Comment faire pour que le coucher des enfants se passe bien ? (les conseils de Catherine Gueguen)

Comprendre ce qui se joue en nous au moment du coucher des enfants

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Quelles sont nos propres émotions ? nos propres besoins ?

Cela peut être de la peur (peur pour la santé de l’enfant s’il manque de sommeil, peur pour sa réussite scolaire, peur qu’il soit désagréable s’il est fatigué et gâche l’ambiance à la maison, peur de manquer d’autorité…), de la colère (colère face à l’impuissance ressentie quand l’enfant ne “cède” pas, colère contre le/la conjoint/e qui prend partie pour l’enfant ou n’insiste pas dans le même sens…), de la culpabilité  (culpabilité de devoir hausser le ton..), de la tristesse (tristesse de ne pas pouvoir profiter d’une soirée tranquille en couple…).

Ces émotions correspondent à des besoins non satisfaits et nous alertent justement sur ce dont nous avons besoin pour un meilleur équilibre mental et physique (besoin de repos, besoin de temps passé en couple, besoin de reconnaissance de la compétence parentale, besoin de coopération, besoin d’harmonie familiale, besoin de soutien du/de la conjoint/e…)

Prendre conscience des émotions et des besoins qui nous animent est un premier pas pour apaiser les tensions et formuler des demandes claires en message Je. Les enfants sont capables d’entendre des messages comme “Je suis fatigué.e/ inquiet.e/ triste”,” Je ressens de la colère” et sont plus enclins à coopérer quand leurs parents parlent de leurs besoins, de leur vulnérabilité et font des demandes (plutôt que donnent des ordres) : “J’ai besoin de… et je te demande de…”.

 

Quel est notre vécu d’enfant qui ressurgit lors du coucher ? 

Parfois, de manière inconsciente, le moment du coucher des enfants est douloureux pour nous, parents. Enfants, nous avons pu être inquiets, nous sentir seuls, abandonnés, sans que nos émotions et nos peurs soient accueillies, comprises par nos propres parents.

On peut alors avoir tendance à penser que, si  nous nous sommes débrouillés seuls, notre enfant peut bien le faire lui-aussi (c’est le fameux raisonnement du “j’en suis pas mort.e” ou du “moi, quand j’étais enfant,…”).

Il se peut aussi que ces souvenirs inconscients créent chez l’enfant une angoisse diffuse parce qu’il perçoit chez nous une insécurité.

 

Quel est notre état de stress et de fatigue ? 

Nos débordements et notre impatience ne sont-ils pas plus en rapport avec notre propre fatigue et notre stress qu’avec le fait qu’un enfant ne se couche pas à 21h précises ?

Dans ce cas, plus que des ordre à donner aux enfants, il serait peut-être utile de réfléchir à une autre organisation, à une manière de se ressourcer par ailleurs, voire de faire des changements majeurs (changer de poste, de travail ? trouver un temps de décompression entre le travail et le retour à la maison ? déménager pour avoir moins de trajet ou se rapprocher de la famille pour avoir du soutien ? demander de l’aide à une assistante sociale en cas de problèmes financiers ? faire intervenir une TISF à domicile quelques heures par semaine ?).

On a aussi le droit d’être en colère contre cette société qui impose aux mères de reprendre le travail alors que leur bébé est encore si petit, qui dédommage si mal les congés parentaux, dont les dispositifs incitent si peu les hommes à rester auprès de leur famille les premières semaines/premiers mois après la naissance, qui semble nier l’importance du soutien et de l’entourage des jeunes mères (pourtant, tout le monde connaît le proverbe “il faut tout un village pour élever un enfant”)…

On peut se donner le droit de pleurer de fatigue, de crier dans un coussin, de sortir prendre l’air dehors, de boire un grand verre d’eau fraîche… quand on se sent sur le point de craquer, de peut-être devenir violent.e avec le bébé/ l’enfant qui ne dort pas.

Savoir se faire aider peut être nécessaire :

  • passer le relais à des adultes de confiance (conjoint.e en premier lieu, grands parents, amis, voisins, nounous…),
  • intégrer des groupes de paroles et d’échange entre parents,
  • consulter un professionnel (pédiatre, psychologue, pédopsychiatre),
  • avoir recours à la médecine douce (microkiné, huiles essentielles…).

 

Quelles sont nos croyances éducatives ?

Notre rigidité ne vient-elle pas de croyances selon lesquelles les enfants doivent dormir à telle ou telle heure ou de telle manière “pour leur bien” ? Or si on regarde d’autres cultures, on voit bien que les enjeux liés au sommeil sont avant tout culturels. Catherine Gueguen relate l’expérience étonnante d’un anthropologue anglais qui avait hébergé des hommes membres d’une tribu indonésienne : l’anglais avait préparé des chambres individuelles pour chaque membre de la tribu et il les a retrouvés au petit matin tous dans la même chambre, serrés les uns contre les autres. Les hommes ont alors expliquer : “Nous dormons toujours ensemble, nous ne dormons jamais seuls. Car durant la nuit si l’un de nous ne se sent pas bien, a un cauchemar, une angoisse, s’il pleure et qu’il est seul, comment ferait-il ? Personne ne serait là pour le consoler, le réconforter. C’est vraiment inhumain de dormir seul !”

Par ailleurs, on n’éduque pas au sommeil : un enfant a sommeil ou n’a pas sommeil (comme il a faim ou n’a pas faim). On ne peut pas “faire” dormir un enfant.

 

Clarifier ce que nous souhaitons, pour nous et pour notre enfants (les enjeux de la relation à long terme)

On peut réaliser que coexistent en nous de multiples besoins : calme, repos, harmonie, liberté, moment de complicité en couple, bonheur et équilibre des enfants, santé…

Une fois que ce que l’on veut pour soi et pour ses enfants, il est plus facile d’envisager des solutions qui satisfassent les besoins des uns ET des autres.

Comment faire pour satisfaire mes besoins et, en même temps, celui de mon enfant ? La réponse à cette question nécessite par ailleurs de faire preuve d’empathie envers l’enfant et de comprendre les étapes du développement des enfants (pour pouvoir aligner ce qu’on demande à un enfant et ses capacités émotionnelles, motrices).

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Comprendre la nature de l’enfant et son développement

Il existe des gros, des moyens et des petits dormeurs

Les besoins de sommeil sont individuels et chaque enfant a ses propres besoins de sommeil : l’idéal est d’observer les enfants et de se laisser guider par eux pour respecter les rythmes de chacun.

Le moment du coucher, quand on peut aller dormir à l’heure souhaitée, est un moment très agréable où l’on répond au besoin physiologique de se reposer. – Catherine Gueguen

 

Les signes du sommeil 

Nos rythmes biologiques, qui nous sont donc propres, apparaissent dès la première année de la vie. Or nous n’avons jamais appris à détecter nos rythmes biologiques individuels et les écoles (et parfois les familles) ne prennent pas en compte ces différence interindividuelles de rythmes biologiques. On peut apprendre aux enfants à faire attention à leurs états physiologiques. Savoir repérer les indices annonciateurs du sommeil leur permettront de mieux gérer leur journée.

On gagnerait à être plus vigilants à nos sensations corporelles, et notamment les frissons de fin de journée qui sont des signes physiologiques annonciateurs du sommeil. Il est primordial d’être un modèle pour les enfants. Un enfant qui entend ses parents dire : “J’ai vraiment sommeil, je vais me coucher” va intégrer que le respect des besoins physiologiques est agréable et positif. Un enfant qui voit ses parents rester devant la télévision tout en disant “Je suis mort de fatigue !” aura du mal à comprendre pourquoi lui doit aller se coucher :).

On peut apprendre aux enfants à écouter leurs sensations (plutôt que leur imposer un rythme unique qui par nature ne correspond pas à tous les membres de la famille).

 

Aider l’enfant à se connaître (se connecter avec ses sensations, être à l’écoute de son corps)

Cette connaissance de soi et de ses rythmes peut passer par des observation et des questions :

“Je t’ai vu.e bailler/ frissonner/ te frotter les yeux/ caresser ton doudou. Te sens-tu fatigué.e ? As-tu envie de te reposer ? Je te fais confiance pour sentir ce qui se passe en toi. C’est toi qui sens quand tu es fatigué.e, sois bien à l’écoute de ce que ton corps te dit. Tu vas voir, se coucher quand on a sommeil est un grand plaisir. Cela fait du bien.”

Même avec les bébés, le fait d’accompagner les manifestations du sommeil par des mots pose les bases de cette connexion avec le corps : “Là maintenant, je pense que tu es fatigué, tu as besoin de dormir. Je te couche”.

 

Se mettre à la place de l’enfant

De quoi mon enfant a-t-il besoin ? 

le moment du coucher peut être compliqué pour l’enfant en raison de tout un tas de causes :

  • plus la journée a été agitée, plus le sommeil est difficile à trouver (surtout quand les peurs, les tristesses n’ont été ni accueillies ni entendues),
  • dès que la vie de famille est perturbée, le sommeil de l’enfant en devient agité,
  • le coucher est un moment de séparation avec les parents (séparation d’autant plus pénible pour l’enfant qu’il a peu vu ses parents dans la journée et n’a pas éprouvé le simple bonheur “d’être” ensemble, sans devoir “faire” quelque chose).
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Source : Vivre heureux avec son enfant (Catherine Gueguen)

Consoler un enfant, le réconforter, ne va pas faire de lui un tyran. Il deviendra tyrannique si les adultes entretiennent avec lui des rapports de force, ne lui montrent pas le chemin, ne transmettent pas l’empathie, la bienveillance, l’altruisme. Oui, un petit enfant est très fragile et demande beaucoup d’attention, de présence. Cette réalité peut déranger, irriter les parents qui veulent être tranquilles et vivre comme avant et avoir un enfant qui ne les dérange pas la nuit. – Catherine Gueguen

 

Que ressent l’enfant quand le coucher vire au conflit ?

Dès qu’on impose un rapport de force (psychologique, verbal, physique), l’enfant ressent de la tristesse et/ou de la colère et/ou de la peur.

En prenant le temps de la réflexion, en se mettant à la place de l’enfant, nous réalisons que nous-mêmes, adultes, nous ne tolérerions pas que quelqu’un nous dise de façon autoritaire, sans nous demander notre avis : “Va te coucher !”. – Catherine Gueguen

L’enfant se sent à la fois humilié et rejeté, il est désemparé. L’enfant a alors peu d’alternatives à sa disposition :

  • rébellion (faire le contraire de ce que les parents veulent pour prouver que personne ne peut l’obliger à faire ce qu’il ne veut pas)
  • retrait (soumission et baisse de l’estime de soi en même temps qu’une baisse du niveau de responsabilité individuelle)
  • revanche (envie de faire payer les adultes)
  • rancoeur (perte de confiance dans les adultes et sentiment fort d’injustice)

Par ailleurs, l’enfant se coupe de ses sensations, de sa fatigue propre, de ses repères corporels puisque l’adulte affirme qu’il sait mieux que lui s’il a sommeil ou non.

 

Qu’essaie de dire l’enfant qui refuse d’aller se coucher ou qui se relève/qui pleure plusieurs fois dans la nuit ?

Un enfant n’est pas encore capable de dire avec ses mots : “J’ai besoin de votre présence, de vous sentir proches de moi, de ne pas me sentir seul.e”. Il le dit à sa manière en allant dans la chambre des parents en pleine nuit, en refusant d’aller se coucher, en se relevant plusieurs fois, en appelant dans la nuit, en pleurant… L’enfant réclame plus d’attention, plus de présence. Ne dit-on pas que pour un enfant, l’amour s’épelle T-E-M-P-S.

Parfois, il suffira de pas grand chose : juste passer un moment calme et exclusif avec l’enfant (“être” et ne pas “faire”), rassurer après un cauchemar, se réconcilier après une dispute, trouver du réconfort après une journée difficile.

L’écoute active et l’accueil des émotions sont dans ces cas de grandes alliées : “On s’est disputé avec papa, tu nous as entendus ? Tu as eu peur ? C’est vrai que c’impressionnant d’entendre des adultes se disputer.  Tu as peur que papa parte/ de te retrouver tout seul ?”, “Mamie est morte, j’ai beaucoup de chagrin, tu me vois pleurer de temps en temps, peut-être que toi aussi tu as besoin de pleurer ? Tu as peur que maman et moi, on meurt aussi ?”

Des couchers difficiles systématiques peuvent être un appel pour satisfaire un besoin non satisfait : l’enfant a besoin que ses parents prennent le temps de l’apaiser, de le rassurer avec une voix douce (“tu peux nous appeler si tu as besoin”) et des gestes tendres (câlin, massage, gratte gratte dans le dos, caresse dans les cheveux…).

Au moment des réveils nocturnes, on peut réconforter l’enfant avec douceur par une présence calme (main tendre, caresse, câlin), en parlant le moins possible pour ne pas le stimuler et le réveiller complètement.

Quelques enfants ne s’apaisent pas et ont besoin de dormir un certain temps dans la chambre de leurs parents.

Lire aussi : 7 mythes autour du cododo.

 

Remplir les réservoirs affectifs de tous les membres de la famille pour des soirées apaisées

Vivre un moment ressourçant 

Pour expliquer l’attachement des enfants aux parents, Lawrence Cohen, psychologue américain, utilise l’image du réservoir d’amour à remplir chaque fois qu’il se vide. La figure primaire d’attachement de l’enfant est la station d’essence auprès de laquelle l’enfant a besoin de s’approvisionner. C’est auprès d’elle qu’il revient entre deux excursions dans le monde extérieur.

Le réservoir de l’enfant est vidé par la faim, la fatigue, l’isolement, la séparation, le stress, les disputes, des blessures, des écorchures… Et une personne dont le réservoir affectif est vide aura tendance à être plus sensible, à chercher de l’affection et de l’attention par des moyens plus ou moins efficaces, à être plus irritable, moins coopératif.

Vivre un moment de tendresse, de complicité et de douceur avec les enfants est ressourçant à la fois pour les adultes et les enfants.

L’enfant nous montre souvent où est l’essentiel, ce qui fait du bien et nourrit notre équilibre affectif. – Catherine Gueguen

Isabelle Filliozat ajoute qu’il est important de passer 10 à 20 minutes par jour de temps dédié avec son enfant. Cela peut être l’occasion de jeu ou juste un temps de présence pour laisser l’opportunité à l’enfant de parler, de se livrer s’il en éprouve le besoin et l’envie, de raconter ses joies ou ses malheurs, de se confier sur ses inquiétudes ou ses succès, de poser éventuellement des questions ou de demander des conseils.

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Mettre en place un rituel du coucher

Les rituels du coucher favorisent un sentiment de

  • sécurité,
  • bien-être
  • apaisement chez l’enfant.

Les rituels sont des suites d’actions identiques d’un jour sur l’autre qui se répètent dans le même ordre et au même moment. Par exemple, l’enfant enfile son pyjama après le bain, il se brosse les dents et il sait que papa et/ou maman vont bientôt lui lire une histoire.

On pourra intégrer du coloriage de mandala, de l’écoute musicale, un temps de respiration/ méditation ou encore de massage… dans ces rituels. On peut également intégrer les “3 bonheurs du jour” pour clore la journée sur une note positive de gratitude.

Deux élément favorisent grandement l’endormissement :

  1. le calme (les histoires du soir doivent donc être calmes et éviter les sujets angoissants ou excitants),
  2. la sécurité (grâce aux rituels, l’enfant sait ce qui vient, ce qui suit une étape).

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Source : Vivre heureux avec son enfant : un nouveau regard sur l’éducation au quotidien grâce aux neurosciences affectives de Catherine Gueguen (Pocket). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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