Refléter les émotions d’un enfant, est-ce le rendre dépendant du regard de l’adulte ?

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Il est une question qui peut revenir quand on parle d’écoute empathique auprès des enfants : n’est-ce pas les rendre dépendants du regard des adultes ? Pourtant, recevoir de l’empathie est un besoin humain fondamental à tout âge.

Ecoute empathique : de quoi parle-t-on ? 

Quand un enfant se sent écouté et compris, son coeur s’ouvre. Quand un adulte écoute les émotions d’un enfant, une relation de confiance se crée et l’enfant s’apaise. Par ailleurs, un enfant dont les émotions sont accueillies développe une bonne estime de lui-même parce qu’il sent qu’il a le droit d’être qui il est, de ressentir ce qu’il ressent et de se fier à son intuition.

Il arrive fréquemment qu’un enfant exprime une émotion désagréable que nous estimons pour notre part insignifiante, inappropriée ou disproportionnée.

Cela peut par exemple arriver quand un enfant oublie son bâton au parc et qu’il se met à pleurer de tristesse en voulant y retourner à tout prix. Nous autres adultes avons souvent tendance à dire que ce n’est rien, qu’il trouvera un autre bâton sur le chemin, que cela ne sert à rien de se mettre dans cet état pour un simple bâton, qu’il n’avait qu’à faire attention à ses affaires… L’écoute empathique consiste plutôt à accueillir les émotions qui le traversent en les lui reflétant et en manifestant de la compréhension pour son monde intérieur. Quand un adulte se relie à ce que l’enfant vit, ce dernier voit son besoin d’empathie nourri et peut s’apaiser. Les émotions et comportements des enfants sont alors abordés avec curiosité car ils racontent quelque chose et sont comme des fenêtres sur le monde intérieur de l’enfant.

Très souvent, quand un enfant se sent entendu et compris dans ce genre de situation, il va décharger son émotion en pleurant et en la vivant jusqu’au bout (comme un mini deuil). Une fois l’émotion vécue et déchargée grâce à l’écoute empathique, il va pouvoir passer à autre chose.

L’écoute empathique est une façon significative de se relier au ressenti de l’enfant en lui laissant du temps et de l’espace pour s’exprimer, pour se sentir compris. L’enfant en souffrance ne voit pas ses émotions minimisées ou considérées comme inappropriées mais pourra ouvrir son coeur sans se sentir poussé à se sentir mieux tout de suite. Souvent, un enfant qui se plaint, raconte ses problèmes ou confie ses émotions à ses parents ne demande ni solution ni conseil mais a simplement besoin de compréhension et d’empathie, c’est-à-dire d’une oreille “amie” ou d’une épaule sur laquelle pleurer. Le rôle des parents n’est donc pas de résoudre les problèmes des enfants mais plutôt de leur offrir un soutien, un soulagement, de l’empathie.

Développement de l’enfant et théorie de l’attachement

L’attachement est un besoin humain vital. Du fait de notre nature, nous sommes biologiquement programmés pour nous attacher aux autres dès la naissance. Un bébé humain ne peut pas survivre sans un adulte s’occupant de ses besoins physiologiques (nourriture, sécurité…) et affectifs (être regardé, être pris dans les bras, être bercé, être rassuré).

Selon la qualité des relations vécues avec nos figures d’attachement (parents en priorité mais aussi tout autre adulte qui s’est occupé de nous : grands-parents, nounous, enseignants, voisins, éducateurs sportifs, famille élargie, amis des parents…), les humains développent pendant l’enfance une certaine façon d’être au monde, d’être avec les autres et d’être avec soi-même sur le plan émotionnel.  Ces façons de fonctionner sont appelées “styles d’attachement“. Quand un humain grandit dans un environnement familial sécurisant, chaleureux où les émotions sont nommées et accompagnées et où la personnalité est reconnue, celui-ci peut développer un attachement sécure (sécurisé et sécurisant).

L’attachement sécure caractérise les personnes ayant eu un environnement général (familial, scolaire, amical, culturel, social…) suffisamment sécurisant dans l’enfance pour favoriser une manière d’être au monde relativement stable et adaptée au niveau émotionnel, cognitif et comportemental.

Bénéficier d’un attachement dit sécure n’est pas l’antidote aux épreuves de la vie, qui n’épargnent personne, mais c’est un facteur de protection contre le développement de difficultés psychiques. – Gwénaëlle Persiaux (Guérir des blessures d’attachement, éditions Eyrolles)

Quand les figures d’attachement sont présentes, sensibles et attentives aux besoins de l’enfant, ce dernier développe au fil des années des représentations de lui-même, de l’autre et du monde positives, stables et réalistes. Cela signifie que l’enfant développe un bon niveau d’estime de soi et une représentation positive de ses compétences et de ses limites, un sentiment de confiance en l’autre (qui peut le comprendre, le soutenir et l’aider) et une envie d’explorer le monde, riche d’opportunités et source d’apprentissage.

Les figures d’attachement, à commencer par les parents, n’ont pas à être parfaites et elles feront des erreurs mais elles peuvent les examiner et les réparer pour apporter un climat global de sécurité tant physique qu’affectif.

Lire aussi : Théorie de l’attachement : 4 caractéristiques majeures d’une figure d’attachement sécurisante

Les avantages de l’écoute empathique sur le développement des enfants

Attachement et autonomie vont ensemble

Un enfant a autant besoin d’attachement que d’opportunités pour développer sa personnalité et son autonomie. Les humains ont besoin d’aller découvrir le monde de manière progressive, d’abord à quelque mètres de maman puis à quelques centaines de kilomètres à l’adolescence. Pour que le processus d’individuation se réalise de manière sereine, il est nécessaire que l’enfant sache qu’il peut revenir à sa base de sécurité en cas de problème (auprès de ses figures d’attachement). On se détache mieux quand est bien attaché initialement ! 

L’enfant s’éloigne donc de son parent parce qu’il a une relation de sécurité avec lui. Cela peut sembler paradoxal, au premier abord, mais cette articulation attachement/ autonomie rejoint les postures éducatives de bon sens qui promeuvent tout autant la réponse aux besoins affectifs des enfants que l’encouragement à l’autonomie dans la bonne distance. – Gwénaëlle Persiaux

L’exploration n’est pas ici à réduire à l’exploration physique des lieux et du monde extérieure mais elle concerne aussi l’exploration du monde interne. Le système d’exploration inclut les processus d’analyse et de compréhension de ce que l’enfant ressent et pense. Un enfant avec un attachement sécure sera capable d’explorer ses sensations, ses émotions, ses pensées, d’abord avec l’aide médiatrice d’une figure d’attachement puis seul en grandissant. On comprend alors que l’écoute empathique ne rend pas l’enfant dépendant du regard des adultes, mais au contraire participe à le rendre compétent émotionnellement et en bonne santé mentale. La capacité d’empathie des adultes est un élément clé de la construction de la sensibilité des enfants et de leur estime de soi.

Plus l’enfant est jeune, plus il a besoin de son parent pour élaborer ses pensées, pour l’accompagner dans ses cheminements. En grandissant, il intériorise ces capacités de mensualisation et devient de plus en plus autonome psychiquement, capable d’analyse et d’opinions propres. Ainsi le parent sécurisant est une base sécure sur laquelle l’enfant puis l’adolescent, voire le jeune adulte, s’appuie pour explorer le monde intérieur et extérieur. – Gwénaëlle Persiaux

Quand offrir de l’écoute empathique ? 

Offrir de l’écoute empathique aux enfants comporte de nombreux avantages sur le développement des enfants :

  • quand un parent est au clair avec ses émotions et tranquille dans leur expression, l’enfant apprend à mettre des mots et à exprimer les émotions qui le traversent, par modélisation et exposition à cette manière de faire;
  • l’enfant construit une bonne estime personnelle car il se sent entendu, accepté avec toutes les émotions qu’il exprime, sans que celles-ci ne remettent en question sa valeur intrinsèque ;
  • l’enfant apprend qu’il n’est pas livré à lui-même et développe une représentation du monde ajustée (confiance en lui-même, en les autres et dans la vie);
  • l’enfant comprend qu’il peut trouver des solutions aux problèmes, soit par lui-même, soit en demandant de l’aide, parce qu’il se sent compétent, créatif et souple.

Cette écoute empathique peut être offerte en cas de détresse mais aussi pour souligner les moments de joie. La joie est une émotion primaire et saine. Les enfants ont besoin de temps et d’espace pour la laisser s’épanouir et s’exprimer. Quand on s’engage dans un processus d’accompagnement des émotions, on a souvent tendance à se focaliser sur les émotions désagréables (colère, peur, tristesse) pour que les enfants apprennent à vivre avec et se servent de l’énergie véhiculées par ces émotions pour servir leurs besoins plutôt que faire preuve de violence ou se replier sur eux-mêmes. Pourtant, l’accompagnement de l’émotion de joie peut aussi être source de difficultés (comment accueillir le désordre ? comment se réjouir du dérangement et des saletés ? comment supporter les manifestations bruyantes d’enthousiasme ?). Les hormones qui accompagnent l’émotion de joie sont antalgiques, relaxantes, antistress, créent de la motivation et facilitent les apprentissages. Nous gagnerions à savoir accueillir et stimuler la joie chez nos enfants, à tout âge.

Pour aller plus loin :