Les émotions de nos enfants ne sont pas nos émotions.

Les émotions de nos enfants ne sont pas nos émotions.

En tant qu’adultes, nous avons parfois tendance à juger les émotions des jeunes enfants comme infondées, comme exagérées, ou bien à vouloir “sauver” les enfants de leurs émotions douloureuses. Pourtant, les émotions sont bien réelles pour l’enfant et elles sont utiles. La colère permet de restaurer l’intégrité, la tristesse permet de lâcher prise et la peur permet de se protéger.

Nous avons tendance à confondre les émotions de nos enfants avec les nôtres… et donc à agir comme tel en voulant calmer à tout prix l’émotion plutôt qu’à la laisser exister.

Pour résister à cette tendance, nous pouvons :

  • Observer les émotions des enfants avec le cœur ouvert

Les émotions des enfants ne sont ni ridicules ni dangereuses, elles sont au service de la vie.

  • Rester centrés sur nous-mêmes

Cela signifie d’être bien “‘ancrés” dans la terre, bien solides sur nos jambes et pleinement conscients dans l’instant présent. L’ancrage physique peut avoir un impact sur notre état mental. Le fait de nous dire mentalement que les émotions de nos enfants ne sont pas nos émotions peut nous y aider.

  • Faire preuve d’empathie

Valider les émotions revient à “accorder notre instrument” avec celui de l’enfant afin de le rejoindre dans son ressenti, dans son vécu (ce qui se passe dans son corps, la nature et l’intensité de ce qu’il ressent, ce qu’il pense et ce qu’il a envie de faire).

Cela te fait vraiment de la peine de…, on dirait. Je me serais senti.e exclu.e moi aussi. 

Je vois à quel point tu es furieux.se. Pas étonnant que tu sois en colère, ça m’aurait mis très en colère moi aussi.

Tu as voulu monter sur le toboggan et puis tu as raté la marche. Tu es tombée et ton genou a cogné par terre. Tu as eu peur et mal. C’est vrai que ça fait mal quand on tombe.

  • Ne pas viser la perfection car nous sommes en apprentissage

Quand nous n’arrivons pas à faire preuve d’empathie et que nous perdons notre calme ou que nous sommes maladroits, nous pouvons toujours revenir sur l’événement et nous excuser auprès de l’enfant puis réfléchir pour nous-mêmes à des moyens de réagir différemment une prochaine fois.

Ce processus peut être difficile pour nous parents pour plusieurs raisons :

  • nous sommes déstabilisés par les émotions douloureuses de nos enfants car nous nous sentons responsables de leur bien-être et nous avons tendance à vouloir calmer la tristesse, la peur ou encore la colère;
  • nous prenons tellement à cœur notre mission de parents que nous estimons que c’est notre devoir d’empêcher nos enfants d’être tristes ou angoissés;
  • nous n’avons pas nous-même eu le droit d’exprimer ces émotions dans l’enfance et les émotions de nos enfants réactivent notre mémoire traumatique (nous ne contrôlons alors plus nos réactions);
  • nous sommes démunis, nous ne savons pas comment faire car nous n’avons pas appris la langue des émotions et l’apprentissage peut être long au risque de nous décourager.

L’exemple de la tristesse suite aux échecs

Quand un enfant rate ou échoue, il va éprouver une (ou des) émotion(s) désagréable(s) : tristesse, frustration, déception, peur, colère…

Avec ces émotions désagréables vont émerger des pensées et des comportements. Ces pensées peuvent prendre la forme d’une phrase comme “Je suis trop bête”, “Je suis nulle” ou encore “Je n’y arriverai jamais”. Ces phrases traduisent précisément la déception, la tristesse et la frustration : elles sont la manière que l’enfant a à sa disposition pour se “remettre” de l’échec ou de l’erreur. Il n’est donc pas nécessaire de se précipiter pour dire à l’enfant qu’il n’est pas bête, qu’elle n’est pas nulle mais nous pouvons laisser de l’espace pour ces émotions difficiles.

Nous pouvons accompagner les émotions difficiles avec des mots empathiques : “C’est vrai que c’est difficile quand on rate, on se sent nul”/ “Tu aurais aimé réussir et tu te sens bête”/ “Oups, je crois que c’est ce qu’on appelle un raté”. Mieux vaut aller avec l’émotion plutôt que contre elle.

Cela ne signifie pas que nous pensons que l’enfant est bête ou que nous validons le fait qu’il se sente nul mais simplement que nous accueillons ce qui se passe et ce qu’il ressent.

Une fois la connexion émotionnelle établie, une fois la tristesse et la déception validées comme légitimes, alors des solutions peuvent être envisagées (sans être imposées). Ces solutions peuvent prendre la forme de questions (“de quoi as-tu besoin pour progresser ?”, “comment peux-tu t’entraîner pour mieux y arriver ?”, “qu’est-ce que tu as oublié de faire ?”…) ou de propositions/ conseils que l’enfant a le droit de refuser (“est-ce que tu serais d’accord pour que je te montre ?”, “j’ai une idée, ça t’intéresse ?”).

L’idée est de ne pas dramatiser les constats des erreurs-échecs mais de les laisser exister comme des manifestations d’intelligence et de déception qui serviront à plus ou moins long terme de terreau fertile pour apprendre et faire autrement.