La culture pornographique omniprésente affecte négativement la vie des jeunes femmes

culture pornographique affecte jeunes femmes

Ce que nous considérons comme un comportement féminin “normal” est le produit de nombreuses forces extérieures.

Dans son livre Pornland (éditions Libre), Gail Dines estime que les filles et les jeunes femmes n’ont pas besoin de regarder du porno pour qu’elles en soient affectées car les images et les messages de l’industrie pornographiques sont transmis aux femmes à travers la culture pop. Les femmes intériorisent l’idéologie de la pornographie sous la forme de conseils pour être sexy, cool, rebelle et attirer (puis garder) un homme.

Gail Dines cite l’épilation des parties génitales comme exemple : l’épilation intégrale a commencé par se répandre dans le porno puis a imprégné les médias féminins et les séries TV (comme Sex and the city), jusqu’à devenir une nouvelle norme poussant certaines femmes non épilées à se sentir “négligées” et certains hommes à refuser un acte sexuel en cas de non épilation. L’épilation intégrale du maillot est une manière de se conformer à la culture pornographique et est pourtant souvent présentée comme un  choix relevant du libre arbitre des femmes. Il est vrai que chaque humain dispose d’un certain pouvoir d’agir mais aucun humain ne vit en dehors d’influences sociales, économiques et politiques préexistantes. D’où vient donc cette idée que l’épilation intégrale du maillot serait plus hygiénique ? Est-elle justifiée ? Y-a-t-il des inconvénients à cette pratique passés sous silence (en dehors de la douleur, du temps inutile passé à l’épilation et de l’argent dépensé) : mycoses, infections… ? A quel moment la présence de poils est-elle devenue une marque de différence entre les hommes et les femmes plutôt qu’entre les adultes et les enfants ?

L’industrie pornographique a contaminé la culture pop et c’est un réel problème

Le problème avec la culture pop actuelle contaminée par l’industrie pornographique est quadruple :

  1. l’hypersexualisation des images produites
  2. la quantité des ces images, diffusées massivement et facilement accessibles
  3. ces images ont pratiquement évincé toute autre représentation des femmes
  4. ces images diffusent un mensonge selon lequel un comportement féminin hypersexualisé est source de pouvoir pour les femmes

Les femmes se retrouvent donc exposées de manière précoce et réitérée à des idées selon lesquelles se conformer à une représentation hypersexualisée leur donne du pouvoir. En effet, dans notre culture pornographique, le pouvoir des femmes repose sur le fait d’avoir un corps sexy que les hommes désirent et que les autres femmes envient.

Les hommes définissent notre sexualité d’une manière qui les sert eux, et qui nous dessert nous. Seulement, aujourd’hui, cette sexualité nous est vendue comme une source de pouvoir. – Gail Dines

Il est difficile non seulement d’échapper à l’exposition à ces représentations sexualisées, mais également à leur influence.

Si l’industrie de la mode a toujours favorisé les vêtements qui sexualisent le corps des femmes, aujourd’hui, le look à avoir est en partie inspiré par l’industrie du sexe. […] C’est comme si nous, les femmes, devions désormais en permanence porter sur nous la marque du sexe afin d’éviter que nous oubliions (ou que les hommes oublient) notre rôle dans cette société. – Gail Dines

Ces images créent et renforcent la dépendance des femmes à l’égard des hommes et de leur approbation. Même les femmes dites émancipées ou indépendantes peuvent être amenées à capituler devant la pornographie car cette dernière a envahi leur vie sexuelle. Ces femmes en viennent à nier leur malaise face à certaines pratiques (par exemple, en affirmant que l’épilation intégrale est un choix réfléchi).

On croirait que les femmes n’éprouvent pas de plaisir sexuel authentique; qu’elles ne recherchent et n’apprécient que ce que leurs partenaires masculins recherchent et apprécient. […] Dans une grande partie de la culture pop, le plaisir féminin ne découle pas du fait d’être un sujet désirant, mais un sujet désiré. – Gail Dines

Notre culture façonne notre l’idée qu’ont les femmes du corps idéal

Plus besoin de forces extérieures pour contrôler la façon de penser ou d’agir des filles et des femmes

Gail Dines regrette que les femmes aient tellement intériorisé le regard masculin qu’elles soient devenues leurs propres pires critiques. Pour la plupart des femmes, acheter des vêtements ou se regarder dans un miroir est indissociable du fait de se disséquer centimètre carré par centimètre carré. Il y aura toujours un problème (fesses trop grosses ou trop plates, seins trop petits, ventre trop gros…) et il en résulte un dégoût de soi, un “véritable mépris”. La culture agit de manière à faire du corps des femmes leur ennemi.

Les corps médiatiques sont anormaux… mais deviennent la norme !

Les corps des femmes que nous voyons dans les magazines et à la télé sont anormaux dans leurs proportions et leur taille. Pourtant, à cause de leur omniprésence, nous les considérons comme la norme plutôt que comme des exceptions et les femmes en viennent à penser que le problème vient d’elles (et non pas des industries de la mode et des médias).

Voici ce que font les médias : ils prennent un corps anormal et le rendent normal en l’exhibant massivement; ils donnent ainsi aux corps normaux et réels un caractère anormal en raison de leur invisibilité, ce qui entraîne un désordre massif. – Gail Dines

La culture pop basée sur l’apparence et l’hypersexualisation agresse les filles et les femmes

Pour Gail Dines, le fait que la culture pop matraque les filles et femmes avec l’idée que leur attribut le plus digne d’intérêt est leur capacité à exciter sexuellement les hommes (évinçant par là les autres messages) les apprête comme ferait un agresseur.

[La culture pop] érode lentement leur estime d’elles-mêmes, les dépouille du sentiment d’être des humains à part entière en leur fournissant une identité uniquement portée sur le sexe, au détriment de tout autre attribut humain. – Gail Dines

Gail Dines cite une étude de l’American Psychological Association sur la sexualisation des filles et des jeunes femmes qui conclut que la sexualisation des filles a “des effets négatifs dans divers domaines, notamment le fonctionnement cognitif, la santé physique et mentale, la sexualité, le comportement et les croyances”. Parmi ces effets, on trouve notamment :

  • un comportement sexuel plus risqué,
  • des taux plus élevés de troubles alimentaires,
  • des taux plus élevés de dépression,
  • une faible estime de soi,
  • une baisse des résultats scolaires.

Gail Dines remarque que ces symptômes ressemblent à ceux dont souffrent les filles et les femmes ayant été agressées sexuellement, comme si une génération de filles étaient actuellement agressées par la culture dans laquelle elles évoluent.

Si notre culture constitue désormais une vaste agression, nous pouvons nous attendre à ce qu’un nombre croissant de filles et de femmes développent des problèmes émotionnels, cognitifs et sexuels au fur et à mesure de leur socialisation – laquelle les amène à se considérer comme de simples objets sexuels, et pas grand chose d’autre. – Gail Dines

Pourquoi certaines filles et femmes se conforment et d’autres résistent

Gail Dines remarque que toutes les filles et les femmes ne succombent pas à des comportements et des tenues hypersexualisées. Pourtant, plus la culture est marquée par des images contaminées par l’industrie pornographique, moins la liberté est grande.

Plus une certaine façon d’être femme s’élève au-dessus des autres, plus une part importante de la population gravitera vers elle, par attraction pour ce qui est le plus socialement accepté, toléré et récompensé. Plus l’image hypersexualisée évince les autres représentations des femmes et des filles, moins les femmes disposent d’options pour résister au “charme de l’éloquence de l’image” d’après la formule de Neil Postman. – Gail Dines

Le conformisme n’est certes pas binaire (tout ou rien) mais relève plutôt d’une série d’actes plaçant les filles et les femmes sur un continuum. La place qu’occupe une femme sur ce continuum dépend de :

  • ses expériences passées et présentes
  • ses relations familiales
  • sa consommation de médias
  • ses fréquentations (groupes de pairs)
  • ses identités sexuelles, ethniques et de classe sociale

Les filles et les femmes qui résistent doivent se forger une identité en opposition à la culture dominante et cela a un coût (risque d’exclusion sociale, énergie cognitive nécessaire pour résister, mise en place de stratégies, renoncement aux avantages acquis via l’adoption de comportements hypersexualisés…) Ces filles et femmes ont tendance à avoir quelqu’un dans leur vie (comme une mère, une femme plus âgée qui les guide, un prof…) qui leur procure une forme d’immunité contre les messages culturels dominants, soit dans la manière de mener leur propre vie, soit via un contre discours efficace (pour aller plus loin : 10 suggestions pour aider les jeunes filles à résister à la pression consumériste et au marketing qui les ciblent).

Le problème est que cette immunité est souvent temporaire. Généralement, avec l’entrée dans l’adolescence, les filles commencent à adopter un comportement féminin plus conventionnel, car les amis deviennent une force socialisante plus importante que les adultes.

Selon Gail Dines, pour pouvoir continuer à résister à la culture dominante basée sur l’apparence et contaminée par l’industrie pornographique, les filles ont besoin :

  • d’un groupe de pairs partageant les mêmes idées
  • d’une idéologie dénonçant la “nature artificielle, aliénante et consumériste” de la féminité telle que valorisée dans la pop culture contaminée par l’industrie pornographique.

Lire aussi : Ce que les pères peuvent faire pour protéger leurs filles de l’hypersexualisation (régime, habits sexys, chirurgie esthétique…)

 

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Source : Pornland : comment le porno a envahi nos vies de Gail Dines (éditions Libre). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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