On est socialement dans un déni de la réalité des violences faites aux enfants et de leurs conséquences

déni de la réalité des violences faites aux enfants

Muriel Salmona est psychiatre spécialisée en psychotraumatologie et victimologie, présidente de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie. Dans sa conférence Les psychotraumatismes : leur impact sur la santé et la scolarité (Afpssu 2016), elle décrit les conséquences des violences faites aux enfants et plaide pour une meilleure connaissances des mécanismes de la mémoire traumatique pour une meilleure prise en charge et une prévention des violences (en brisant le cercle vicieux de la reproduction des violences).

La mémoire traumatique est comme une blessure faite au cerveau. Muriel Salmona regrette qu’on soit socialement dans un déni de la réalité des violences faites aux enfants et de leurs conséquences (encore que cela bouge ces derniers temps avec la loi passée cet été sur l’interdiction des châtiments corporels).

Muriel Salmona cite quelques chiffres pour la France :

  • 22,4% des adultes ont subi des violences physiques dans l’enfance.
  • 36,3% des adultes ont subi des violences psychologiques.
  • 18% des filles et 7,6% des garçons ont subi des violences sexuelles. Cela représente 125 000 filles mineures violées par an. Les principales victimes des violences sexuelles sont les mineurs : 81% des violences sexuelles ont commencé avant 18 ans et 51% avant 11 ans (21% avant 6 ans).
  • 70% des personnes qui ont subi des violences vont en subir à nouveau.

Le facteur le plus déterminant pour subir des violences est d’en avoir subi dans l’enfance. De même, le facteur le plus déterminant pour commettre des violences est d’en avoir subi dans l’enfance.

Le cumul de plusieurs sortes de violence sans prise en charge et soin est le déterminant principal de la santé mentale et physique 50 ans après. C’est également 20 ans d’espérance de vie en moins.  Une prise en charge appropriée des conséquences des violences subies dans l’enfance permet d’éviter la majeure partie de ces problèmes de santé.

Un enfant ne peut pas dénoncer lui-même les violences dont il est victime car il subit souvent des menaces, est sous emprise, n’a pas les mots pour dire ce qu’il subit et, quoi qu’il en soit, est dépendant de ses parents.

Par ailleurs, les violences contre les enfants sont largement tolérées d’un point de vue social et culturel (les fessées, les claques, les insultes, les moqueries, les humiliations, le tirage de cheveux ou d’oreille, l’isolement forcé ou encore les menaces sont des violences qui passent pour de l’éducation). Il y a donc un entretien du cercle vicieux de la violence.

De plus, les comportements “normaux” de réaction aux violences (en lien avec la mémoire traumatique) sont stigmatisés et dénoncés chez les enfants et adolescents plutôt que d’en chercher les causes (ex : la consommation excessive d’alcool ou de drogues, les conduites à risque). Les adultes ont tendance à demander des comptes sur des symptômes que les enfants ou adolescents victimes ne contrôlent pas puisque ce sont des stratégies de survie. Ces symptômes sont même parfois traités comme des maladies mentales en soi (ex : hallucinations) alors que c’est le mécanisme de la mémoire traumatique qui est en jeu.

Chez les enfants, le cerveau est encore immature et la réaction de stress face aux violences atteint rapidement un niveau trop élevé que l’organisme ne peut pas supporter (risque de crise cardiaque à cause des hormones de stress).

Pour échapper au stress extrême, l’organisme fait “disjoncter” le système émotionnel : c’est la dissociation traumatique. La personne est déconnectée de son stress mais aussi de ses autres émotions et de la douleur physique. La personne paraît dès lors extérieure à l’événement. Un enfant anesthésié émotionnellement le reste tant qu’il est en contact avec les personnes qui sont violentes avec lui. De plus, la mémoire émotionnelle de l’événement traumatisant reste hors temps et fait revivre à la victime l’événement à l’identique au moindre rappel en lien avec la traumatisme (comme une machine à remonter le temps). C’est ce qu’explique Muriel Salmona dans cette vidéo :

La conférence dans son intégralité à ce lien.

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Pour aller plus loin : Châtiments corporels et violences éducatives-Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses de Muriel Salmona (éditions Dunod)