5 pistes pour aider un enfant à prendre conscience de soi et des autres

5 pistes pour aider un enfant à prendre conscience de soi et des autres

C’est tout un projet éducatif que de chercher à répondre à cette question :

Quels apprentissages mon enfant va-t-il retirer des situations auxquelles il est confronté ? Que va-t-il apprendre sur lui-même, sur son corps, sur ses sensations, sur ses émotions, sur ses limites, sur les conséquences de ses actes, sur la manière de vivre ensemble ?

 

Élever un enfant, l’aider à mieux se connaître et à trouver sa place dans la société, lui faire confiance, cela passe par le développement de la conscience de ces 5 points :

1. Son corps

2. Ses émotions

3. Ses besoins et limites

4. Les conséquences de ses actes

5. Les manières de vivre ensemble

 

1. Son corps

Les sensations corporelles recouvrent plusieurs domaines :

  • les sensations de chaud/ froid

Ne dit-on pas souvent que les enfants sont priés de mettre un manteau quand leurs parents ont froid 🙂 ?

Catherine Dumonteil-Kremer propose de laisser les enfants vivre leurs expériences. L’enfant ne veut pas mettre son manteau en plein hiver ? C’est là une occasion pour lui de se tester et d’écouter les messages personnels que lui envoie son corps.

On pensera juste à prendre le manteau dans un sac et à le sortir sans commentaire humiliant ou culpabilisant si l’enfant le demande une fois dehors : « Ton manteau est là, tu peux le prendre si tu as froid. »

 

  • la douleur

Dire à un enfant qui a mal : « ce n’est rien », revient à l’embrouiller, car on nie son impression alors que justement, il en cherche la confirmation auprès de nous. – Maria Montessori

On peut aider les enfants en verbalisant la douleur qu’il peut ressentir : « aïe, ça peut brûler, ça pique, ce n’est pas agréable » et même en anticipant : « ça risque de faire mal, ce sont des moments pénibles à vivre ».

Faber et Mazlish raconte l’expérience d’une maman qui a dû accompagner sa fille de 6 ans aux urgences lors d’une forte inflammation du larynx qui l’empêchait de respirer. Voici son témoignage :

Je sais que tu éprouves de la difficulté à respirer. Je sais que ça te fait peur. Nous sommes maintenant en route pour trouver de l’aide. Ca va bien se passer. Si tu veux, tu peux t’agripper à ma jambe pendant que je conduis.

Lors d’une piqûre par les médecins une fois à l’hôpital : « Ça fait mal, pas vrai ? »

Lors de la pose d’un tube dans sa gorge : « Je sais que le tube doit faire mal, mais il va t’aider ».

Lors de la mise en place d’une tente à oxygène : « Ça doit te sembler bizarre tout ce plastique autour de toi. Mais ça va aussi t’aider à respirer et à te sentir mieux. Je ne te quitterai pas. Je vais rester avec toi, même si tu dors. Je serai là aussi longtemps que tu as besoin de moi. »

 

  • l’appétit

Un enfant (tout comme un adulte) n’a pas besoin de manger tous les jours de la même façon. C’est notre rôle de parent de respecter les besoins des enfants en fonction de leurs sensations de faim puis de satiété.

Je vous conseille le livre Mon enfant ne mange pas (éditions La Leche Ligue)du Dr Carlos Gonzalez, pédiatre espagnol, sur le sujet. Un livre très respectueux des parents et des enfants sur un sujet qui a tendance à cristalliser les tensions.

mon enfant ne mange oas

L’avis de l’éditeur :

Le Dr Carlos Gonzalez aide les parents à mettre leurs peurs de côté en explorant les raisons pour lesquelles un enfant peut refuser de la nourriture, les pièges des courbes de croissance ainsi que les façons dont la croissance et l’activité physique affectent les besoins caloriques des enfants. Il explique comment débutent les problèmes liés à la nourriture et la façon de les éviter. Le docteur Gonzalez rassure les parents en affirmant que les enfants savent instinctivement la quantité de nourriture dont ils ont besoin et explique pourquoi notre simple implication devrait être d’offrir des aliments sains. Forcer un enfant à manger plus qu’il n’en a réellement besoin n’apporte que larmes et conflits et risque de conduire à des troubles alimentaires plus tard.

 

  • le sommeil

Dans son autre livre Serre moi fort, Carlos Gonzalez démonte plusieurs mythes autour du sommeil.

Il écrit par exemple que c’est un mythe de croire que TOUS les enfants dorment huit à dix heures d’affilée aux environs de 6 mois. Je vous propose de lire cet article pour d’autres mythes autour du sommeil des enfants, et notamment du cododo.

Carlos Gonzalez explique que dormir, comme manger ou respirer, ne devrait pas être un comportement qui s’éduque. Tout le monde sait dormir, mais pour le faire d’une manière culturellement acceptable déterminée (se mettre en pyjama, se coucher à une heure précise…), il faut apprendre. Et cet apprentissage peut être douloureux pour certains enfants car la norme n’est pas de venir au monde et de dormir seul, toute la nuit d’une traite sans manger ni pleurer.

Les questions du sommeil et du coucher sont des sujets délicats pour moi car ma fille n’a jamais été dans la « norme » culturellement acceptée. J’ai eu beaucoup de mal à trouver des solutions combinant d’une part mes convictions (respect et confiance en l’enfant), d’autre part mes besoins de calme, de repos, de savoir que le matin ne serait pas un enfer à cause du manque de sommeil mais également ses besoins à elle, son rythme, ses angoisses.

2. Ses émotions

Isabelle Filliozat utilise l’expression « émotions guérissantes » dans le sens où c’est l’expression de l’émotion qui est guérissante.

L’émotion est une réaction physiologique de notre organisme : c’est le déluge d’hormones qui préparent notre corps et l’aident à faire face à une situation donnée.

Sans émotion, nous ne serions pas vivants.

L’émotion est une structure en 3 étapes :

  • la charge : quand ça monte à l’intérieur, quand on ressent les sensations corporelles liées à l’émotion (gorge sèche, rythme cardiaque qui s’accélère…)
  • la tension : on utilise l’énergie de l’émotion dans une action, une parole, un comportement
  • la décharge :  le moment où l’on pleure, crie, tremble… La décharge n’est que la 3° partie de l’émotion, c’est l’étape qui permet le retour au calme.

Quand on est face à un enfant, il s’agit alors de ne pas empêcher cette 3° étape qui est souvent confondue avec l’émotion elle-même. L’enfant a besoin de se décharger pour ne pas rester en tension. Comme cette tension n’est plus utile, elle doit pouvoir sortir du corps en s’extériorisant.

Par exemple, pleurer fait du bien suite à un choc, à une peur, à une douleur, même suite à une forte joie. Dire « ne pleure pas » revient à dire « Garde ta douleur à l’intérieur de toi ».

Je crois que les enfants, comme les adultes, pleurent pour se faire entendre, pour demander de l’aide. Les enfants pleurent pour que nous fassions quelque chose, pas pour que nous les regardions, impassibles. Et si nous nous sentons mieux après avoir pleuré, ce n’est pas parce que nous avons éliminé des substances toxiques, mais parce que les pleurs ont provoqué chez les autres une réaction, parce qu’ils nous ont consolés et se sont occupés de nous. – Carlos Gonzalez

Au contraire, on devrait encourager les enfants à pleurer : « Vas y, pleure un bon coup parce que, quand on pleure un bon coup, ça dure quelques secondes et ça s’arrête. Les émotions sont des états, elles sont temporaires. Comme quand le soleil et la pluie s’alternent. »

Les émotions sont effectivement des états, elles ne sont pas des traits de caractères. Un enfant qui pleure n’est pas un enfant pleurnichard ou faible : il pleure pour décharger la tension en lui. Au contraire, plus on l’empêche de pleurer, plus il va accumuler de la tension en lui qu’il n’a pas le droit d’évacuer… et plus ses envies de pleurer seront fréquentes et fortes.

Accueillir les émotions, c’est permettre à l’enfant de décharger les tensions accumulées au cours de sa journée. Pour cela, il s’agit d’équiper les enfants de vocabulaire pour parler de soi et des autres.

 

Les livres peuvent participer à développer le vocabulaire des enfants. En voici une sélection.

livres pour enfants sur les émotions

Si je suis conscient de moi-même, je sais si les choses me font OUI ou si elles me font NON à l’intérieur.

 

3. Ses besoins et ses limites

Un enfant peut apprendre à exprimer ses besoins et ses limites : il a le droit d’avoir des besoins et peut les exprimer de manière respectueuse.

En tant que parents, nous ne sommes pas des paillassons :-). On peut s’attendre à ce que les enfants fassent des demandes avec respect et clarté : crier, se plaindre, exiger, taper… ne sont pas des manières respectueuses et claires pour formuler des demandes.

Quand un enfant se plaint au lieu de faire une demande, on peut répondre qu’on ne comprend pas ou que sa manière de le dire ne donne pas envie d’accéder à sa demande, on peut lui dire de le demander avec sa voix normale,

C’est capital d’apprendre aux enfants à formuler des demandes claires, respectueuses et adressées à la bonne personne.

 

4. Les conséquences de ses actes

Un enfant est capable de réparer quand il comprend les conséquences de ses actes. Cela peut passer par :

. L’expression de notre désaccord

Un geste inapproprié : « Je n’aime pas ce que je vois./ Je suis furieux./ Je ne suis pas d’accord./ Je ne peux pas admettre un geste comme celui là./ X a été blessée, elle pleure. »

Un objet abîmé  : « Je suis triste parce que tu as abîmé une chose à laquelle je tiens. Ce n’est pas dramatique mais je suis quand même triste. »

. La formulation de nos attentes

Un retard intentionnel : « Quand tu me dis que tu rentreras à telle heure, je m’attends à pouvoir compter là dessus. Je suis encore fâchée car j’ai eu peur et je ne veux plus avoir à me tracasser là dessus. »

. Une solution à trouver ensemble

Un verre renversé : « Je crois qu’il nous faut une éponge. Elle est sur l’évier dans la cuisine. »

Un objet abîmé  : « Cet objet a maintenant besoin de… »

Un geste inapproprié : « Comment réparer/ t’excuser ? Que peux-tu faire pour X qui pleure ?« , « Quelle solution pouvons-nous trouver qui conviendra à chacun de nous ? »

. Le passage à l’action

Un comportement inapproprié : « J’ai besoin de savoir que cela se passera bien. Que pouvons-nous faire pour nous en assurer/ quelles actions t’engages-tu à faire ? »

Un objet abîmé : « J’ai rangé cet objet. Pour le moment, j’ai besoin de savoir que mes affaires sont en bon état/ à l’endroit où elles sont supposées être rangées. »

Un retard intentionnel : « Nous avons déjà mangé. Si tu as faim, je te laisse te faire quelque chose par toi même. »

 

5. Les besoins des autres

A partir du moment où nous vivons en groupe, nous devons respecter :

  • les règles qui permettent au groupe de vivre ensemble

Les groupes ont besoin de règles, mais la façon d'inciter tous les membres du groupe à respecter ces règles fait toute la différence !

 

  • les besoins et les limites des autres personnes 

Communiquer nos propres besoins (de repos, de calme, de respect…) fait prendre conscience aux enfants que les autres ont également des besoins et des émotions. Cela participe à leur apprendre à respecter avec les autres.

Isabelle Filliozat propose plusieurs exemples pour apprendre à montrer nos propres besoins et exprimer nos sentiments en tant que parents plutôt que sonder et gronder les enfants. Une nouvelle dynamique relationnelle se met alors en place tout en s’assurant de faire passer le message d’amour.

A une jeune fille qui rentre après l’heure convenue :

« Quand tu rentres avant minuit, je suis inquiète, parce que je me dis qu’il peut t’arriver n’importe quoi. Pourquoi minuit ? Je ne sais pas, c’est irrationnel, peut-être parce qu’on dit que c’est l’heure du crime, peut-être parce que c’est l’heure où le carrosse se change en citrouille… En tout cas, j’ai peu que tu aies un accident, ou que tu te fasses agresser… Jusqu’à minuit, je ne suis pas inquiète. Après, j’ai besoin de te savoir en sécurité pour dormir en paix. »

A un jeune garçon qui a caché une marque rouge dans son cou :

« ça ne va pas, parce que j’ai pensé toute la journée à cette marque que tu avais dans le cou, dimanche. Je suis mal parce que je suis inquiète. Je m’imagine toutes sortes de choses, que peut-être tu es victime de racket à l’école, qu’on te brutalise et j’ai peur pour toi. Et puis je me sens mal parce que tu refuses de m’en parler. Je me sens impuissante et déçue que tu ne puisses pas me faire confiance. »

Après avoir exprimé ce qui se passe pour moi (mes émotions, mes besoins de parents), je me met à l’écoute de l’autre : j’écoute avec empathie comment l’enfant se sent, sans entendre de critique ni de reproche ou encore d’attaque personnelle. L’enfant a ses propres besoins et ces derniers sont à mettre au même niveau que ceux des adultes. La communication non violente permet de trouver des solutions ensemble, de se connecter pour une relation authentique à l’écoute de l’autre.

 

 

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5 réponses

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