pas de dessert”, “si tu tapes ta sœur, tu seras punis dans ta chambre“. J’avoue que je suis une spécialiste des récompenses comme : “si tu vas à la douche maintenant, alors on regardera un dessin animé après“. Il m’est même arrivé d’utiliser des menaces comme “si tu ne te mets pas tes chaussures maintenant pour retourner à l’école à l’heure, je te mets à la cantine la semaine prochaine“. Oui, oui… je ne suis pas fière :-( !

Pourtant, chantage, punition, menaces, récompenses sont tous voués à l’échec sur le long terme.

Comment remplacer chantage, menaces, punitions et récompenses ?

Voici quelques pistes qui peuvent s’avérer efficaces inspirées de diverses lectures :

  • Laisser l’enfant faire l’expérience des conséquences de son comportement

Les conséquences peuvent être naturelles quand aucune intervention de l’adulte n’est nécessaire. L’expérience de la conséquence naturelle offre d’excellentes opportunités d’apprentissage à l’enfant (… à condition de ne pas l’accompagner d’un « Tu vois, je t’avais prévenu » :) ).

Les conséquences logiques demandent l’intervention d’un adulte ou d’un autre enfant. Elles s’accompagnent parfois de la nécessité d’être énoncées à l’avance. Elles peuvent prendre la forme de

  • choix (soit tu arrêtes de faire du bruit, soit tu quittes la pièce),
  • redirection positive de l’action (pour faire du bruit, c’est dehors ou dans ta chambre),
  • demandes non violentes (quand tu fais du bruit en jouant, cela me dérange. Or j’ai besoin de calme quand je lis et je te demande de jouer ailleurs ou de trouver une manière de jouer silencieusement si tu souhaites rester dans la même pièce que moi), de réflexion (qu’est-ce qui pourrait t’aider à jouer sans pour autant faire de bruit ?),
  • résolution de problème lors d’un temps d’échange en famille (voir ici),
  • passage à l’acte :  passer à l’action pour protéger les personnes, les biens, soi-même, la relation (des exemples ici).

Jane Nelsen explique que les conséquences ont une fonction réparatrice et éducative quand elles sont :

  1. Reliées : la conséquence est logiquement liée au comportement.
  2. Respectueuses : la conséquence est mise en place avec fermeté et bienveillance. Elle ne doit pas impliquer de dévalorisation, de culpabilisation ou d’humiliation.
  3. Raisonnables : la conséquence n’est pas démesurée et parait juste à l’enfant comme à l’adulte.
  4. Révélées à l’avance : l’enfant connait les règles du jeu s’il fait le choix d’un comportement inapproprié.

Ginott expose une situation dans laquelle la mère a remplacé ses menaces (“si tu continues, tu seras puni/ tu auras une fessée/ tu ne reverras plus jamais ce pistolet/ tu vas entendre parler de moi”) par le recours aux conséquences logiques :

Un enfant de 7 ans tire sur son petit frère avec un pistolet à flèches en mousse. La mère dit : “Pas sur le bébé. Tire sur ta cible.” (redirection)

Le garçon tire de nouveau sur son frère. La mère retire le pistolet : “On ne tire pas sur les gens.” (passage à l’action)

Dans l’exemple ci-dessus, la mère ne recourt pas aux menaces ou aux avertissements qui seraient pris par l’enfant comme un défi lancé à son autonomie.

 

  • Inviter les enfants à trouver leurs propres solutions, acceptables par toute la famille

L’adulte peut demander à l’enfant s’il a des idées pour

– réparer les dommages causés,

– éviter le problème à l’avenir.

Cela peut passer par des questions du type : « Est-ce que tu as une idée pour ne plus te retrouver dans telle situation/ réparer le mal que tu as causé à untel/ dédommager telle chose cassée ou volée… ? »

Quand l’enfant manque d’idées, l’adulte peut lui proposer des suggestions afin de parvenir à un accord satisfaisant à la fois l’enfant et l’adulte.

Dans tous les cas, ne pas oublier d’encourager l’enfant :

– oralement : « Cela me semble une bonne idée ! »

– physiquement (par exemple, accompagner l’enfant chez le marchand qu’il a volé pour le soutenir moralement dans la présentation de ses excuses).

 

  • Donner des choix à l’enfant

Dans Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent, Faber et Mazlish conseillent de donner un choix à l’enfant dans les situations conflictuelles.

Si un enfant court dans un supermarché, plutôt que lui dire “Si tu continues à courir, alors pas de télé pour toi ce soir”, elles suggèrent de :

  • lui indiquer une façon de se rendre utile (choisir les tomates ou aller chercher une brique de lait par exemple),
  • lui proposer des alternatives (“Tu peux marcher ou t’asseoir dans le chariot”).
  • lui indiquer des moyens de redresser la situation parmi lesquels il pourra choisir.
Extrait de : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent - Faber et Mazlish

Extrait de : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent – Faber et Mazlish

 

  • Remplacer “Si” par “Dès que” et compléter avec des questions de curiosité

Jane Nelsen dans son livre La discipline positive écrit

Dès que tu auras rangé tes jouets, nous pourrons aller au parc est plus efficace que Si tu ranges tes jouets, nous irons au parc. L’approche “dès que.. on…,” implique que le choix d’aller au parc n’est pas vraiment un enjeu pour nous. Le ton utilisé lors de la formulation doit indiquer que l’adulte n’interviendra pas tant que la condition n’est pas remplie. L’enfant fera ainsi l’expérience des conséquences de ses choix. A l’enfant de s’acquitter de sa responsabilité s’il a vraiment envie d’y aller.

L’idée est de remplacer la notion de condition  par une notion de temps : quand, aussitôt que, dès que.

Par contre, si, pour une raison ou une autre, nous devons nous rendre au parc, nous choisirons plutôt de procéder avec des questions de curiosité : Qui a envie d’aller au parc ? Qu’est ce qu’il faut faire pour être prêts à partir ?

 

  • Remplacer les récompenses par des surprises inattendues et ponctuelles

Ginott écrit :

Certains parents ont été à ce point conditionnés par leurs enfants qu’ils n’osent plus revenir des courses sans rapporter un cadeau. Les enfants les accueillent non par un bonjour mais par un “que m’as-tu rapporté ?“.

Les marques d’affection sous forme de surprises sont plus efficaces et plus agréables quand elles ne sont pas prévues à l’avance ou ne font pas l’objet d’un marchandage. Les surprises reprennent alors leur signification : reconnaissance et appréciation.

 

  • Pratiquer l’écoute active et la réflexion des sentiments

Le parent essaie de comprendre ce que ressent l’enfant, de saisir le message caché derrière un comportement inapproprié. Ensuite, le parent transforme sa compréhension dans ses propres mots et retourne le message à l’enfant pour vérification. Mais le parent devra être attentif à ne pas transformer son propre message en évaluation, en opinion, en conseil, en raisonnement, en analyse ou encore en question. L’écoute empathique aide l’enfant à en dire plus, à approfondir, à mieux développer sa pensée. Finalement, l’écoute empathique aide l’enfant à trouver ses propres solutions à ses problèmes.

Il me semble que tu es…

Tu te sens en quelque sorte comme…

Tu aimerais pouvoir/ tu aimerais mieux… / tu n’aimerais pas…

Tu détestes sûrement…

Tu as l’air/ tu sembles/ j’ai l’impression que tu es…

…, c’est ça ? 

Tu veux dire que…

Tu crois que…

Cette chose/ cet événement/ cette décision te paraît…

Pas étonnant que/ pas surprenant que…

citation éducation positive

 

  • Avoir recourir  au renforcement positif

Pour un enfant qui ne met jamais son linge au sale ou qui ne débarrasse jamais la table, c’est littéralement un exploit le jour où il le fait spontanément. Mais pensons-nous à lui faire remarquer comme cela nous fait plaisir ? A lui faire part de notre satisfaction ?

Dire à l’enfant quelques mots positifs dans ces cas-là, dans ces tout petits riens, c’est lui donner envie de reproduire cette situation positive et valorisante pour lui. Il éprouvera une immense satisfaction.

La manière de valoriser les petits exploits du quotidien par un renforcement positif est très importante. Il ne s’agit pas de faire de l’ironie ou de se moquer de l’enfant mais bel et bien de :

1. exprimer de la gratitude pour son attitude qui facilite le quotidien : dire merci

  • Merci de m’avoir aidé à…
  • Merci d’avoir fait…. parce que cela signifie que nous pouvons maintenant…
  • Ça rend les matins/ repas/ sorties plus agréables quand tu… et je t’en remercie

2. partager nos sentiments et expliquer pourquoi nous sommes reconnaissants envers notre enfant

  • Je suis content(e) quand tu…
  • Je suis fier(e) de toi
  • ça me fait plaisir/ chaud au cœur quand tu…
  • J’apprécie vraiment quand tu…

 

  • Passer par l’imagination et l’humour

Je vous invite à lire ces deux articles :

Les bienfaits de l’humour dans l’éducation en 6 exemples

L’imagination pour accorder aux enfants ce qu’ils ne peuvent pas avoir dans la réalité ou pour désamorcer une crise qui couve

 

  • Mettre le scolaire en perspective

Quand la réussite à l’école n’est plus vue comme un but mais comme un moyen, un outil, la pression retombe pour l’enfant et ses parents. Inciter l’enfant à réussir sa vie plutôt que dans la vie lui permettra de cultiver ses propres projets. Les notes sont l’évaluation d’un travail et pas de sa personne.

citation école

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Pour aller plus loin, voici les livres dont je me suis inspirée pour rédiger cet article :

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