Adolescents : soutenir et accompagner efficacement un jeune victime de sexting (et prévenir ce type de harcèlement)

victimes de sexting

Une définition du sexting

Dans leur livre Les blessures de l’école – Harcèlement, chahut, sexting : prévenir et traiter les situations, Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier traitent de la question du sexting. Les auteurs définissent le sexting comme une “tragédie en trois actes” :

  1. Il y a une trahison : une photographie ou une vidéo, confiée ou prise dans un cadre intime, est exposée sur la place publique.
  2. Ceux qui ont reçu la photographie vont la partager et la transférer, au lieu de la détruire ou de s’indigner de la trahison.
  3. La victime est couverte de moqueries et d’injures.

On comprend que le sexting débute comme une histoire d’amour (“un jeu de séduction passant par le biais des techniques contemporaines de communication”). C’est la trahison de la confiance qui entraîne la souffrance car l’un des partenaires voit soudain révélé aux yeux de tous ce qu’il avait confié en toute confiance dans un cadre privé.

Apporter du soutien aux cibles de sexting

Pour Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier, le soutien doit être apporté aux cibles de sexting sans leçon de morale ou reproches. Accabler les victimes renforcent le message des élèves harceleurs (du type “c’est une fille facile”) et leur passent l’idée selon laquelle elles sont bêtes, naïves, qu’elles ont pris des risques insensés alors qu’elles se sentaient simplement en confiance dans une relation amoureuse. Il s’agit de remplacer les questions comme “Pourquoi as-tu pris/partagé cette photo de toi ?” par des phrases qui disent “Tu n’as rien fait de mal“, “Je suis entièrement de ton côté” ou encore “Je comprends que ce soit difficile d’en parler et tu n’as aucune honte à avoir“.

Le soutien qu’on doit apporter aux victimes de sexting suppose donc qu’on ne les tienne en rien pour coupables, ni même pour responsables de ce qu’elles subissent. En effet, quoi de plus normal, à l’adolescence et même à la préadolescence, que de vouloir plaire? Tant qu’on ne reconnaît pas le bien-fondé du comportement de la victime, on s’associe, quoi qu’on en dise, à ses harceleurs.- Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier

Les véritables fautifs sont ceux qui trahissent la confiance et participent à diffuser les images

La prévention du drame que représente le sexting devrait plutôt cibler les jeunes qui d’un côté trahissent la confiance et violent l’intimité, et ceux qui, de l’autre, partagent et transfèrent des photos. Les véritables fautifs doivent être mis en garde à la fois sur la faute morale qu’ils commettent (entraînant de la souffrance, pouvant aller jusqu’à la dépression et même le suicide de la victime) et sur les sanctions pénales qui punissent cet acte.

Quant aux potentielles victimes, le message est celui d’une absence de faute. Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier rappellent qu’un jeune, fille ou garçon, a le droit de vouloir plaire, et qu’il ne doit jamais être mis à l’écart ou insulté pour ces raisons. La confiance dans un couple et le fait de pouvoir compter sur le sens éthique du partenaire sont supposés être des fondements d’un couple solide et sain. Ce sont ceux qui ont partagé la photo qui sont en faute et il ne faut pas apprendre à se méfier des garçons. Il est normal de se faire confiance dans un couple et ce sont les briseurs de confiance qui ont des choses à se reprocher. Les adultes sont précisément là pour recadrer les autres et protéger la cible du sexting.

Le slogan lancé contre le viol par des mouvements féministes « La honte doit changer de camp » ne devrait-il pas aussi s’appliquer à la question du sexting ? – Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier

Les grandes lignes pour une prévention efficace du phénomène de sexting s’articule donc autour de plusieurs axes :

  • de l’empathie et du soutien pour la victime en résistant aux reproches et en adoptant des messages (verbaux et non verbaux) qui dédramatisent pour  sortir la victime de la honte;
  • de l’indignation pour les actes de l’ex-partenaire mais également pour ceux des camarades qui ont contribué à propager les photos ou vidéos;
  • des mesures prises pour informer sur la faute morale et les sanctions pénales encourues par l’initiateur du phénomène et les harceleurs;
  • un traitement du problème (sanction, signalement aux autorités judiciaires…) en portant l’attention sur les vrais fautifs.

 

Propositions de réactions et phrases pour soutenir et accompagner une cible d’une situation de sexting

Des phrases à dire aux victimes

Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier proposent quelques pistes pour soutenir et accompagner efficacement une cible de sexting en respectant ses réticences quant à d’éventuelles sanctions contre les fautifs (peur de représailles et mise à l’écart) et en veillant à la discrétion.

Il est possible de demander à la victime son autorisation pour parler du problèmes aux autres adultes de l’établissement et une éventuelle liste de personnes par lesquelles elle souhaite être soutenue. De même, plutôt que d’en parler immédiatement aux parents sans le consentement de la cible, il semble plus efficace de lui demander comment elle pense que ses parents vont réagir et si elle souhaite que la personne référente en discute avec eux en sa présence.

Plutôt que “Tu devrais t’occuper d’autre chose que de plaire aux garçons, tu as fait quelque chose de très dangereux”, dire -> “Le fait de vouloir plaire est bien naturel, et de toute façon il y a toujours une forme de risque dans la séduction comme dans toutes les histoires d’amour. Tu en as pris un, et alors? Il n’y a pas de mal à cela. C’était au contraire courageux de ta part.”

Plutôt que “Te laisse pas faire, tu n’as qu’à te défendre et ils vont se taire”, dire -> “C’est difficile de répondre et de se positionner face aux attaques, mais nous sommes avec toi pour réfléchir à la meilleure parade. Tu as le droit de rétorquer et de les remettre à leur place, si tu en as envie. Par ailleurs, quels élèves pourraient éventuellement être de ton côté et te soutenir ? Certains ne te jugent que parce qu’ils ont peur pour eux-mêmes, nous pouvons peut-être les mobiliser.”

Plutôt que “Tu n’auras plus accès à ton téléphone portable.”, dire -> “Il est inévitable que tu utilises, comme tous les jeunes, les outils modernes de communication. “

Pour une prévention efficace des situations de sexting

De plus, Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier estiment que prévenir le danger en signalant le risque d’envoyer des photos osées ou dénudées peut paraître tentant. Pourtant, ces mesures de prévention ne sont pas efficaces car :

  • d’une part, quand une situation de sexting se produira dans un établissement scolaires, certains jeunes utiliseront ce prétexte pour accuser  la victime (comme elle savait ce qu’elle risquait, elle mérite ce qui lui arrive)
  • d’autre part, la victime risque de ressentir une grande culpabilité car elle a agi en dépit des avertissements  et elle risque de s’enfermer dans la  honte sans oser se confier à ses parents ou à un adulte de son établissement pour avouer qu’elle a précisément fait ce qu’on lui avait déconseillé !

La prévention devrait, à notre sens, prioritairement cibler ceux qui trahissent la confiance, qui violent l’intimité, qui réexpédient des photos. Ce sont eux les véritables auteurs du scandale et donc eux qui devraient être mis en garde autant sur la faute morale qu’ils commettent que sur l’infraction pénale dont ils se rendent responsables. Quant aux potentielles victimes, il conviendrait de leur adresser des messages extrêmement rassurants. Non, elles ne commettent rien de mal. – Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier

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Source : Les blessures de l’école – Harcèlement, chahut, sexting : prévenir et traiter les situations de Jean-Pierre Bellon et Marie Quartier (ESF éditions). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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