Les adultes recourent aux punitions et récompenses quand le sens du Nous n’est pas nourri

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De la nocivité et l’inefficacité des punitions et des récompenses

Dans son livre Notre façon d’être adulte fait-elle sens et envie pour les jeunes ?, Thomas d’Ansembourg, formateur en Communication NonViolente, rappelle que les punitions et les récompenses humilient, divisent et dégradent alors qu’on peut chercher (et trouver) la réconciliation, la coopération et la confiance. Comprendre que tout comportement, quel qu’il soit, est un moyen (parfois maladroit et inapproprié) de prendre soin d’un besoin fondamental permet de dévoiler la nocivité et l’inefficacité des punitions et des récompenses.

Quand nous vivons en contact d’enfants (en famille, à l’école ou ailleurs), nous cherchons en fait à créer du Nous, c’est-à-dire du bien-être ensemble. Ce à quoi nous aspirons à tout âge s’appelle “humanité, partage, solidarité, profondeur, engagement”. Quand nous vivons ces valeurs dans nos relations, la vie humaine prend tout son sens et ces valeurs enclenchent un cercle vertueux. Les enfants et adolescents aiment sentir la confiance placée par les adultes dans leur compétence. La confiance nourrit la confiance; l’empathie nourrit l’empathie.

Les punitions sont les fondements d’un système qui cautionne la violence comme un “ingrédient incontournable de la vie” puisqu’elles reposent sur le système domination-soumission.

N’avons-nous pas besoin, dès la plus petite enfance, de ressentir l’amour sans aucune doute, sans condition, sans appréhension d’aucune sorte ? N’avons-nous pas là dans nos mains, dans nos coeurs, le levier de changement de paradigme ? Il y a bien une dimension sociale et même politique à la façon dont chacun de nous vit l’amour et le transmet à la maison. – Thomas d’Ansembourg

Quand il y a punition ou récompense, il y a constat d’échec

Le système très ancien de punition et de récompense semble être, dans la très grande majorité des cas, un tragique constat d’échec de la relation et le signal criant de l’absence de Nous. – Thomas d’Ansembourg

Menacer les enfants ou les punir crée tension, résistance et même rébellion, c’est-à-dire des façons de se “manifester contre ou en dehors”. A l’inverse, les encourager et reconnaître leur compétence (acquise ou en cours d’acquisition avec la foi dans leurs capacités à y arriver bientôt ou à se comporter différemment la prochaine fois) nourrit leur sentiment de compétence et d’appartenance (à la famille, à la classe, à l’humanité). Ils vont alors se manifester “avec” plutôt que “contre”. Nous le sentons tous nous-mêmes à l’âge adulte : comment préférons-nous être traités, avec empathie, dignité et confiance ou bien avec contrôle, menace et leçon de morale ?

Que d’énergie perdue à tenter de faire respecter des règles quand on n’a pas pris le temps de valider qu’elles font sens pour tous ! Nombre de dysfonctionnements naissent d’un manque criant de concertation. Sans Nous solidaire et fécond, on se tape vite l’un sur l’autre. – Thomas d’Ansembourg

 

Le système de punitions-récompenses est très ancien et donc difficile à dépasser (mais pas impossible)

Nous avons presque tous été élevés dans des rapports de force qui se manifestent dans les punitions et récompenses

Thomas d’Ansembourg estime que nous avons beaucoup de mal à nous défaire de ce raisonnement en termes de punitions ou récompenses parce qu’il est la manifestation de croyances profondément ancrées. Nous avons presque tous été élevés dans des rapports de force où le jeu principal était de savoir “Qui a tort, qui a raison ?” : en général, les adultes ont raison et les enfants, du fait de leur petite taille et de leur inexpérience, ont tort par nature. Ce jeu psychologique irrespectueux de la vie humaine crée de la division et du rejet. En effet, ce mode de pensée est binaire et n’admet que deux solutions :

  • si vous avez tort, vous méritez de souffrir et donc d’être puni et exclu du groupe (la souffrance et la violence sont considérées comme ayant une valeur rédemptrice).
  • si vous avez raison, vous méritez une récompense, ce qui entretient la quête d’une reconnaissance ou appréciation extérieure, et une motivation externe (plutôt que sous la poussée de l’élan de vie, de la joie pure).

Les punitions et les récompenses dégradent le lien et sabotent l’occasion de se rencontrer dans les désaccords, de se comprendre mutuellement, de se rejoindre, d’apprendre, de se sentir précieux aux yeux de l’autre (et donc à ses propres yeux), de se développer en tant qu’être humains par la fréquentation de la différence, d’être pris au sérieux et de prendre au sérieux. Les punitions ajoutent de l’exclusion à l’exclusion, de la souffrance à la souffrance et sont néfastes d’un point de vue individuel et collectif car elles illustrent :

  • la culture du malheur (“On n’est pas là pour rigoler”, “On n’apprend qu’en souffrant”), plutôt que de la joie
  • les rapports de force (“C’est pour ton bien que je te fais du mal”, “Tu me remercieras plus tard”), plutôt que la coopération
  • les rapport de méfiance (“Je garde le contrôle sinon cet enfant tournera mal”, “La nature humaine est mauvaise, il faut bien sévir et sévir tôt”, “Sans punition j’aurais mal tourné), plutôt que la confiance et la prise au sérieux de l’autre (quel que soit son âge)
  • l’absence du Nous (moi contre les autres, toi contre moi), plutôt qu’une dignité commune et une alliance
  • la maltraitance temporelle (“Dépêche toi”, “Tu mets trop longtemps”, “Il/ elle devrait déjà savoir faire ça à son âge”), plutôt que l’acceptation du temps long et de la lenteur

Quand il y a punition ou récompense, il n’y a ni empathie ni développement des personnes

Quand nous recevons de la compréhension pour ce qui se passait en nous quand nous avons agi comme nous avons agi, et un accompagnement pour prendre en compte ce besoin d’une autre manière, il y a de l’ouverture, une prise de conscience du non-respect de l’engagement commun pour le cadre, ce qui suscite la volonté de réparer. – association Déclic CNV

Thomas d’Ansembourg plaide pour des échanges qui nourrissent et renforcent le Nous et qui considèrent l’autre comme un interlocuteur à part entière, quel que soit son âge :

  • nommer ce qui se passe en nous quand une valeur a été transgressée par autrui,
  • inviter l’autre à la réflexion et au discernement,
  • accueillir les désaccords  (la famille ou la classe doit devenir un espace suffisamment sécurisé pour exprimer les désaccords sans crainte) où le langage personnel prime (ce que je ressens plutôt que ce que l’autre devrait faire, ce que je perçois d’intention positive chez l’autre plutôt que ses manquements)
  • le cas échéant, réfléchir à une réparation (non imposée)
  • établir un cadre avec quelques règles simples et peu nombreuses pour assurer le plaisir et la joie d’être ensemble (cadre clair et souple, qui peut être amené à changer) :
    • qu’est-ce qui est important pour nous (dans la famille, dans la classe ou ailleurs) pour qu’on se sente tous bien ensemble ?
    • et qu’est-ce qui est désagréable, difficile à vivre, qu’on ne veut pas vivre ?
    • quelles règles peut-on établir ensemble pour être sûrs que chacun se sent bien ?
  • lister des manières agréables de rappeler le cadre quand une personne (adulte ou enfant) l’oublie ou ne le respecte pas :
    • que la personne concernée vienne le dire seul à seul, pas devant tout le monde
    • qu’elle ait un geste gentil pour me rassurer
    • qu’on prenne le temps d’en discuter ensemble dans le calme
    • qu’elle le dise avec humour quand c’est possible
    • qu’elle demande pourquoi et qu’elle montre de la considération et de l’empathie
    • qu’elle dise simplement sans leçon de morale “rappelle-toi ce qu’on avait dit”
    • qu’elle témoigne de la confiance pour le fait que cela ne se reproduira pas sans avoir besoin de contrôler ou manipuler

La Communication NonViolente amène à repenser la prétendue efficacité de la punition qui est souvent présentée comme une panacée éducative ou comme une sorte de “mal nécessaire“. La position de Marshall Rosenberg, concepteur du mouvement de la Communication NonViolente, par rapport à la punition est simple : “Demandez-vous pour quelle raison vous souhaitez que vos enfants fassent les choses. Voulez-vous qu’ils agissent par peur, crainte de représailles ou espoir d’une récompense ? Ou voulez-vous qu’ils agissent par confiance et curiosité dans la vie, discernement des enjeux, sens des responsabilités ?” Il est question ici de développer et raffiner la conscience de ce qui fait sens, envie et ce qui contribue à la vie ensemble (plutôt que vouloir conditionner par la peur).

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Source : Notre façon d’être adulte fait-elle sens et envie pour les jeunes ? de Thomas d’Ansembourg (les Editions de l’Homme). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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