Faire croire au Père Noël ou pas : la magie de Noël peut-elle opérer sans mensonge ?

Faire croire au Père Noël ou pas enfants éducation bienveillante

La question de faire croire ou non au Père Noël revient souvent quand il est question d’éducation bienveillante : les uns affirment que c’est mentir et qu’il ne faut pas faire croire au Père Noël; d’autres défendent la magie de Noël qui ne pourrait pas opérer sans dire aux enfants que le Père Noël existe vraiment. Certains estiment que les tenants d’une éducation respectueuse vont trop loin et que faire croire au Père Noël n’a jamais tué personne, que ces parents bienveillantes auraient perdu toute notion de magie et d’émerveillement.

Pourtant, la tradition et cet appel à la “magie de Noël” semble avoir bon dos. De nombreux adultes témoignent de leur sentiment de trahison quand ils ont compris que leurs parents leur avaient menti. Certains de ses adultes en gardent un souvenir encore pénible des années après et expliquent que cela a impacté leur capacité à faire confiance de manière générale, à leurs parents en particulier.

C’est d’autant plus problématique quand cette tradition sert de bonne excuse au chantage pour soumettre les enfants en leur faisant peur ou en leur faisant miroiter une récompense.

Dans son livre Qu’est-ce que l’âgisme : reconnaître et prévenir les discriminations liées à l’âge, Elfi Reboulleau nous demande : si une pratique ne nous semble pas pertinente, pourquoi la maintenir ?

Un peu de lucidité apporte un autre éclairage. Souvent, en grandissant, les adultes ont perdu cette capacité qu’ont les plus jeunes à s’émerveiller de la vie, dans ce qu’elle nous offre à découvrir : un papillon multicolore, une graine qui pousse et devient un arbre, une symphonie de Mozart, les découvertes en astrophysique, etc. Il y a du merveilleux là-dedans et cela existe réellement. Les adultes manquant de magie dans leur vie se servent parfois de leurs enfants, pour tenter, à travers eux, de se reconnecter un peu à cette dimension de l’existence, celle de l’émerveillement. Ils reproduisent donc tout ce manège non pas pour leurs enfants, contrairement à ce qu’ils prétendent mais pour eux – et également pour ne pas avoir à subir la pression sociale liée à un choix différent de la majorité. – Elfi Reboulleau

Nous ne vivons pas en effet en dehors d’un contexte culturel et le Père Noël fait partie de notre culture collective, c’est une référence très présente dans notre société. Pour autant, nous pouvons tout à fait raconter l’histoire du Père Noël comme on raconte un conte ou une fable sans insister sur le fait qu’il existe pour de vrai. Les enfants savent très bien que les licornes n’existent pas “pour de vrai” mais ils aiment en parler, ces animaux fantastiques nourrissent leur imaginaire et donnent lieu à des jeux illimités. Savoir que le personnage du Père Noël est une fiction, juste une histoire, n’empêche pas la fameuse magie de Noël. Pourquoi alors mentir et faire passer le Père Noël pour un personnage qui existe et vouloir user de toutes les contorsions pour préserver à tout prix ce secret ? Dans combien de familles entend-t-on les adultes dire aux plus grands de ne surtout pas “fuiter”, les obligeant à marcher sur des œufs, à mentir eux-mêmes aux frères et sœurs plus jeunes ?

Même quand on a fait croire au Père Noël et qu’on se sent ensuite mal à l’aise avec cette idée (comme cela a été mon cas avec ma fille), nous pouvons abonder dans le sens de l’enfant quand il commence à poser des questions (plutôt que vouloir à tout prix faire durer le mensonge pour “préserver l’innocence” de l’enfant et la magie de Noël). Nous pouvons juste répondre à l’enfant : “et toi, qu’en penses-tu ?”. Face aux enfants qui expriment de la tristesse ou de la colère, nous pouvons reconnaître leur sentiment de trahison en expliquant que nous pensions bien faire mais que nous nous sommes trompés.

Le mythe du Père Noël est d’autant plus problématique qu’il est souvent utilisé pour faire peur et pour manipuler les enfants. Elfi Reboulleau parle de “manipulations indignes” qui passent par des phrases du type : “Le Père Noël te voit quand tu n’es pas sage et tu n’auras pas de cadeaux” ou alors “Si tu n’es pas sage, je vais le dire au Père Noël et il t’amènera des patates au lieu de jouets”.  Ce type de chantage qui repose sur le système punition/ récompense est irrespectueux et bafoue la dignité des enfants.

Elfi Reboulleau nous interpelle : “Est-ce ce type de logique grossière de manipulation de l’autre que nous souhaitons transmettre à nos enfants et entretenir nous-mêmes ?”.

Pour autant, il n’existe pas (à ma connaissance) de police de la pensée et nous pouvons décider, en toute connaissance de cause, de faire croire malgré tout au Père Noël aux enfants. Il est cependant toujours plus prudent de faire des choix éclairés et de savoir quelles en sont les tenants et aboutissants.

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Pour aller plus loin sur la réflexion de la considération des enfants et la discrimination par l’âge, je vous recommande la lecture du livre d’Elfi Reboulleau : Qu’est-ce que l’âgisme : reconnaître et prévenir les discriminations liées à l’âge (éditions Le Hêtre Myriadis).