La culture du viol : le seul élément commun au viol, c’est qu’il y a un violeur.
La culture du viol tend à renverser la culpabilité : en tant que société, on a tendance à croire que les crimes sexuels sont dus aux victimes, et non aux agresseurs. D’après l’enquête Virage 2015, environ 15 % des femmes de 20 à 69 ans déclarent au moins une forme d’agression sexuelle au cours de leur vie. Près d’un quart de ces femmes ont été victimes d’un viol, plus d’un sixième d’une tentative de viol et près d’un tiers d’attouchements du sexe (subis ou à faire). Le viol n’est pas un fait divers : c’est un fait social.

Ces violences sexistes et sexuelles s’inscrivent dans une société patriarcale : l’homme est le chef de famille et la femme est inférieure à l’homme donc elle doit se soumettre à lui (ainsi que ses enfants). Le mot patriarcat est un mot politique pour rendre compte du fait que l’oppression des femmes fait système. Dans ce système politique, les hommes tirent profit de l’oppression des femmes qui est considérée comme normale car elle serait fondée sur des causes biologiques (la femme étant plus faible que l’homme, elle vaut moins et a besoin d’un homme protecteur).
Le patriarcat se traduit par :
- des mentalités sexistes,
- des lois sexistes,
- des structures sociales sexistes,
- un système économique sexiste.
La domination masculine
La domination masculine s’appuie sur 4 piliers :
- appropriation des femmes (de leurs corps, de leur argent, de leur temps, de leur travail domestique)
- la diabolisation des corps féminins (règles et ménopause par exemple) et leur non prise au sérieux (douleurs des femmes minorées et mises sur le compte du stress ou de l’hystérie, violences gynécologiques, endométriose non traitée, effets secondaires des contraceptifs minimisés…)
- justification de la violence masculine par la culpabilité des femmes (elles mériteraient les reproches, voire les insultes et les coups, parce qu’elles n’ont pas bien fait à manger ou le ménage, parce qu’elles portent une mini jupe, parce qu’elles sont des manipulatrices guidées par l’argent…)
- exclusion des femmes des décisions (économie, politique, art…) en raison de leur infériorité supposée (physique, intellectuelle, et même morale, en lien avec l’héritage du pêcher originel d’Ève)
- division sexuelle du travail (les femmes sont considérées comme plus compétentes dans le travail du soin, la parentalité est considérée comme leur domaine ainsi que le ménage et la cuisine au sein du foyer) et et de l‘espace
Le sexisme est si ancré depuis des siècles qu’il est devenu invisible. La plupart des violences sexuelles ont lieu au domicile conjugal : le foyer et le couple sont deux espaces de danger pour les femmes. Par ailleurs, les enfants sont le premier groupe de population à subir des violences sexuelles. Les femmes et les enfants sont le plus en danger dans la famille.
La culture du viol
La culture du viol passe par :
- la naturalisation du viol masculin et sa fatalisation (“les hommes sont comme ça, ils ont des besoins irrépressibles, les femmes sont des tentatrices”, “la misère sexuelle des hommes est le mal de ce siècle”)
- la dédramatisation (on nie la volonté de l’homme qui ne se serait pas rendu compte que la victime n’était pas consentante et on diminue les souffrances des victimes et leur besoin de réparation)
- les excuses trouvées aux hommes coupables (cet homme est beau, riche, célèbre, intégré socialement, n’a jamais été violent, si bien qu’il n’avait pas besoin de violer et que, par conséquence, il est innocent; cette femme a agi par intérêt (argent, célébrité, vengeance, retrait des droits parentaux…))
- la culpabilisation des victimes (tout est vu comme une incitation : une tenue, le fait de sortir seule le soir, le fait d’accompagner un homme chez lui, le fait d’inviter un homme chez soi, le fait d’avoir eu beaucoup de partenaires sexuels avant, le fait de consentir à un acte sexuel précis, mais pas à d’autres, équivalant à “chauffer” un homme; le fait d’avoir bu de l’alcool ou d’avoir pris de la drogue; le fait d’avoir des troubles mentaux; le fait de ne pas crier, de ne pas frapper l’homme, de ne pas porter plainte, de porter plainte plusieurs années après…)
- la négation du consentement des femmes (les femmes aiment se faire désirer, leur “non” est à comprendre comme un “oui”, il suffit d’insister pour les faire céder)
- la désensibilisation face aux violences sexistes et sexuelles (la main aux fesses serait un hommage aux femmes belles; la drague lourde d’une femme considérée comme non attirante par un homme alcoolisé serait une chance pour elle; un homme est considéré comme audacieux quand il épie, suit, harcèle une femme; l’enfant qui “minaude” provoque l’adulte).
On parle de culture dans le sens où ce sont des idées qui imprègnent la société entière, hommes et femmes, tous métiers et formations confondus (policiers, médecins, juges, enseignants, avocats, personnel politique, journalistes…). Ces idées sont transmises de génération en génération dans un territoire donné (comme un pays) et évoluent dans le temps. Il y a une confusion entre séduction et harcèlement, entre rapports sexuels et viol. Nous sommes tous et toutes dépositaires de la culture du viol.
Entretenir la culture du viol signifie que, par des mots ou des actes, on entretient un climat où la victime est culpabilisée et le violeur excusé, pas qu’on viole soi-même. – Valérie Rey-Robert

L’inversion de la culpabilité
Dans la culture du viol, ce n’est pas au violeur de ne plus violer : c’est à la victime de tout faire pour ne pas l’être (tenue appropriée, heure de retour, stratégies d’auto défense…) Or le viol est un rapport de force sexué où l’un ne tient pas compte de la volonté de l’autre. Le viol et l’inceste ne sont pas des rapports sexuels. C’est donc bien le violeur dont il faut questionner les actes :
- Qu’a-t-il mis en place pour violer en toute impunité ?
- Par quoi, par qui se sait-il protégé ?
- Qu’est-ce qui le pousse à se sentir autorisé à agresser sexuellement ? Pourquoi un homme agresseur considère-t-il qu’il peut faire ce qu’il veut du corps des femmes ?
- S’est-il seulement assuré que sa partenaire était consentante ? Si oui, comment ?
- Comment envisager un consentement dans un rapport hiérarchique (avec le risque de conséquences graves pour sa carrière par exemple) ?
- Que se serait-il passé si la femme avait refusé (exemple : placardisation, blacklisting auprès d’autres employeurs, licenciement…) ?
65% des Français sous-estiment le nombre de viols en France. En réalité, il y a un faible taux de judiciarisation des viols (moins de 10% des victimes portent plainte) et un taux de condamnation encore plus faible. En se concentrant sur les rares cas de fausses accusations (entre 2% et 8%), on ne parle pas des dizaines de milliers de cas où les dénonciations sont découragées, conduisant à des absences de dénonciations. En effet, les femmes se demandent si elles seront crues; si elles seront moquées, ridiculisées; si leur réputation sera salie; si elles risquent d’être elles-mêmes poursuivies en justice pour dénonciation calomnieuse.
Le seul élément commun au viol, c’est qu’il y a un violeur. Le refus féminin compte, même en l’absence de conséquences judiciaires.
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Source : Une culture du viol à la française : Du “troussage de domestique” à la “liberté d’importuner” de Valérie Rey-Robert (éditions Libertalia). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur les sites de ecommerce.
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