Désaccords parentaux : 3 essentiels pour se comprendre et se soutenir en tant que couple parental

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Une famille pourra fonctionner plus harmonieusement quand les parents savent utiliser les situations conflictuelles comme un terreau fertile pour en apprendre quelque chose en matière de relations humaines.

1.Se mettre d’accord sur les valeurs

Dans son livre Comprendre et accompagner les enfants difficiles, Isabelle Roskam rappelle que devenir parent revient à développer une nouvelle identité. Cette identité est façonnée par ce nous avons appris grâce à notre éducation, à notre socioculture (y compris la religion) et aux modèles qui nous entourent, dans la vraie vie et dans les médias. Nous en concevons une manière dont il convient de se comporter en tant que parent et un rôle social qui en découle. Chacun de nous se fait sa propre image de ce que signifie « être un bon parent ».

Il est donc important, en tant que parents ou futurs parents, d’aborder avec le ou la partenaire cette notion de valeurs et de rôles afin de s’entendre globalement sur ce qu’implique être « bon » parent. Le mot “globalement” signifie que chaque parent va s’ouvrir à la position de l’autre, afin de comprendre les motivations qui fondent sa vision de la parentalité. En effet, toutes nos décisions éducatives sont alignées avec nos aspirations, et chaque parent a une “bonne” raison d’agir comme il le fait car il le fait en fonction de la manière dont il envisage l’avenir de son enfant. Un parent que nous estimons laxiste ou au contraire trop strict a des objectifs à long terme qui nous paraissent cachés, mais qui ont du sens pour lui. Ainsi, un parent qu’on traiterait de “laxiste” veut peut-être permettre à son enfant d’expérimenter plus de liberté que lui-même car le parent a souffert d’une éducation trop contrôlante. Un autre parent qu’on trouverait trop strict estime que les infractions à une règle doivent être punies car le respect des règles est ce qui permet une intégration réussie dans la société.

Chacun a dans la tête une série de repères construits à partir de l’image de ses propres parents, de ce qu’il connaît de l’éducation des enfants, de ce qu’il a vu ou entendu dire dans les médias… Et chacun va tenter de se cramponner à ses repères pour essayer, sinon d’« être le meilleur parent », au moins d’avoir une bonne image de soi en tant que parent. L’image que j’ai de moi en tant que parent va déterminer à quel point je suis confiant(e) dans ma capacité à éduquer mon enfant, à lui transmettre de bonnes valeurs, à l’influencer positivement. – Isabelle Roskam

Cette manière d’aborder les aspirations et les buts concernant l’éducation est d’autant plus crucial quand un enfant présente des comportements difficiles d’agitation, d’agressivité, d’opposition ou de provocation

2.Former une équipe parentale de coopération 

Isabelle Roskam invite à prendre soin du couple parental, dans le sens où la manière dont les parents parviennent à coopérer en matière d’éducation pratico-pratique (répartition des tâches, devoirs scolaires…) participe à une meilleure ambiance familiale. Ceci est valable pour les parents vivant ensemble, mais aussi pour ceux vivant séparés, car le couple parental n’est pas toujours synonyme de couple conjugal.

Lire aussi : Rester parents après la séparation avec la parentalité positive

La coopération entre parents est évidemment beaucoup plus facile à mettre en œuvre quand on partage les mêmes valeurs, c’est-à-dire quand on est d’accord sur les limites à faire respecter, comme l’heure du coucher ou combien de temps l’enfant doit rester à table, et sur les objectifs à atteindre, comme promouvoir l’autonomie et la débrouillardise. Car ces valeurs entraînent des pratiques éducatives qui les servent. Ne pas être d’accord sur les valeurs, c’est courir le risque que chaque parent adopte des pratiques éducatives incohérentes avec celles de l’autre. Si l’un des parents souhaite par exemple que l’enfant devienne autonome et débrouillard, il aura envie de l’inscrire dans un mouvement de jeunesse, mais si l’autre a comme objectif que l’enfant soit en sécurité avant tout, il aura envie de privilégier des activités en famille et de refuser catégoriquement toute activité impliquant une forme de prise de risque (dormir sous tente, randonner le long des routes, vivre plusieurs jours dans des conditions d’hygiène moyennes, etc.). – Isabelle Roskam

Des divergences sur la manière d’aborder le coucher peut s’expliquer par des aspirations différentes entre les deux parents : l’un peut estimer primordial que les enfants bénéficient de dix heures de sommeil et sera rigide sur le respect de l’heure du coucher; l’autre peut estimer plus important de passer du temps de qualité avec les enfants en rentrant du travail et sera plus souple sur l’heure du coucher. Il y a donc de l’implicite et de l’explicite à aborder de manière renouvelée car les enfants grandissent et leurs besoins ainsi que leurs compétences changent. Cela nécessite également que les parents sachent reconnaître leurs points faibles et les moments de la journée qui génèrent chez eux plus de tension que chez l’autre parent. Isabelle Roskam écrit que ce n’est pas un détail de pouvoir se partager les moments les plus délicats de la journée en fonction de l’état de fatigue et de stress de chacun. Il arrive aussi qu’un parent s’en sorte globalement mieux pour le bain, parce qu’il ne se laisse pas exaspérer par la vue d’une salle de bain inondée, alors que l’autre gère mieux la mise au lit, parce qu’il parvient à imposer un cadre ritualisé et sécurisant.

Pour aller plus loin : Quand les parents se disputent sur les questions d’éducation : se mettre d’accord sur les buts et les aspirations

3.Construire une confiance forte dans les compétences parentales

L’opposition des enfants met les parents face à leur incompétence et peut les mettre sous stress. Le stress se nourrit en effet du manque de contrôle sur la situation, de l’imprévisibilité des comportements de l’enfant, de l’égo menacé du parent (dans le sens où les compétences et la personnalité du parent semblent remises en cause). Quand un parent se retrouve face à des difficultés de comportements de son enfant, il risque de se sentir « nul » et la parentalité peut devenir un fardeau, voire un calvaire. Cette souffrance parentale est accentuée par l’écart entre les faits (la “vraie” vie du quotidien) et les attentes, souvent élevées du fait de mythes autour de la parentalité. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, on a tendance à voir des familles épanouies, des photos de familles heureuses, des annonces de grossesse ou des fêtes d’anniversaires avec de belles mises en scène, si bien qu’être parent devient synonyme de grand bonheur. Dès lors, c’est douloureux d’admettre que la parentalité telle qu’on la vit au quotidien est éprouvante et génère des pensées et des sentiments désagréables, y compris l’envie de partir très loin des enfants. Perdre cette impression de compétence, c’est prendre le risque de démissionner de la relation avec les enfants, par épuisement ou par impuissance apprise.

Quand on se sent nul dans un domaine, on n’a pas trop envie de s’y confronter et on préfère investir d’autres activités dans lesquelles on se sent plus à la hauteur. C’est ainsi que certains parents vont se mettre à rentrer plus tard, préférant de loin rester des heures dans un boulot où ils sont reconnus pour leurs qualités, que d’être confrontés à leur incapacité à accomplir leur mission de parent. – Isabelle Roskam

Les deux premiers points participent la construction de la confiance dans les compétences parentales (le premier point étant les discussions régulières autour des valeurs et les négocations sur la traduction de ces valeurs en matière de décisions éducatives, et le deuxième point étant le raisonnement en termes d’équipe parentale). Soigner son image de parent peut également passer par le fait de tenir un journal de bord dans lequel on notera au moins un moment de la journée où on a le sentiment d’avoir vécu quelque chose de positif avec l’enfant, sans noter ce qui s’est mal passé. Même si les situations positives sont minimes, comme un câlin en retrouvant l’enfant après l’école, le consigne par écrit jour après jour permet d’éviter de focaliser exclusivement son attention sur ce qui se passe mal.

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Source : Mon enfant est insupportable : comprendre et accompagner les enfants difficiles de Isabelle Roskam (éditions Mardaga). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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