10 principes d’éducation bienveillante utiles pour traverser la période des 2 ans

éducation bienveillante enfants 2 ans

1.Pratiquer l’écoute active

Les enfants ne voudront pas toujours coopérer. L’écoute empathique qui consiste à reformuler ce que l’enfant pense et vit à l’intérieur est utile pour l’apaiser et comprendre ce qui bloque. Le simple fait de nommer les émotions de l’enfant participe à l’apaiser et à créer une connexion favorable à la coopération. Une dose d’humour et d’imaginaire peut également aider les enfants à faire ce qu’on leur demande.

L’écoute active, c’est finalement simplement dire “oui” au “non” des enfants : “Oui, je t’ai entendu. C’est vrai que c’est difficile/ c’est vrai que tu préfèrerais…”.

Par exemple :

Tu préférerais continuer à faire du vélo. C’est vrai que c’est difficile d’arrêter quelque chose qu’on aime bien faire. 

Tu n’as pas envie de ranger ces cubes parce que tu as construit une grande tour. Je suis sûre qu’on peut voir de loin du haut de cette tour. Nous allons garder la tour et ranger les cubes autour dans le coffre à jouets. 

2.Raisonner en termes de besoins (fonction positive des comportements)

Les caprices n’existent pas, les besoins oui en revanche ! Tous les comportements des enfants ont une fonction positive : charge à nous de la découvrir (bien que ce ne soit pas toujours aisé).

Un comportement qu’on va étiqueter de “négatif” (bêtise pour se faire remarquer, demande constante d’attention, non coopération…) a donc une fonction positive. Un comportement inappropriée à nos yeux d’adultes peut être la manifestation d’un besoin fondamental aux yeux de l’enfant comme être aimé inconditionnellement, se sentir en sécurité, ou alors une demande de reconnaissance, ou encore éprouver de la joie, ou simplement un besoin de mouvement.

Quand il s’agit de nourrir leurs besoins d’amour et d’attention, les enfants peuvent adopter des stratégies inadaptées mais, dans tous les cas, ils cherchent inconsciemment à obtenir quelque chose qu’ils pensent ne pas pouvoir obtenir autrement.

Notre rôle de parents est alors de “mettre le décodeur” pour comprendre les stratégies adoptées par les enfants pour ce qu’elles sont : des manières inadaptées de satisfaire des besoins fondamentaux (qui sont souvent affectifs, relationnels mais qui peuvent aussi être physiologiques : faim, soif, mouvements…). Il est donc primordial de ne pas se laisser aveugler par les aspects négatifs du comportement qui est simplement la partie visible de l’iceberg. La clé réside dans les motivations (les besoins), c’est-à-dire la partie cachée de l’iceberg.

Pour trouver ces motivations, il est possible de se poser des questions qui font appel à notre raisonnement en termes de besoins :

  • Quand mon enfant agit de cette manière, qu’est-ce que cela donne de bon pour lui ?
  • Qu’est-ce qu’il cherche à obtenir ?
  • Quelle est la fonction positive de son comportement ?

En répondant à ces questions, on se rendra compte à quel point l’écart entre le comportement extérieur et la motivation profonde peut être surprenant.

3.Établir des règles/consignes en langage positif

Une instruction efficace explique ce qui est attendu de l’enfant en donnant des détails sur les actions attendues et leur enchaînement. Les consignes données à la volée, entre deux portes ou du bas de l’escalier, par dessus l’épaule sont condamnées à être inefficaces.

L’acronyme PARCA permet de garder en tête des principes de communication qui facilitent la compréhension des consignes par les enfants. PARCA sont les initiales de :

  • Précision (Le fait de préciser ce qui est attendu permet à l’enfant de passer à l’action. Ainsi, “range ta chambre” peut devenir : “Prends les jouets au sol et mets les dans le coffre à jouets puis range les livres sur l’étagère.”)
  • Abréviation (Les consignes trop longues ou trop nombreuses augmente le risque qu’elles ne soient ni comprises ni exécutées. Mieux vaut donner une ou deux consignes à la fois puis demander à l’enfant de revenir nous voir une fois qu’elles auront été accomplies afin de donner les éventuelles consignes suivantes.)
  • Répétition (Faites répéter les consignes par l’enfant permet de s’assurer qu’il a non seulement entendu mais surtout compris nos attentes : “peux-tu me répéter ce que tu as entendu ? par quoi vas-tu commencer ? comment vas-tu t’y prendre ?”. Ainsi, plutôt que dire « tu fais ça, d’accord ? », il est plus efficace de demander « tu peux me dire ce que tu vas faire ? »)
  • Contact (Établir un contact visuel et même physique avec l’enfant (main sur l’épaule, mains dans les mains, enfant sur les genoux de l’adulte…) est important. Un enfant qui joue ou qui regarde un écran a peu de chance d’entendre (et encore moins de comprendre) une consigne.)
  • Affirmation (La parentalité positive nous invite à donner des consignes positives dans un langage affirmatif. Les formulations positives permettent de transformer les interdits en consignes, en règles.)

Par exemple :

C’est l’heure de ranger le vélo et de monter en voiture. Allons mettre le vélo dans l’abri et assurons-nous de fermer la porte. 

C’est l’heure de ranger. Commençons par les cubes : ils vont dans le coffre à jouets, comme ça. Ensuite, les doudous dans la caisse des doudous. Maintenant, les vêtements dans la balle de linge sale. C’est ça. 

Un bras passe par cette manche. Et maintenant, l’autre bras dans l’autre manche. Maintenant, remontons cette coquine de fermeture éclair. 

4.Jouer (parentalité ludique)

La parentalité ludique invite les parents à créer du lien et remplir le réservoir d’amour à travers le jeu plutôt qu’à élever des murs entre parents et enfants.

Pour contourner une opposition, le jeu peut réellement être d’une grande aide : donner la parole aux objets, incarner des personnages, prendre une drôle de voix ou mimer des animaux, faire des grimaces, exagérer des émotions, inverses les rôles… le tout est de s’amuser (sans jamais tomber dans la moquerie).

En voici quelques exemples :

  • Instaurer un jeu : “On va dire qu’on est des chevaux qui galopent vers la voiture.”/ “On va faire le brossage de dents du lion : wahou, mais il y a des plumes entre tes dents : tu as mangé une autruche ou quoi ? Et là, on dirait un reste d’antilope : elle courait vite ?.
  • Mettre de la musique : “Il est temps de chanter notre chanson de rangement.”/ “On va mettre la chanson des Ronchonchon pour se détendre”
  • Passer un message avec une voix différente (voix de robot, de Donald Duck…) ou dans la peau d’un personnage (ex : la tour de contrôle rappelle l’avion qui traîne par terre + imaginer un scénario qui oblige l’avion à se poser pile dans sa caisse de rangement; une hôtesse de l’air qui dit avec ses gestes : « La sortie (du bain, de la maison…), c’est par ici ! »)

Plus de ressources ludiques dans cet article : 10 idées de jeux pour une parentalité ludique (les bienfaits d’une approche ludique dans l’éducation)

5.Utiliser un tableau des routines (ou donner des repères temporels et spatiaux clairs)

Une vision d’ensemble permet à l’enfant de se positionner dans le temps et dans l’espace. Les fonctions neurologiques des jeunes enfants (qui permettent de mettre les choses en perspective et de planifier) ne sont pas encore bien développées : ils ont besoin de l’aide d’adultes pour comprendre ce qui se passe autour d’eux, pour donner du sens au monde extérieur et y prendre une place en comprenant ce qui est attendu d’eux.

Donner une vision d’ensemble prépare le terrain et facilite les transitions en les anticipant.

Les enfants, jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans, ont besoin qu’on leur dise précisément comment procéder. Il est essentiel de dire quelle est la direction prise puis de donner des instructions aussi claires que possible, dans le bon ordre. Pour autant, inutile de bombarder l’enfant de trop d’informations : mieux vaut donner les consignes les unes après les autres, au moment voulu (plutôt qu’annoncer une suite de consignes que l’enfant oubliera dans le feu de l’action).

Par exemple :

Direction (vision d’ensemble) : Nous allons partir bientôt parce que nous devons aller chercher ton frère au basket. 

Instructions (vision détaillée) : Viens m’aider à mettre ton goûter dans le sac à dos. Ensuite, nous mettrons les chaussures dans l’entrée et le manteau. 

Cela peut également passer par la mise en place d’un tableau des routines ou des pictogrammes affichés de manière visible pour indiquer ce qui est à faire dans l’ordre. Un simple rappel de la routine imagée aidera l’enfant à faire ce qu’il a à faire.

Un exemple dans ce coffret :

6.Solliciter l’intelligence

Solliciter l’intelligence des enfants peut passer par des questions pour aider les enfants à réfléchir et construire leur auto-discipline.

Quelle est la météo aujourd’hui ?

Il pleut.

Ah oui, tu as raison ! Quelles chaussures pourrais-tu mettre pour ne pas te mouiller les pieds ?

Attention cependant à ne pas noyer les jeunes enfants sous des choix, des demandes et des suggestions qu’ils ne sont pas capables de gérer. Les jeunes enfants (moins de 5 ans) ont avant tout besoin d’instructions claires et bienveillantes.

7.Miser sur la communication non verbale (et montrer l’exemple)

Les jeunes enfants apprennent en observant nos actions, nos mouvements et en les copiant. Nous pouvons choisir d’être de bons modèles à copier : apprivoiser nos émotions fortes, verbaliser ce que nous faisons (“alors là, je vais faire ci et après ça”), traiter les autres avec douceur… Commençons par semer nous-mêmes ce que nous voulons récolter :).

Par ailleurs, mieux vaut associer mots et gestes afin de donner des indications complémentaires sur ce qu’on attend d’eux. Ainsi, il est possible d’ouvrir le coffre à jouer en annonçant que c’est le moment de ranger.

De plus, nous avons souvent tendance à trop parler. Quand nous nous surprenons à trop parler, nous pouvons faire une “pause-pose-questions” : pourquoi suis-je en train de parler ? qu’est-ce que je veux vraiment communiquer ? comment le dire avec moins de mots mais porteurs de plus de sens ?

Nous gagnerons également à être bien “‘ancrés” dans la terre avant de passer une consigne importante, bien solides sur nos jambes et pleinement conscients dans l’instant présent. L’ancrage physique peut avoir un impact sur notre état mental et donc sur la conversation.

8.Confier des petites responsabilités pour nourrir le besoin d’utilité et d’appartenance

Les besoins d’utilité et d’appartenance sont des besoins humains essentiels. Nous pouvons nourrir ces besoins chez les jeunes enfants en leur confiance quelques tâches à leur hauteur (chose plus facile quand l’environnement est aménagé en conséquence, avec des tiroirs à hauteur des enfants ou des marche pieds pour leur permettre de participer à la vie de famille).

C’est d’ailleurs un des principes de l’éducation telle que conçue par Maria Montessori. Cette dernière insistait beaucoup sur la notion d’obstacles dans l’environnement familial. Pour elle, la première mesure à prendre en termes d’éducation est de modifier un environnement familial ou un style de vie qui fatigue, surexcite, déresponsabilise, abandonne ou protège trop l’enfant. Le rôle des éducateurs (parents et enseignants) est de retirer les obstacles du chemin de l’enfant pour le laisser ensuite continuer seul.

Pour aller plus loin : 10 manières de préparer l’environnement familial pour des enfants épanouis

9.Manifester de l’amour

L’amour est le carburant des enfants (et ne doit jamais être une récompense dans le sens où l’enfant serait privé d’amour s’il n’obéit pas). Un enfant dont le réservoir affectif est vide aura tendance à être plus irritable, moins coopératif et cherchera à le remplir de manière plus ou moins appropriée.

Il est donc utile non seulement de veiller à remplir le réservoir affectif des enfants en amont mais aussi d’apporter de l’amour quand l’enfant est en crise. Les câlins n’ont jamais fait des enfants gâtés parce que les enfants ont un besoin VITAL d’amour, de protection, de proximité et de présence.

Une présence affectueuse et empathique participe à la maturation des circuits neuronaux des enfants et permet à l’enfant de mieux connaître et exprimer ses émotions petit à petit. Par ailleurs, proposer un câlin à un enfant en souffrance (qui s’est fait mal, qui est en colère, qui est fatigué, qui est sous stress…) lui transmet qu’être attentif aux souffrances des autres, même quand elles sont bénignes, fait partie de notre humanité.

De plus, faire preuve de gratitude envers les enfants quand ils coopèrent et contribuent à la vie de famille enclenche un cercle vertueux.  Dire à l’enfant quelques mots positifs dans ces cas-là, même dans des petits gestes, c’est lui donner envie de reproduire cette situation positive et valorisante pour lui.

Le principe du renforcement positif est simple :

  • remarquer
  • encourager
  • valoriser

Or pour remarquer, encore faut-il être attentif. L’art de surprendre notre enfant à bien faire requière donc une grande attention pour être mobilisé sur ce que l’enfant fait correctement.

10.Lâcher prise

Parfois, nous nous arc-boutons sur des principes rigides pour tout un tas de raisons (histoire personnelle, peur du jugement des autres parents, injonctions sociales, habitudes, inquiétude sur la santé…). Pourtant, si nous regardons autour de nous, nous nous apercevrons que d’autres familles, d’autres cultures fonctionnent différemment. Nous pouvons donc passer nos attentes et traditions familiales au “tamis du sens” afin d’envisager de lâcher prise sur ce qui engendre trop de tensions, de fatigue ou de stress familial.

Ce lâcher prise peut être un travail (plus ou moins) long sur soi et son histoire : en quoi cette habitude me procure-t-elle de la joie ? si elle ne me procure pas de joie, pourquoi est-ce que je continue à y tenir ? est-ce par simple habitude, par peur du rejet social, par fidélité à mes parents… ?

La Communication Non Violente peut nous aider à questionner nos attentes et habitudes en les passant à la moulinette de nos émotions et de nos besoins. Un exemple dans cet article : Comment décoder nos croyances et nos peurs qui parasitent nos relations à nos enfants ? (avec Thomas d’Ansembourg).

 

Il est également utile de garder en tête que ce sont toujours les adultes qui portent la responsabilité de la qualité de la relation avec les enfants (les enfants ne faisant que réagir à ce qu’on leur propose). L’aménagement de l’environnement est également fondamental. De nombreux jeunes enfants dits “capricieux”,”insolents” ou “désobéissants” sont simplement désorientés. L’excès de pression et de contrôle de l’extérieur et le manque de temps libre conduisent à de nombreux comportements déplaisants. Les comportements de saturation des enfants peuvent diminuer en amenant plus de simplicité dans les relations éducatives à partir de quatre piliers :

  1. Équilibrer et simplifier la quantité d’affaires que les enfants et adolescents possèdent (livres, jouets, vêtements…)
  2. Renforcer les rythmes et la régularité dans la vie de famille
  3. Équilibrer et simplifier le nombre d’activités planifiées
  4. Filtrer les conversations des adultes

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Des livres ressources pour aller plus loin :