Nourrir la communication intime portant sur les émotions pour soutenir la vitalité du couple : pourquoi ? comment ?

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En cette période de confinement, le couple peut être mis à rude épreuve dans le sens où prendre soin des enfants, travailler et assurer la continuité pédagogique dans un contexte anxiogène où l’incertitude règne sont très difficiles (pour ne pas dire impossibles). Les relations peuvent souffrir du manque d’attention qui leur sont portées. Pourtant, prendre soin de son couple, c’est du soutien à la parentalité.

Dans son livre Que se passe -t-il en moi ?, Isabelle Filliozat explique que le délitement du lien conjugal surgit quand l’intimité est impossible, quand les mécontentements habitent les silences et les non-dits nourrissent la rancœur.

Elle conseille aux partenaires d’un couple de prendre leur part de responsabilité dans la difficulté relationnelle avant d’attendre une ouverture de la part de l’autre, de l’accuser de non communication. Une façon d’ouvrir la porte est de parler de soi sans forcément attendre de réponse, de parler dans l’objectif de s’exprimer, de se dire, d’être authentique et vulnérable.

Vivre l’intimité passe par le fait d’exprimer son propre monde interne et de chercher à comprendre le monde interne de l’autre: par le fait d’aborder spontanément des sujets de préoccupation personnelles; par le fait d’oser présenter sa propre vulnérabilité et oser pénétrer dans l’intimité de l’autre. Être en couple, c’est exister et faire exister l’autre.

L’intimité est un état de grande proximité. La distance à l’autre est abolie, dans la confiance mutuelle. L’intimité peut être physique, affective, intellectuelle, spirituelle. Elle peut s’installer sur un plan et pas sur les autres, ou s’étendre sur tous les plans. Elle nécessite authenticité des sentiments, partage sans fard, regard nu et absence de jugement. – Isabelle Filliozat

Ainsi Isabelle Filliozat rappelle l’importance de partager sa “météo intérieure” quotidiennement en couple (les peurs, les frustrations, les joies, les peines, les émotions ressenties au travail et ailleurs).

Par ailleurs, l’intimité se nourrit de mots d’amour. Ces mots d’amour entretiennent la relation au quotidien. Filliozat les considère comme “une véritable hygiène de la relation”. Si la relation n’est pas suffisamment bonne pour donner envie de prononcer des mots d’amour, il et urgent de discuter de la relation et de voir, dans quelle mesure, chaque partenaire a envie de la sauver, d’y investir du temps et de l’énergie.

Remarque : Quand la violence est récurrente et à haut niveau (humiliations permanentes, menaces, privation, voire coups), la meilleure issue reste la séparation et la fuite. L’urgence est de trouver des personnes soutenantes, capables de protection (cela peut être les services sociaux, les associations féministes ou la police ). Il existe un numéro de téléphone pour les femmes victimes de violence conjugale : SOS Femme Violence Conjugale au 39 19 (gratuit). La police (17) peut également être appelée. Le 116 006, un numéro d’aide aux victimes, gratuit et ouvert 7 jours sur 7 de 9h à 19h, peut également être utile.

Suggestions pour relancer une communication intime dans le couple

Isabelle Filliozat formule quelques suggestions pour relancer une communication intime dans le couple :

  • Se poser la question : qu’est-ce qui me retient de prononcer les mots qui disent mon amour à mon conjoint/ ma conjointe ? Qu’est-ce qui relève de mon histoire personnelle ? Qu’est-ce qui me fait peur/ me gêne ?

Lire aussi : Quand les émotions refoulées dans l’enfance sont à l’origine des dysfonctionnements dans le couple

 

  • Prendre le temps de se remémorer ce qui est aimé chez la/le partenaire :
    • qu’est-ce que j’apprécie particulièrement chez mon/ma conjoint.e ?
    • quelles sont ses dix principales qualités ?
    • qu’est-ce que j’admire chez elle/ lui ?
    • quels compliments pourrai-je lui faire en fonction de ces éléments ?

 

  • Quand on se sent prêt, oser un vrai “je t’aime”, les yeux dans les yeux, en respirant dans le bassin, en laissant l’émotion d’amour brûler dans la poitrine puis vibrer partout dans le corps, de la tête aux pieds.

 

  • S’efforcer de faire au minimum un compliment par jour au conjoint/ à la conjointe en remarquant quand il/ elle rend service, fait un geste qui contribue à rendre la vie des autres plus belle, quand il/ elle fait preuve d’une des qualités que nous apprécions.

 

  • S’imprégner de l’émotion d’amour en se remémorant des moment où le/la partenaire a évoqué en public l’amour qu’il éprouvait et des sensations/ émotions personnelles ressenties à ce moment-là.

 

  • Multiplier les contacts physiques (consentis) : main dans la main, massage, tête sur l’épaule, mettre la main sur le coeur de l’autre…

 

  • Trouver trois manières de dire “je t’aime” sans prononcer les mots “je t’aime” et y avoir recours dans la semaine à venir pour témoigner de l’amour ressenti, en privé et en public.

 

Il est fortement probable que l’un ou l’autre des partenaires ressente une certaine résistance à faire cet exercice et c’est normal. Ce type d’approche requiert de l’engagement personnel, de la réciprocité et peut être sujette au découragement sur le long terme. Certaines personnes vont parfois la rejeter au prétexte que ce n’est pas naturel et même artificiel ou bien que cet exercice risque d’engloutir la personnalité de la personne qui s’y prête.

En effet, le processus tel qu’exposé dans cet article active l’angoisse de l’apprentissage d’une nouvelle façon d’être ensemble, mais aussi la confrontation à la souffrance et à la peur refoulées depuis des années et qui sont à l’origine des difficultés conjugales.

 

Plus de ressources au sujet du couple :

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Source : Que se passe -t-il en moi ? Mieux vivre ses émotions au quotidien de Isabelle Filliozat (éditions Poche Marabout)