Sommes-nous prêts à élever des rebelles ?

Sommes-nous prêts à élever des rebelles ?

Sommes-nous prêts à élever des rebelles _

Dans son livre Le mythe de l’enfant gâté, Alfie Kohn nous bouscule sur les croyances à l’origine de nos pratiques éducatives, autant individuellement que d’un point de vue social. Il nous invite à envisager ce que cela donnerait d’élever des enfants rebelles, capables de s’opposer autant à un groupe de harceleurs qu’à une loi injuste (ou une règle familiale dont ils ne comprennent pas l’intérêt 🙂 ).

Il nous dit : « Encouragez les jeunes à s’attacher aux besoins et aux droits d’autrui; à étudier les pratiques et les institutions qui empêchent de rendre plus belle la vie de tout un chacun; à prendre leur courage à deux mains pour remettre en question ce qu’on dit de faire et parfois, à se préparer à enfreindre les règles ».

Il ne s’agit pas d’encourager chez leurs enfants une opposition systématique à tout et tout le temps. Il parle plutôt d’un « scepticisme réfléchi« , un « esprit de rébellion mûrement pesé« . Cet esprit de rébellion réfléchi consiste à se demander quelles règles valent la peine d’être suivies et pour quelle raison.

Kohn nous propose de réfléchir aux différences entre insolence, cynisme, arrogance et rébellion:

  • l’insolence est une résistance non argumentée et irrespectueuse,
  • l’arrogance est une remise en question des idées des autres sans question,
  • le cynisme est le rejet automatique de tout ce qui vient de l’extérieur,
  • la rébellion est la capacité à être critique à l’égard des idées d’autrui autant que des siennes, à analyser les faits et les preuves, à prendre le risque de faire ce qui est juste même si cela va à l’encontre de la loi ou des normes sociales.

Si on est seulement critique à l’égard des idées d’autrui, on risque l’orgueil et l’immobilisme; si on est seulement critique vis-à-vis de ses propres idées, on risque la timidité et l’indécision. – Alfie Kohn

Ainsi, Kohn remarque que l’éducation est politique (et c’est une conclusion à laquelle je suis arrivée moi-même depuis quelques temps et qui ne me quitte plus).

Contester les modes d’éducation traditionnels, ou suggérer qu’on pourrait aider les enfants à défendre ce qui leur paraît juste, ce n’est pas introduire le politique dans la parentalité. Il y a toujours été. – Alfie Kohn

Alfie Kohn regrette ce qu’il désigne sous le terme de « trouble de l’assentiment respectueux » (TAR). Les symptômes du TAR sont : une foi inconditionnelle en l’autorité, une obéissance aveugle aux règles, une incapacité à questionner la finalité des règles et l’éthique des lois, une immobilité face à l’injustice et à l’indignité, une incompétence au débat d’idées sans pugilat (voire carrément l’absence de l’idée même du débat possible). Il s’amuse que ces « symptômes » soient portés aux nues comme preuve d’une socialisation réussie et qu’il existe une contradiction flagrante entre les ambitions scolaires (former des citoyens éclairés capables d’esprit critique) et la réalité (élaboration de règlements intérieurs sans consultation des élèves, système de récompenses/ punitions, élèves qui contestent certaines décisions étiquetés comme « fauteurs de trouble » sans prise en compte de la pertinence des arguments soulevés…). Kohn nous avertit qu’une société dans laquelle personne n’est prêt à être qualifié de fauteur de troubles, de rebelle est un lieu où l’abus de pouvoir est certain.

La vérité, c’est que si nous voulons que nos enfants soient capables de résister à la pression de leurs semblables et deviennent des adultes qui n’hésitent pas à défendre leurs principes, nous devons nous employer à accueillir les arguments résolus qu’ils nous opposent. Nous devons surmonter notre besoin de remporter la dispute et d’imposer notre volonté, notre peur d’être perçus comme faibles ou permissifs si nous accordons à nos enfants le droit à la contestation. – Alfie Kohn

Ce type d’éducation demande du courage : élever des enfants courageux et justes requiert des adultes courageux et justes. Nous avons en effet tous tendance à trouver l’indocilité énervante et l’obéissance beaucoup plus facile (au quotidien parce que les luttes pour le brossage de dents nous épuisent ou de manière plus générale parce que le regard social désapprobateur est source de stress et de doute).

Pourtant, Kohn nous pousse dans nos retranchements : n’avons-nous pas envie que nos enfants soient sources d’inspiration plutôt qu’ils passent leur vie à accumuler des marques de reconnaissance ? Ne voulons-nous pas qu’ils pensent aux autres au lieu de s’intéresser uniquement à ce dont ils tireront un bénéfice personnel ? Ne souhaitons-nous pas qu’ils posent des questions sur ce qui leur paraît oppressant plutôt que de faire ce qu’on a toujours fait au seul prétexte que cela a toujours été fait ainsi ?

3 ingrédients pour élever des rebelles

Ces trois ingrédients vont permettre d’élever des enfants capables de réaliser qu’une idée peut être remise en question même quand elle vient de l’autorité, qu’ils ont le droit (et même le devoir) de prendre la parole et qu’ils ont le pouvoir d’entreprendre une action en faveur de plus de justice et de moins de souffrance à petite et même à grande échelle.

1.Cultiver l’empathie

Quand Alfie Kohn utilise le mot empathie, il fait référence à des comportements prosociaux à travers une préoccupation générale du bien-être des autres et une intelligence émotionnelle et relationnelle aiguisée.

2.Renforcer la confiance en soi

Il est possible d’éprouver de l’empathie pour quelqu’un sans intervenir pour alléger sa souffrance ou sa peine. Cela nécessite donc en complément une bonne dose de confiance en soi pour passer à l’action.

De même, il est possible d’être plein d’assurance et de mettre cette confiance au service uniquement de ses propres intérêts.

Ainsi, empathie et confiance en soi vont de paire pour élever des enfants rebelles.

3.Adopter comme valeur le scepticisme

Cependant, même les enfants qui sont à la fois confiants et empathiques peuvent ne pas être prêts à aller à contre-courant. Le dernier ingrédient pour élever des enfants rebelles est d’accorder le droit aux enfants de demander pourquoi, de les encourager à poser tout type de question, de leur apprendre à faire preuve d’esprit critique. 

 

Note à moi-même : un article à relire la prochaine fois que ma fille ne voudra pas se laver les dents…

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Source : Le mythe de l’enfant gâté de Alfie Kohn (éditions L’Instant Présent). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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