La capacité d’empathie d’un parent est un élément clé de la construction de la sensibilité des enfants et de leur estime de soi.

La capacité d'empathie d'un parent est un élément clé de la construction de la sensibilité des enfants et de leur estime de soi.

La capacité d’empathie d’un parent est un élément clé de la construction de la sensibilité des enfants et de leur estime de soi. Dans son livre Se réconcilier avec son enfant intérieur, Ariane Calvo explique le fonctionnement humain de la perception des émotions chez les autres afin de comprendre en quoi développer notre propre intelligence émotionnelle et notre sensibilité à l’âge adulte est bénéfique tant pour nous que pour nos enfants.

Deux mouvements successifs : d’abord percevoir puis accueillir les émotions

Lorsque nous sommes en présence d’une émotion que quelqu’un d’autre exprime, notre premier mouvement psychique (inconscient) va être de nous mettre en contact avec la façon dont nous-mêmes vivons cette émotion. Par exemple, face à un enfant triste, qui pleure, notre premier mouvement psychique (que nous ne percevons pas en conscience) va consister à nous mettre en contact avec notre propre gestion habituelle de notre tristesse. Selon si nous sommes tranquilles avec cette émotion ou si nous sommes mal à l’aise, nous pouvons accéder au deuxième mouvement psychique : ce deuxième mouvement émerge si le premier ne nous a pas trop mis en difficulté. Il consiste à écouter sincèrement et attentivement la tristesse de l’enfant, sans chercher à la modifier, la faire taire ou lui adresser des messages rationnels (recadrer, conseiller, reprocher…).

Les comportements obstacles à l’empathie

Si notre tristesse nous est insupportable, nous ne pouvons pas accéder à ce deuxième mouvement qui n’est rien d’autre que de l’écoute respectueuse, bienveillante et empathique. Nous allons plutôt adopter des comportements obstacles à l’empathie :

  • minimiser l’émotion (“c’est pas si grave”)
  • la faire cesser (“chut, ça va aller”/ “tu en fais trop, ça suffit!”)
  • se désintéresser de l’émotion, l’ignorer
  • se moquer/ ironiser (“pleure, tu pisseras moins cette nuit”, “c’est bien les filles ça, à chialer pour un rien”)
  • intellectualiser (“je sais pourquoi tu te sens triste, c’est parce que…”/ “mais si, tu sais bien que tu vas rester en contact avec ton ami qui déménage, vous pourrez vous téléphoner”)
  • comparer/ relativiser (“un tel a vécu pire et il ne s’est pas mis dans cet état”)
  • manipuler/ menacer (“si tu continuer à pleurer, tu iras te calmer dans ta chambre”)
  • conseiller (“souris/ pense positif et ça ira mieux”)
  • exploser contre l’enfant (“arrête de pleurer comme un fille maintenant, t’es pas une gonzesse !”/ “je vais te donner une bonne raison de pleurer !”)

L’alphabétisation émotionnelle pour reprendre contact avec notre sensibilité et notre empathie au service de relations de qualité

C’est la raison pour laquelle s’engager dans une démarche de bientraitance éducative implique un travail sur soi, une “alphabétisation émotionnelle” pour reprendre les termes de Claude Steiner, figure de mouvement de l’Analyse Transactionnelle. Si ce travail n’est pas amorcé, l’écoute pourra difficilement être de bonne qualité puisque le deuxième mouvement psychique sera inaccessible, en tout ou partie. L’alphabétisation émotionnelle est un processus amorcé par l’adulte qui s’alimente dans un cercle vertueux où parents et enfants apprennent en même temps, dans une co-construction de compétences émotionnelles. Les émotions et comportements des enfants sont abordés avec curiosité car ils racontent quelque chose et sont comme des fenêtres sur le monde intérieur de l’enfant.

Quand les adultes doivent prendre soin d’un enfant et qu’ils sont au clair sur l’expression de leurs émotions, sur le fait qu’elles sont toujours légitimes, qu’elles sont le reflet de leur sensibilité – et donc de celle de leur enfant – et qu’elles sont forcément intéressantes, la qualité de leur accompagnement et de leur éducation est très différente que lorsqu’aucune expression sincère n’est possible sans les mettre émotionnellement en danger. – Ariane Calvo

Ce processus d’alphabétisation émotionnelle prend du temps et se fait nécessairement avec tâtonnement, avec essais/ erreurs/ réparation. Pourtant, ce processus comporte de nombreux avantages sur le développement des enfants :

  • quand un parent est au clair avec ses émotions et tranquille dans leur expression, l’enfant apprend à mettre des mots et à exprimer les émotions qui le traversent, par modélisation et exposition à cette manière de faire;
  • l’enfant construit une bonne estime personnelle car il se sent entendu, accepté avec toutes les émotions qu’il exprime, sans que celles-ci ne remettent en question sa valeur intrinsèque ;
  • l’enfant apprend qu’il n’est pas livré à lui-même et développe une représentation du monde ajustée (confiance en lui-même, en les autres et dans la vie);
  • l’enfant comprend qu’il peut trouver des solutions aux problèmes, soit par lui-même, soit en demandant de l’aide, parce qu’il se sent compétent, créatif et souple.

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Source : Se réconcilier avec son enfant intérieur : vulnérabilité, sensibilité, créativité et joie, les 4 ressources qui nous font grandir de Ariane Calvo (éditions Eyrolles). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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