Les enfants coopèrent, c’est le rôle des adultes de découvrir avec quoi ils coopèrent !

Les enfants coopèrent par nature !

La coopération est au cœur de la manière dont Jesper Juul envisage l’enfant. Dans son livre Regarde… ton enfant est compétent, Jesper Juul entend coopérer comme synonyme de « copier », « imiter », « s’adapter » ou encore « se conformer ». Quand les enfants coopèrent, cela signifie qu’ils copient ou imitent les adultes.

Les enfants n’ont pas besoin d’adultes pour leur apprendre comment s’adapter, ni comment coopérer. Ils ont au contraire besoin d’adultes pour leur apprendre comment garder leur intégrité dans les relations avec les autres. 

L’intégrité des enfants est à comprendre au sens de limites et besoins personnels, émotions, réactions, valeurs, croyances.

Selon Jesper Juul, les enfants coopèrent de deux manières :

  • de façon directe

Les enfants coopèrent en faisant comme leurs parents. Ils sont des copies conformes de l’attitude extérieure des parents.

jesper juul

Extrait de « Regarde, ton enfant est compétent » – Jesper Juul

  • de façon inversée

Les enfants coopèrent en inversant et déformant le comportement des adultes.

jesper juul

Extrait de « Regarde, ton enfant est compétent » – Jesper Juul

Jesper Juul prend l’exemple de deux enfants dont la mère malheureuse refoule son chagrin. L’aîné coopère de façon directe en se montrant effacé, le visage fermé, sans joie. Le cadet cherche au contraire à exprimer son propre chagrin et sa frustration, il aspire à l’échange. La mère est alors irritée par la vivacité et les sollicitations de son deuxième fils. Pourtant, c’est lui qui détient la clé pour des relations plus saines dans la famille et qui montre la voie pour que toute la famille travaille sur son chagrin.

Les enfants coopèrent en allant à « la racine des choses ». Ils le font de manière inconsciente mais « ils mettent toujours avec une assurance absolue le doigt sur le conflit qui pour l’instant empêche l’épanouissement de la famille« . On pourrait traduire les messages des enfants qui coopèrent en langage adulte :

« Cher parent, il y a quelque chose qui ne va pas entre nous – un ou deux points ne sont pas clairs. J’attire sur eux toute ton attention et je compte bien que tu vas te charger de les régler pour que tous ensemble nous puissions nous sentir bien »

 » Chers papa et maman, je n’aime pas la manière dont vous cherchez à résoudre vos problèmes. Cela me fait peur et m’attriste. Ne pouvez-vous pas procéder autrement ? »

« Chère maman, comme tu sembles un peu désemparée et incertaine sur la façon dont tu dois t’occuper de moi, laisse-moi t’expliquer quelque chose. Je protesterai quand tu feras quelque chose que je n’aimerai pas et je réclamerai quand je voudrais quelque chose. »

« C’est douloureux pour moi d’être avec vous dans ces conditions là. »

« Je perds l’appétit quand je suis à table avec ma famille. Il y a quelque chose de contraint ou de destructeur, mais comme les autres, je manque de mots pour le dire. » 

Les enfants manquent de recul et de capacités de langage, c’est aux parents de les leur fournir ou de comprendre leurs messages « codés ». Les enfants ne peuvent pas dire avec des mots d’adultes ce dont ils ont besoin, mais ils peuvent sentir quand ils ne le reçoivent pas. Dans ce cas, ils savent envoyer aux adultes un message sous forme de comportement difficile (destructeur) ou d’attitude complètement passive, résignée (autodestructeur).

Quand les enfants deviennent destructeurs ou autodestructeurs, c’est parce qu’un ou plusieurs adultes de leur entourage portent atteinte à leur intégrité – verbalement ou physiquement ou les deux à la fois.

enfants pénibles

 

Jesper Juul écrit :

Que peut-il y avoir de plus social que de communiquer à son entourage que la relation avec eux fait souffrir et doit donc être réajustée pour que tout le monde aille mieux ?

Les enfants coopèrent, c’est le rôle des adultes de découvrir avec quoi ils coopèrent !

Pour autant, les interrogatoires sont inefficaces pour faire émerger les messages cachés : si les enfants savaient consciemment ce qui ne va pas et s’ils avaient les mots pour l’exprimer de manière compréhensible, les signaux (comportement difficile, destructeur, auto destructeur, symptôme psychosomatique) n’auraient pas lieu d’être.

Pour Jesper Juul, ces signaux signifient : « en ce moment, ma vie me fait mal et je n’ai pas encore trouvé une façon constructive de régler le problème. Je ne sais pas pour le moment en parler avec quelqu’un car je ne connais pas les mots qui appartiennent à la douleur. Je suis broyé dans un conflit que je suis incapable de régler. »

Ces signaux sont à prendre comme des messages codés que les adultes de l’entourage de l’enfant ont le devoir de prendre au sérieux et de traduire en paroles (l’aide d’un professionnel qu’il soit psychologue, thérapeute ou accompagnant parental peut être utile – voir l’annuaire de la parentalité positive en France ici).

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Extrait de « Regarde, ton enfant est compétent » de Jesper Juul

Ce travail peut être amorcé par les parents eux-mêmes de plusieurs manières :

  • en observant les enfants

Voir la vie de l’enfant avec les yeux de l’enfant pour comprendre où se trouvent les nœuds qui empêchent son épanouissement,

  • en prenant connaissance des raisons pour lesquelles les enfants « n’écoutent pas »

Quand les enfants « n’écoutent pas », c’est que leur intégrité est menacée. Cela vient probablement de un ou plusieurs facteurs parmi ceux-là :

– la manière dont cela est dit (humiliation, ordre par contrainte, manque de pouvoir sur la situation, impossibilité de prendre part à la décision…)

– les valeurs sur lesquelles les paroles s’appuient (les enfants doivent être matés; les enfants sont mauvais par nature; si je fais trop de câlins à mon enfant, il va s’habituer; si je demande sans crier, il ne va pas m’obéir…)

– le contexte de la demande (stimulations sensorielles excessives ou désagréables comme le bruit ou la lumière; demande inadéquate avec les capacités motrices ou intellectuelles de l’enfant; non respect des étapes de développement de l’enfant…)

– la non satisfaction de besoins physiologiques vitaux (faim, sommeil…)

– le danger ou l’insécurité perçus (distance psychique ou physique avec la personne qui prend soin de l’enfant; conflits avec l’entourage…)

– la non satisfaction des besoins affectifs fondamentaux (voir cet article sur les besoins fondamentaux des enfants et la différence entre besoins et désirs)

  • en utilisant les principes de base pour écouter les enfants

Ecouter les enfants sans juger

Laisser parler les enfants jusqu’au bout

Donner le sentiment aux enfants qu’ils sont compris

Se concentrer sur les sentiments des enfants

Retrouvez ces principes de communication entre parents et enfants ici.

  • avec les questions de curiosité de la discipline positive

Pour autant, aucun adulte n’est parfait et tous les enfants sont différents. Nous commettons donc tous des erreurs. Les parents sauront si l’interprétation qu’ils ont eue de la réaction de l’enfant est juste en constatant son nouveau comportement. Si le comportement ne change pas ou si un nouveau comportement difficile se met en place, c’est que cette interprétation n’était pas correcte. Il faudra alors repartir sur de nouvelles bases de décryptage.

Accompagner les adultes sur la voie du changement

J’aime aussi beaucoup ces mots de Jesper Juul qui pourraient nous servir de ligne de conduite quand nous sommes confrontés à des parents qui ne sont pas (encore) engagés sur le chemin de la bienveillance :

Beaucoup plus de parents que nous ne l’aurions imaginé sont prêts à entendre et apprendre, mais cela exige naturellement que nous (professionnels, voisins, membres de la famille, partenaires) soyons soucieux de ne pas les aborder avec les mêmes critiques, les mêmes regards réprobateurs, la même négation de leurs compétences que ceux avec lesquels eux-mêmes abordent leurs enfants. Nous devons être prêts à les aborder avec la même écoute personnelle et humaine que celle avec laquelle nous voudrions qu’ils abordent leurs enfants. C’est une éthique applicable et civilisée ! Leurs souffrances sont les mêmes que celles de leurs enfants. Cela fait seulement plus longtemps qu’ils souffrent.

Par ailleurs, ce travail de sensibilisation est essentiel car le plus important facteur de résilience pour les enfants est la rencontre de personnes bienveillantes, soutenantes et aimantes. La résilience est la capacité de mener une vie normale et heureuse après avoir vécu des expériences traumatisantes. Les neurosciences ont démontré que le cerveau s’adapte et se développe en fonction de son environnement. Boris Cyrulnik insiste sur le pouvoir de l’affection dans le processus de développement de l’enfant : il écrit « Donnez de l’affection à un enfant abandonné, ses connexions synaptiques pousseront comme du blé qu’on arrose. »

Il n’est donc jamais trop tard rétablir une relation saine avec ses enfants (et pour aider les autres à le faire avec les leurs).

…………………………………………………………………………

Pour aller plus loin dans la compréhension de la pensée de Jesper Juul qui insiste sur l’amélioration de la santé mentale et des compétences psychosociales des enfants, je vous conseille son ouvrage Regarde… ton enfant est compétent : renouveler la parentalité et l’éducation (éditions Chronique Sociale). Disponible en librairie, en médiathèque ou sur internet .

 

Commander Regarde… ton enfant est compétent sur Amazon.

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10 réponses

  1. J’aime beaucoup tes articles et je les lis tous (et tu as une capacité de production incroyable !).
    Tu me fais découvrir beaucoup de choses et c’est très agréable pour moi d’avoir un « concentrateur » d’infos relatives à la parentalité positive. J’en profite d’ailleurs pour alimenter de temps en temps mon propre blog.
    Je vois ta sensibilité à créer un monde plus juste et j’aimerais te voir te pencher sur le cas d’Amazon, qui n’est pas ce qu’on peut appeler le constructeur d’un monde meilleur.

    Je te souhaite un beau cheminement !

    • Caroline dit :

      Bonjour

      merci pour ton message. Pour ce qui est de la « production », je crois que j’ai trouvé mon élément comme dirait Ken Robinson : je ne m’arrête plus de lire ni d’écrire :-).

      Pour ce qui est d’Amazon, j’aime bien mettre les liens vers les fiches produits car c’est la plus grande base de données d’avis clients en France : cela permet de se faire une idée au delà de mon simple avis de bloggeuse :-). Consulter la fiche produit permet aussi d’avoir des renseignements complémentaires : auteur (que je ne mentionne pas systématiquement), prix neuf et d’occasion…
      Par ailleurs, je touche une petite commission sur les ventes qui sont générées via le blog… et cela me permet de réinvestir dans de nouveaux livres (il va d’ailleurs bientôt falloir que j’investisse dans une nouvelle bibliothèque !).

      Bonne journée
      Caroline

    • Gaelle dit :

      Bonjour
      C’est marrant, je me disais justement la même chose au sujet d’Amazon… 😉

  2. Florence dit :

    Bonjour,
    Je tiens à vous remercier pour tous vos articles, ils m apportent beaucoup, à moi ainsi qu à ma famille.
    Depuis que je lis vos articles, ma bibliothèque s est agrandie !
    Cependant, il y manque un livre, celui cité plus haut dans votre article.
    Je voudrais l acheter, mais impossible de le trouver, en neuf ou occasion, il n est pas non plus à la mediatheque !
    Pourriez vous me dire où vous avez acheté le votre ? Vous êtes sûrement ma dernière chance de pouvoir le trouver !!

    • Caroline dit :

      Bonsoir

      merci pour votre message, le blog se nourrit des retours des lecteurs et des lectrices :).
      Pour ma part, je l’ai acheté sur Amazon mais il n’y est plus disponible.
      Vous trouverez peut-être réponse à votre question sur le site Familylab France (les représentants de Jesper Juul en France) : https://www.facebook.com/familylabfrance/

      • Coulliou Florence dit :

        Bonjour,
        J ai suivi votre conseil et pris contact avec Family lab, ils viennent de me répondre. Le livre vient d’être réédité, il est disponible sur le site « chronique sociale « .
        Cordialement.

  3. Céline dit :

    Bonjour, je suis vos articles régulièrement via fb, je les apprécie beaucoup mais celui-ci me touche plus particulièrement, il me rappelle mes interrogations d’enfant sur les adultes, leur incapacité pour certains à être cohérent. En tant que maman de 3 enfants, je suis passée de l’autre bord et cet article m’aide à faire ce lien, refaire le lien quand certaines fois on s’y perd! Merci !☺

    • Caroline dit :

      Merci d’avoir pris le temps de laisser un message :). Les commentaires des lecteurs et lectrices sont mes meilleurs encouragements pour continuer la rédaction du blog !

  1. 17 février 2017

    […] Reconnaître comment nous coopèrons […]

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