Un outil pour exprimer la colère de manière respectueuse

Quelle est la différence entre sentiments et actions ?

L’action d’un enfant regroupe ses actes, sa manière de réagir visible « à l’extérieur » dans une situation donnée. Tout comportement n’est pas acceptable (taper ne l’est pas, insulter non plus, pas plus que se montrer irrespectueux/se).  A partir du moment où une action blesse (physiquement ou psychologiquement) quelqu’un ou soi-même, elle n’est pas acceptable.

Les sentiments d’un enfant correspondent à ce qu’il ressent, à ce qui se passe « à l’intérieur » (la tête qui bout, les jambes qui flagolent, le cœur qui bat vite…). Tous les sentiments ressentis par l’enfant sont acceptables, tous les comportements ne le sont pas.

Ainsi, tout enfant a le droit d’être fâché, d’éprouver des sentiments hostiles à l’égard d’autrui, de se sentir en colère à l’intérieur. Mais toutes les manières d’exprimer la colère ne sont pas acceptables.

Tu as le droit d’être en colère et c’est ce que tu ressens à l’intérieur de toi. Moi aussi, je serais certainement en colère dans ton cas.

Il convient donc de poser des règles et des repères raisonnables aux actes d’un enfant tout en le laissant manifester les sentiments qu’il peut ressentir.

Le Dr. Dodson recourt à une image assez parlante pour expliquer pourquoi il est important de laisser l’opportunité à l’enfant d’extérioriser librement ses élans émotionnels :

Rien n’est plus dangereux que d’empêcher la vapeur de s’échapper d’une chaudière.

Un outil pour exprimer la colère de manière respectueuse : la roue des choix

La roue des choix est un outil de discipline positive qui propose des alternatives respectueuses d’expression de la colère. Il s’agit d’offrir aux enfants un moyen de soulager leur colère.

 

Dans un premier temps, il s’agit pour l’adulte de reconnaître les sentiments sans jugement ni tentative de répression des émotions (« tu as l’air en colère », « c’est très intense ce qui se passe dans ta tête, « tu ressens beaucoup de colère à l’intérieur de toi on dirait »). puis de proposer de l’aide dans un deuxième temps : « Est-ce que cela t’aiderait de regarder sur la roue des choix pour savoir comment exprimer ta colère ? »

La roue des choix est un outil visuel qui présente de façon ludique différentes solutions pour gérer un problème ou accompagner une émotion forte. Il est possible d’y ajouter une attache parisienne et une sorte d’aiguille que l’enfant fera tourner pour déterminer la manière de soulager sa colère au hasard ou alors il s’agit d’un simple support visuel des manières de soulager sa colère parmi lesquelles il pourra choisir en fonction de son état d’esprit et de la situation.

roue des choix colère

 

Cet outil est d’autant plus pertinent quand l’enfant est impliqué dans son élaboration, à la fois dans le contenu et le contenant (à décorer et colorier par exemple). Par exemple, le parent peut proposer plusieurs solutions et l’enfant choisit ses 4 ou 5 préférées qui seront consignées dans la roue des choix.

Cette roue des choix est à personnaliser et celle que je propose n’est pas un modèle figé. On pourrait penser à différentes activités :

  • dire ses sentiments à quelqu’un (le fait de nommer une émotion ressentie en diminue l’intensité. Daniel Siegel écrit : Il suffit de nommer une émotion pour sentir décroître peur et colère.),
  • taper dans un coussin de la colère (l’idée n’est pas de taper dans le coussin comme on taperait sur la personne qui a suscité la colère mais plutôt en prenant une grande inspiration tout en levant au ciel les deux poings joints puis en baissant les bras sur l’expiration pour atteindre le coussin avec les deux poings toujours joints… à envisager dans l’esprit du yoga plutôt que du défouloir violent),
  • dessiner la colère sur une feuille ou un tableau jusqu’à ce qu’elle disparaisse de l’intérieur du corps (l’enfant a le droit de déchirer sa feuille, de traverser et même de la froisser),
  • écrire une lettre à la personne qui a déclenché la colère (sans utiliser d’insulte),
  • chanter ou jouer de la musique,

calme et attentif comme une grenouille enfant


  • pleurer,

 

  • travailler sur la respiration (par exemple, souffler sur ses mains en forme de bol pour en refroidir le contenu comme proposé dans cette vidéo de sophrologie ludique),
  • crier ou courir dehors,

 

  • faire un câlin à papa/maman/au chien/au chat/ à doudou,
  • tirer sur une corde,
  • bouger, se mettre en mouvement (comme faire des pompes ou des abdos),
  • utiliser des poupées, des marionnettes ou des peluches pour rejouer la scène,
  • s’isoler,
  • aller se rouler dans l’herbe (ou chercher le contact avec la verdure),
  • boire un grand verre d’eau,
  • cuisiner et malaxer les aliments (pate à tarte, à pain…)

Voici un autre exemple de roue des choix tiré du livre La discipline positive à propos de la résolution de conflits dans une classe :

Un outil pour exprimer la colère de manière respectueuse

Illustration extraite de La discipline positive de Jane Nelsen

 

Après la lecture du livre La discipline sans drame de Daniel Siegel, je suis réservée quant aux pratiques qui ont tendance à associer des acte violents (taper dans un punching ball, taper dans un coussin avec agressivité…) à l’expression des émotions. Lorsqu’une expérience se répète à de nombreuses reprises, elle approfondit et renforce les connexions entre les neurones, comme un conditionnement ou une habitude. La constitution de réseaux de neurones peut donc s’avérer une bonne ou une mauvaise chose. Les neurones qui s’agitent ensemble se connectent ensemble donc les actes violents (même s’il s’agit de taper dans une chose ou un objet comme un punching ball) seront associés à la colère. La colère a alors plus de risque de dégénérer en violence.

……………………………………………………………………………………

Source d’inspiration : La discipline positive de Jane Nelsen (disponible en librairie, en médiathèque ou sur internet)

Commander le livre La discipline positive sur Amazon.

discipline positive livre

 

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24 Réponses

  1. mrissa dit :

    bonjour je suis une maman d’un enfant de 8 ans il est en ce1 je soufre de son colère pendant les devoirs il fait une crise et il se venge sur moi et il tape il crie . vous pris de me donner une solution merci

  2. Christelle Orange dit :

    on peut aussi ajouter « boire un verre d’eau »
    Nous faisons cela depuis quelques temps, suite aux conseils d’Isabelle Filliozat dans « il me cherche » et cela fonctionne bien.
    J’en profite pour vous remercier de tous ces outils. C’est une vraie mine d’or !!!

    • Caroline dit :

      Bonjour,

      merci pour votre message et votre contribution.

      C’est vrai, vous avez tout à fait raison. Je l’avais lu également et même pratiqué moi-même :-).
      La liste dans l’article n’est bien sûr pas exhaustive et je le compléterai peut-être aussi au gré de mes lectures.

      Bonne journée,
      Caroline

  3. Excellent article.
    Mon fils de 8 ans n’a jamais fait de crises de colère.
    J’y vois plusieurs explications :
    – nous communiquons au fil de l’eau et je suis très attentif aux signes qu’il exprime. Si je le sens énervé, nous posons des mots dès le départ (ou je l’aide à s’exprimer posément). On parle simplement.
    – je suis toujours calme. Des enfants qui voient des scènes de colère chez leurs parents ont tendance à les reproduire.
    – quand la pression monte, je fais quelque chose d’inhabituel afin d’attirer son attention et que sa curiosité soit éveillé. Cela lui permet de repasser en mode positif.
    – je fais preuve d’humour pour le déstresser et nous revenons plus tard sur la cause de l’énervement. L’humour est indispensable dans l’éducation ! Si vous n’en avez pas, entrainez-vous. :)
    – je le touche au bras ou à la tête une fois que les émotions négatives sont parties. Le contact physique est apaisant et je crée ainsi un ancrage positif.

    Voilà pour ma contribution. Elle est tirée de mon expérience positive. Je résume ma méthode ainsi :
    – attention/observation/écoute (cela favorise l’empathie et le dépistage des prémisses d’une crise)
    – communication
    – humour
    – exemplarité

    Et je pratique ainsi depuis que mon fils est tout petit. C’est naturel et efficace.
    Je reste persuadé que l’expression de la colère est négative sur le plan physique et moral. De plus, la colère peut devenir une habitude…

    • Caroline dit :

      Bonjour,

      merci pour ton message Jean-François. Je partage régulièrement des posts de ton blog anti-deprime.com sur ma page Facebook.

      Les lecteurs et lectrices pourront y trouver des informations complémentaires. J’avais rédigé à ce propos un article sur l’humour dans l’éducation et il est vrai que le contact physique permet d’apaiser beaucoup de tensions via la sécrétion d’ocytocine dans le corps de l’enfant (Isabelle Filliozat décrit bien le mécanisme dans J’ai tout essayé).

      Nous pouvons te retrouver sur http://www.anti-deprime.com pour une connaissance approfondie de la psychologie positive.

      Bonne soirée,
      Caroline

  4. Ahhh tu viens de me donner un tuyau pour canaliser la colère. Mon fils de 7 ans a des colères parfois disproportionnées, et il m’arrive assez souvent d’être là les bras ballants, ne sachant quoi faire. Ton article m’a surtout fait réfléchir car à force de le reprendre pour ses colères, j’ai dû plusieurs fois les refréner et ce n’est pas bien. Merci pour ton article !

    • Caroline dit :

      Bonjour,

      merci pour votre message.

      Je suis ravie de savoir que cet article pourra vous être utile au quotidien :-). N’hésitez pas à lire les commentaires également, les lecteurs et lectrices du blog ont plein d’autres bonnes idées (comme boire un verre d’eau, secouer tout le corps comme un pantin pour « chasser » la colère, faire quelque chose d’inhabituel et inattendu quand les premiers signes de la colère apparaissent…).

      Bonne soirée et plein de bonheur avec votre fils,
      Caroline

  5. Liliane dit :

    Et chez nous les enfants (8 et 5 ans) vont crier dans les toilettes afin d’évacuer le trop plein d’émotions négatives puis tirent la chasse-eau pour faire disparaître définitivement la colère. C’est très efficace.
    Mais, nous essayons bien entendu d’en arriver là le moins souvent possible!

    • Caroline dit :

      Bonjour

      merci pour votre témoignage ! J’aime l’idée de tirer la chasse d’eau pour symboliser la disparition de la colère.

      Bonne journée
      Caroline

  6. Quelle bonne idée cette roue de la colère, surtout quand elle est fabriquée ensemble!… Voici également une autre façon de répondre à la colère des enfants dans cette vidéo, ou il s’agit de découvrir ce qui se cache derrière: http://www.droledemaman.com/comment-reagir-face-aux-coleres-de-vos-enfants/

  7. baubant dit :

    utiliser une boite en carton pour faire une boite à colère et lire le livre grosse colère 😉

    • Caroline dit :

      Bonjour

      merci pour votre message.

      J’avais parlé de ce livre sur le blog en effet. J’aime beaucoup les livres de Mireille d’Allancé :-)

      Bonne fin de journée
      Caroline

  8. Sandrine dit :

    Peut-on pleurer devant ses enfants ?

    • Caroline dit :

      Bonjour

      c’est une question que je m’étais déjà posée. Avant de vous répondre, je tiens à préciser que je ne suis pas une professionnelle de l’accompagnement parental mais juste une maman qui lit beaucoup et qui partage sur ce blog ce qui fonctionne avec sa fille.

      J’avoue que j’ai déjà pleuré devant ma fille : pleuré d’épuisement, de nerfs qui lâchent, d’impuissance, de ras le bol. C’est arrivé à l’occasion de nuits difficiles qui s’enchaînaient lors d’une phase de remise en question professionnelle et personnelle pour moi. Beaucoup de changements et d’incertitude pour moi + un manque de sommeil + des oppositions systématiques de ma fille pour dormir = une impossibilité à me maîtriser.

      J’ai expliqué à ma fille car j’étais épuisée, que je ne pouvais pas me retenir à cause du manque de sommeil, que même les adultes peuvent se faire submerger par leurs émotions. Je l’ai ensuite prise dans mes bras en lui disant que je l’aime.

      Je pense que les deux idées principales si cela arrive sont :
      – de dire clairement à l’enfant que ce n’est pas sa faute qu’on pleure et lui montrer qu’on l’aime,

      – de dire qu’on va faire quelque chose pour que cela ne se reproduise plus (et le faire : prendre soin de soin, chercher à comprendre d’où viennent ces bouffées d’angoisse ou de colère, se reposer, anticiper les comportements ou situations « à risques », changer des choses dans l’organisation…).

      L’idée est que l’enfant comprenne que même les adultes peuvent ressentit des émotions et ont des limites physiques et émotionnelles, mais qu’il peut compter sur ses parents quoiqu’il arrive.

      Je pense que, même si cela peut arriver de craquer, c’est quelque chose à éviter autant que possible. Je m’explique :
      – le fait de voir ses parents pleurer peut provoquer une détresse de l’enfant car il risque de se sentir insécurisé, d’avoir l’impression de ne plus pouvoir compter sur ses parents

      – l’enfant peut se sentir coupable de l’état de ses parents et en ressentir une grande honte, une culpabilité qu’il n’a pas à endosser

      – l’enfant risque de devenir craintif, de développer des peurs face à l’environnement extérieur

      Il serait plus judicieux de prévenir l’enfant que vous avez besoin de calme pour reprendre vos esprits et que vous allez vous isoler quelques instants. Vous pourrez alors boire un grand verre d’eau, pratiquer quelques exercices de respiration (voici un article qui propose plusieurs manières de se maîtriser : 25 techniques efficaces pour garder ou retrouver son calme).

      Si vous vous sentez à bout, que vous avez envie de pleurer souvent, peut-être êtes-vous sur le point d’entrer en burn out maternel. Dans ce cas, vous avez besoin de vous entourer, de demander de l’aide au quotidien. Je vous propose des ressources pour prendre soin de vous si vous vous reconnaissez dans ce cas de figure : un témoignage de burn out maternel + des liens pour se faire aider.

      J’espère avoir pu vous aider et vous donner quelques pistes.

      Bonne journée
      Caroline

  9. Merci à vous pour votre blog si riche, et pour cet article, qui nous a permis de mieux gérer certaines colères !

    • Caroline dit :

      Merci à vous de le faire vivre :-)

      Je suis ravie de savoir que cet article vous a été utile.

      Bonne fin de journée
      Caroline

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