L’éducation démocratique, le futur de l’éducation ? Petit aperçu de ma journée à EUDEC France

L’éducation démocratique, le futur de l’éducation ? Petit aperçu de ma journée à EUDEC France

L’équipe organisatrice des journées EUDEC 2017 a eu la gentillesse de m’inviter à passer une journée en leur compagnie à Paris jeudi 24 aout. Ce fut une journée riche en rencontres et en découvertes ! J’ai eu la chance d’y croiser « en vrai » plusieurs personnes dont j’ai relayé les livres et/ou les conférences : Ramin Farhangi, Marie Gervais, Sophie Bouquet Rabhi, Antonella Verdiani, André Stern… un régal ! Et dans quel autre endroit pourrait-on voir un papa portant son bébé en écharpe servir à la buvette ou un autre papa animer une conférence avec son petit dans le porte bébé ventral ? ou encore voir un adolescent animer une projection vidéo en faisant les traductions français/ anglais ? et une animatrice qui présente une conférence sur la violence éducative avec les larmes aux yeux ? Les journées EUDEC, c’est tout cela et bien plus encore !

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Les journées EUDEC sont l’occasion pour l’association EUDEC (Communauté Européenne pour l’Education Démocratique) de réunir toutes les personnes intéressées par les écoles dites démocratiques pour informer, relier, inspirer, partager et promouvoir une approche permettant aux enfants de faire leurs propres choix concernant leurs apprentissages et tous les autres domaines de la vie.

La journée a commencé par un temps d’échanges avec 3 créateurs d’écoles démocratiques françaises (Fleur Mathet-Jolly, Sophie Rabhi et Ramin Farhangi). Ce temps d’échange a mis en lumière les valeurs fondatrices communes à toutes les écoles démocratiques (liberté, égalité) mais également la diversité des pratiques pour incarner ces valeurs.

Les valeurs des écoles démocratiques

Les deux valeurs communes à tous les porteurs de projets d’école démocratique sont :

  • la liberté : le libre choix des activités
  • l’égalité : les adultes et les enfants sont égaux en droits

Ces valeurs s’incarnent à travers des pratiques communes à toutes les écoles démocratiques :

  • les espaces de vie sont collectifs (il n’y a pas de classe, pas de lieu dédié à l’instruction formelle),
  • aucune activité n’est vue comme plus éducative qu’une autre (pas de hiérarchie dans les activités ou les jeux),
  • les apprentissages se font de manière informelle et/ou autonome pour chacun sans intention d’éduquer ou d’instruire.

Les motivations des personnes qui s’intéressent aux écoles démocratiques sont souvent nées du constat de la violence institutionnelle (à l’école traditionnelle et au-delà) et du constat que cette violence est construite. Les écoles démocratiques sont donc des vrais lieux de vie où chacun est libre et fait l’expérience de l’harmonie et de la justice à l’échelle d’une communauté d’une dizaine de personnes.

Les points communs à toutes les écoles démocratiques

  • La posture des adultes : Les adultes sont bienveillants et sont des facilitateurs d’apprentissage sans notion de hiérarchie sociale et/ou structurelle (le adultes ne sont pas des enseignants). Beaucoup sont formés à la Communication Non Violente (ou s’y intéressent fortement) et insistent sur la notion d’exemplarité.
  • Un accès libre à Internet : Internet et les réseaux sociaux sont des outils de la culture à part entière (accès à l’information, partage de valeurs communes, ouverture culturelle)
  • Un budget co géré : Le budget de l’école est voté au cours d’assemblées au sein desquelles les enfants ont le même pouvoir que les adultes. Chaque membre de l’école (enfant, ado, adulte) peut faire une proposition d’achat et l’assemblée votera pour valider ou non cette proposition.
  • Les Conseils d’école : Les Conseils d’école sont en général hebdomadaires et sont l’occasion de parler des règles de vie en fonction des demandes des membres (modifier une règle, ajouter une règle, supprimer une règle…). Les Conseils d’école sont la garantie du cadre de l’école et la participation n’est pas obligatoire. Ils sont l’occasion d’une recherche permanente de compromis.

Une diversité des approches 

Ramin Farhangi insiste sur l’importance d’offrir une diversité d’approches, à la fois au sein du réseau des écoles démocratiques mais également au sein de l’offre éducative locale et nationale. La seule règle doit être : « Pas de concession sur la liberté !« . L’idée est que les offres proposées puissent permettre à chaque enfant de trouver « chaussure à son pied » plutôt que se conformer à un standard parce qu’il n’a pas le choix localement.

Ainsi, l’école de Ramin Farhangi et de Sophie Bouquet Rabhi ont des modes de gouvernance différents. Ramin Farhangi insiste sur l’importance de la sanction (à travers un Conseil de Justice) alors que Sophie Bouquet Rabhi préfère éviter la sanction autant que possible et trouver des compromis (à travers un Conseil de Paix).

Fleur Mathet-Jolly a quant à elle instauré les Cercles Restauratifs dans son école.

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Que font les adultes dans une école démocratique ?

Dans les écoles démocratiques, les adultes sont guidés par deux besoins complémentaires :

  • le respect pour soi-même (limites personnelles)
  • le respect pour les autres (en ayant la conviction que les enfants et les adolescents ont la même « valeur » que les adultes).

Ces deux besoins impliquent une attitude de respect mutuel, de dignité, d’intégrité, de sincérité, d’authenticité.

Le rôle des adultes dans une école démocratique peut prendre différentes formes :

  • des personnes ressources en cas de questions de la part des enfants,
  • assurer une relation empathique (écouter, échanger, comprendre…),
  • aider à élaborer des projets si les enfants le demandent,
  • être un professeur pour les enfants/ adolescents qui le souhaitent en vue d’un examen,
  • s’assurer d’être des modèles inspirants (faire preuve de créativité, gérer ses émotions, résoudre des problèmes sans violence…),
  • planter des graines de confiance dans la collectivité.

Comment les enfants apprennent-ils ? 

Les apprentissages dans les écoles démocratiques sont autonomes et informels. Chaque activité ou jeu peut venir correspondre à une attente du socle commun de connaissances et compétences. L’idée directrice est que les enfants s’instruisent eux-mêmes sans avoir besoin d’enseignement.


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[Aparté sur les apprentissages autonomes] 

John Holt, pédagogue et conférencier américain, affirme que les enfants s’instruisent eux-mêmes sans enseignement.

On peut facilement observer que les enfants sont passionnément désireux de comprendre le plus possible le monde qui les entoure, qu’ils sont très doués pour cela et qu’ils le font à la manière de scientifiques, en créant de la connaissance à partir de l’expérience. Les enfants observent, s’interrogent, découvrent, élaborent et ensuite ils testent les réponses aux questions qu’ils se posent. Quand on ne les empêche pas de faire toutes ces choses, ils continuent à les faire et ils deviennent de plus en plus compétents. – John Holt

apprentissages autonomes holt
Dans son livre Les apprentissages autonomes, il écrit :

Que fait-on quand on est en train d’apprendre, quand on crée de l’apprentissage ?

Eh bien, on observe, on regarde, on écoute. On touchegoûtesentmanipule et parfois on mesure et calcule. Et on s’interroge, on se dit : “Pourquoi cela ?” ou “Pourquoi est-ce comme ça ?” ou “Est-ce que cette chose produit cet effet ?” ou “Qu’est-ce qui fait que cette chose arrive ?” ou “Est-ce qu’on peut la faire arriver différemment ou mieux ?”; ou encore “Est-ce qu’on peut faire disparaître la larve de hanneton des plants de salade ?” ou “Peut-on produire plus de fruits ?” ou “Peut-on réparer la machine à laver ?” ou que sais-je.

Et nous inventons des théories, ce que les scientifiques nomment des hypothèses; nous avons des intuitions, nous nous disons : “Peut-être est-ce dû à ceci” ou “est-ce que cela ne pourrait pas être à cause de cela ?” ou “Peut-être que si je fais ceci, cela va se produire.” Et ensuite nous testons ces théories ou ces hypothèses.

Nous pouvons les tester simplement en posant des questions à des personnes dont nous pensons qu’elles en savent plus que nous, ou nous pouvons les tester par une observation plus approfondie.

Nous pouvons nous dire : “Je ne sais pas trop ce qu’est cette chose, mais peut-être que si je la regarde encore je vais trouver.” Ou bien peut-être allons nous planifier des expériences : ” Je vais essayer de mettre ça sur les plants de salade et voir ce que ça fait sur les larves de hanneton” ou “Je vais essayer autre chose”.

Et, à partir de tout cela, de différentes manières, nous découvrons que notre intuition n’était pas si bonne, ou au contraire, qu’elle était excellente, et nous continuons, nous observons encore, nous spéculons encore. Nous posons plus de questions, nous élaborons plus de théories et nous les testons.

Ce processus crée de l’apprentissage et nous le faisons tous. […] Et c’est exactement ce que font les enfants. Ils travaillent d’arrache pied à ce processus à chaque instant de la journée. Quand ils ne sont pas en train de manger ou de dormir (et encore), ils créent du savoir. Ils observent, pensent, spéculent, théorisent, testent et expérimente en permanence et ils sont bien meilleurs que nous, adultes, à ces tâches. L’idée même que nous pourrions enseigner à des enfants comment apprendre a fini par m’apparaître totalement absurde.

Or l’un des principaux problème de l’école est qu’on demande souvent aux enfants de répéter comme quelque chose de logique quelque chose qui ne leur semble pas du tout (ou pas encore) logique.

Ils finissent par accepter comme une vérité tout ce que l’autorité dit et ils n’essaient plus de tester ou de vérifier. Après plusieurs années sur les bancs de l’école, ils oublient même comment tester.

our autant, le rôle des adultes est prépondérant : ils doivent être attentifs, bienveillants et suffisamment présents pour mettre à disposition des ressources qui pourront aider les enfants, tout en restant vigilants à ne pas chercher à faire aller les enfants là où ils n’ont pas le projet d’aller.

En cela, John Holt distingue le P-rofesseur du p-rofesseur. Un P-rofesseur croit (et arrive à convaincre ses élèves) que tout ce qu’ils apprennent doit être enseigné.

Un p-rofesseur est un “coach” qui ne s’impose pas mais qui est disponible quand on le sollicite : il soutient l’apprenant en étant présent, en posant des questions, en disant à l’enfant qu’il est sur le bon chemin quand c’est le cas, en répondant aux questions qui lui sont posées. Le p-rofesseur augmente progressivement la difficulté des exercices, donne des feedbacks, encourage l’apprenant à s’auto corriger et à développer ses propres critères de réussite. La tâche primordiale de tout p-rofesseur est d’aider l’apprenant à ne plus dépendre de lui, de lui apprendre à être son propre professeur.

Le vrai p-rofesseur doit toujours être en train de travailler à sa mise au chômage. – John Holt

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C’est d’ailleurs en cela que les facilitateurs d’apprentissage dans les écoles démocratiques peuvent devenir p-rofesseur si les enfants le souhaitent et le leur demandent.

Plaidoyer pour une approche plus respectueuse et démocratique à l’école

Ramin Farhangi rappelle l’article 131.1.1 du Code de l’éducation dans lequel il est écrit : « Le droit de l’enfant à l’instruction a pour objet de lui garantir, d’une part, l’acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d’autre part, l’éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique d’élever son niveau de formation initiale et continue, de s’insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d’exercer sa citoyenneté. »

On peut en retenir 4 points clés :

  1. l’acquisition des compétences de citoyen
  2. le droit à l’instruction
  3. l’épanouissement des enfants
  4. l’intégration dans la vie professionnelle

Les écoles démocratiques sont donc tout à fait adaptées et efficaces au regard de ces quatre points clés du Code de l’Education. Ramin Farhangi regrette que l’Education Nationale finance des écoles publiques la plupart du temps autocratiques alors que les écoles démocratiques sont obligées d’avoir un statut hors contrat (et donc sans financement public).

Etre laïc en termes d’éducation, ce n’est pas imposer un modèle d’éducation standard et commun à tous. Ça, c’est être dogmatique ! – Ramin Farhangi

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Pour aller plus loin, voici un super documentaire réalisé par un porteur de projet allemand sur le fonctionnement des écoles démocratiques au quotidien (les apprentissages, le mélange d’âge, la lecture, les conseils de justice, le rôle des adultes, les jeux vidéo, les frais de scolarité…) :

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