Vivre… L’expérience optimale comme condition du bonheur ?

L’expérience optimale comme condition du bonheur ?

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Les sentiments que chacun éprouve à propos de lui-même et la joie que chacun tire de la vie dépendent en fin de compte des filtres de l’esprit, des interprétations que chacun fait de ce qui lui arrive quotidiennement. Le bonheur de l’individu repose sur son harmonie intérieure, non sur l’influence qu’il est possible d’exercer sur les forces de l’univers. La maîtrise de l’environnement est un impératif parce que notre survie physique peut en dépendre. Cependant, cette maîtrise n’ajoutera pas un iota à l’estime que se porte l’individu et ne réduira en rien son chaos intérieur. Pour cela, les humains doivent apprendre à maîtriser leur conscience elle-même. Mihaly Csikszentmihalyi

La psychologie positive a montré que l’amélioration des conditions de vie n’améliore pas nécessairement la qualité de la vie. Avec la richesse et le pouvoir, l’escalade des attentes conduit à de nouvelles exigences (plus de confort, plus d’argent, plus de loisirs, plus de possessions matérielles…), si bien que le niveau de bien-être désiré demeure toujours éloigné.

Csikszentmihalyi ajoute que cette escalade incessante des désirs et ambitions n’est pas problématique aussi longtemps que l’individu trouve plaisir et joie dans le processus, la démarche vers cet objectif. Le problème surgit quand un individu est tellement obsédé par l’objectif qu’il cesse de trouver du plaisir, de la joie dans le présent : il perd la chance de connaître l’enchantement, l’expérience optimale.

Ce n’est pas ce que nous possédons qui améliore la qualité de la vie, mais ce que nous éprouvons vis-à-vis de nous mêmes.

 

Plaisir et joie : différents mais complémentaires

Csikszentmihalyi fait une différence entre plaisir et joie (il utilise joie et enchantement comme synonymes) :

  • le plaisir

Le plaisir peut être une composante de la qualité de la vie mais il n’apporte pas en lui-même le bonheur. Csikszentmihalyi écrit :

Le plaisir correspond à la satisfaction, au contentement ressenti lorsque la conscience nous informe que les attentes créées par la programmation génétique ou par le conditionnement social ont été comblées. Ainsi, un bon repas qui calme la faim est plaisant parce qu’il satisfait un besoin physiologique; une soirée tranquille devant la télé accompagnée d’une bière à la suite d’une journée exténuante est relaxante.

  • la joie/ l’enchantement

La joie survient quand une personne dépasse les attentes ou les besoins programmés et réalise quelque chose de plus, de mieux, d’inattendu. Après une expérience de joie, nous avons conscience d’avoir changé : notre soi est devenu plus complexe.

La joie se caractérise par un mouvement en avant, par un sentiment d’accomplissement, de nouveauté : jouer une partie de tennis qui exige toute son habileté, lire un livre qui apporte une nouvelle compréhension d’une question, avoir une conversation qui fait avancer les idées.

Pour autant, le plaisir et la joie peuvent être complémentaires. Il est possible d’éprouver à la fois du plaisir évanescent et de l’enchantement qui produit de l’accroissement de soi dans une même expérience (par exemple, lors de la dégustation d’un plat quand on essaie de distinguer les diverses saveurs et sensations que cette dégustation procure).

On peut vivre (ou survivre) sans jamais éprouver de joie/enchantement. On peut avoir du plaisir au gré de la chance et des événements.

Cependant, pour acquérir la maîtrise de la qualité de l’expérience, il faut apprendre à trouver la joie à partir de ce qui arrive quotidiennement. Chacun est l’artisan de son bonheur, de sa qualité de vie à travers le contrôle de son expérience consciente, la possibilité qu’il se donne de vivre des expériences optimales.Csikszentmihalyi

L’expérience optimale : une définition

L’expérience optimale est une fin en soi. Elle est recherchée pour elle-même et non pour d’autres raisons que l’intense satisfaction qu’elle procure.

Csikszentmihalyi propose 8 caractéristiques majeures pour définir l’expérience optimale :

  • La tâche entreprise est réalisable mais constitue un défi et exige une aptitude particulière

Pour augmenter la qualité de vie, il faut des tâches qui font appel à des aptitudes assez élaborées. L’expérience optimale intervient quand il y a une correspondance adéquate entre les exigences de la tâche et les capacités de l’individu : elle apparait entre l’anxiété et l’ennui.

  • L’individu se concentre sur ce qu’il fait

Dans l’expérience « flot » (ou flow ou encore flux), tout semble s’écouler en dehors du temps, on est totalement immergé dans l’activité. L’action nous emporte comme par magie.

  • La cible visée est claire

L’engagement total est rendu possible grâce à un but clair et une rétroaction immédiate. Si une personne ne se donne pas de cible et ne peut jauger son activité, elle n’aura pas (ou peu) de plaisir à la réaliser.

  • L’activité en cours fournit une rétroactivation (ou feedback)

Le contenu de la rétroaction est en lui-même peu important. N’importe quel type de rétroaction peut être agréable s’il est logiquement relié au but pour laquelle la personne a investi de l’énergie (physique et psychique).

  • L’engagement de l’individu est profond et fait disparaître toute distraction

La personne qui se trouve dans une expérience optimale est capable d’oublier les aspects déplaisants de sa vie, ses frustrations ou ses préoccupations. On retrouve ici des ponts avec la pleine conscience : les pensées troublantes ou non pertinentes pour le déroulement de l’activité sont temporairement mises de côté.

  • La personne exerce le contrôle sur ses actions

Ce n’est pas le fait de gagner ou même de réussir qui compte mais le fait d’agir, de contrôler les actions, de réduire le danger dans une activité à risque, de développer suffisamment d’aptitudes pour maîtriser.

Pourtant, les activités qui produisent l’expérience optimale peuvent avoir des effets secondaires négatifs : quand une personne devient si dépendante de l’aptitude à contrôler une expérience gratifiante qu’elle ne peut plus accorder d’attention au reste, elle a perdu le contrôle ultime : la liberté de déterminer le contenu de sa conscience.


  • La préoccupation de soi disparait mais, paradoxalement, le sens du soi est renforcé à la suite de l’expérience optimale

On s’oublie soi-même dans l’expérience optimale. Dans la vie quotidienne, notre soi se sent vulnérable régulièrement et il nous faut de l’énergie pour restaurer l’ordre de la conscience.

Or dans l’expérience optimale, le soi ne se sent pas menacé parce que celle-ci correspond bien à nos capacités.

  • La perception de la durée est altérée

Le temps ne se déroule pas de façon habituelle.

 

Comment vivre l’expérience optimale ?

Lorsque les valeurs et les institutions ne fournissent plus le soutien dont nous avons besoin, nous devons utiliser toutes les ressources à notre disposition pour nous (re)donner une vie agréable et pleine de sens. La maîtrise de la conscience détermine la qualité de la vie.

Les expériences optimales peuvent aussi bien se dérouler dans des activités telles que l’escalade, la danse, la navigation, la musique, le foot, le yoga… que dans la vie quotidienne (manger, travailler, jouer, lire…); il est possible de vivre des expériences optimales aussi bien par le corps que par l’esprit.

Chacun d’entre nous peut apprendre à :

  • se récompenser lui-même (et cela peut commencer dès la petite enfance grâce à une éducation sans récompense ni punition)
  • trouver de la joie indépendamment des conditions externes (un des plus grands mythes sur le bonheur est de croire que le bonheur consiste à changer d’environnement),
  • convertir la monotonie de certains aspects de la vie quotidienne en expériences contribuant à l’accroissement de soi
  • se donner des loisirs appropriés qui seront une véritable re-création (des loisirs actifs plutôt que passifs)

Le contrôle de la conscience requiert l’engagement de notre intelligence mais également de nos émotions et de notre volonté.

 

Il ne suffit pas de savoir comment faire, il faut le faire comme les musiciens et les athlètes qui doivent pratiquer constamment, ce qui est long et exigeant.Mihaly Csikszentmihalyi

 

5 caractéristiques d’un contexte familial favorisant l’expérience optimale (en faveur de l’éducation positive)

1.La clarté

Les enfants savent ce que leurs parents attendent d’eux : les buts et la rétroaction se sont pas ambigus.

2.L’intérêt

Les enfants perçoivent que leurs parents se préoccupent de ce que les premiers font et ressentent.

3.Les choix

Les enfants sentent qu’ils ont une gamme de possibilités parmi lesquelles il peut choisir.

4.La confiance

Un enfant en qui ses parents ont toute confiance est plus authentique et peut s’impliquer dans ce qu’il fait en étant moins préoccupé de lui-même, en cherchant moins à se défendre pour restaurer son intégrité.

5.Le défi

Les parents s’efforcent de fournir des possibilités d’action présentant des difficultés croissante au fur et à mesure que l’enfant grandit.

Les familles qui créent ce contexte autotélique permettent à leurs membres d’épargner beaucoup de l’énergie psychique qu’il devient possible de consacrer à des activités plaisantes. […] Au lieu de chercher la complexité de l’expérience optimale, l’enfant maltraité devenu adulte pourra fort bien se lancer à la poursuite de plaisirs immédiats.Mihaly Csikszentmihalyi

 

…………………………………………………………………

Source : Vivre : la psychologie du bonheur de Mihaly CSIKSZENTMIHALYI. Disponible en médiathèque, en librairies ou sur internet.

Mihaly Csikszentmihalyi apporte une réponse à la question du bonheur. Des années d’étude l’ont conduit à une conclusion essentielle : c’est en s’impliquant pleinement dans chaque instant que l’on accède à l’harmonie et à la joie. Pour y parvenir, il nous livre les secrets d’un nouvel art de vivre.

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