Les violences sexuelles sur les enfants sont un problème récurrent, relativement passé sous silence au regard de sa fréquence et de ses conséquences dramatiques

Les violences sexuelles sur les enfants sont un problème récurrent, relativement passé sous silence au regard de sa fréquence et de ses conséquences dramatiques

Dans son livre Le pouvoir du discours maternel (auto édition), Laura Gutman, thérapeute spécialisée en maternité, dénonce l’ampleur des violences sexuelles sur les enfants de la part des adultes. Elle rappelle que ce n’est pas parce que cela ne nous est pas arrivé personnellement que ces violences ne représentent pas un problème endémique et pourtant passé sous un relatif silence au regard de son ampleur et de ses conséquences dramatiques (tant sur le plan individuel que collectif).

Laura Gutman estime qu’il est important de savoir que les agressions sexuelles sur enfants peuvent être perpétrées aussi bien par un homme que par une femme, aussi bien sur un garçon que sur une fille.

Les hommes qui abusent des enfants est tellement, mais tellement courant, que si nous avions une véritable mappemonde indiquant les abus dans le monde, nous en serions hébétés. Les femmes qui abusent de leurs propres enfants est moins courant, mais beaucoup plus dévastateur. – Laura Gutman

Par ailleurs, les agressions sexuelles à l’égard des enfants ont dans l’immense majorité des cas lieu « intramuros », c’est-à-dire, à l’intérieur des foyers et, dans presque tous les cas, ils sont perpétrés par des personnes qui ont un lien affectif avec l’enfant en question (parents, grands-parents, oncles, cousins, frères, prêtres ou autres figures d’autorité religieuse, éducateurs sportifs, enseignants…).

Les racines de la violence sexuelle sur les enfants

Laura Gutman explique que, pour saisir les racines des violences sexuelles d’un adulte sur un enfant, il est nécessaire de comprendre que l’enfant est totalement dépendant des soins des adultes.

Quand l’adulte qui s’occupe d’un enfant est dans son « for intérieur » un enfant qui a dans le passé subi de la violence sous une forme ou une autre, il n’a pas de ressources suffisantes pour aimer l’enfant et prendre soin de lui. L’adulte va « se nourrir de l’autre », car il est lui-même affamé de chaleur humaine et a appris que c’est dans l’ordre des choses d’abuser des plus faibles pour combler ce manque (même si l’adulte n’a pas de souvenir conscient des agressions qu’il a subies enfant). L’adulte peut avoir des souvenirs douloureux de son enfance, mais sans forcément avoir conscience du degré de détresse qu’il a vécu et qu’il traîne encore avec lui. Dans ce cas, l’enfant devenu adulte puis parent continue à avoir un grand besoin d’amour comme quand il était un enfant sans défense. Par ailleurs, il est inconsciemment convaincu que le moment est venu pour lui de se venger et de prendre sa part dans ce dur monde où les adultes ont des privilèges et des droits sur les enfants. Sa souffrance d’ancien enfant a été mise sous couvercle car il savait qu’il n’avait qu’à attendre et grandir, puisque son tour arriverait pour dominer quelqu’un de plus fragile.

Il continue à mépriser absolument tout être plus fragile car qu’il a appris très tôt que tout ce qui ressemble à de la faiblesse est méprisable et, par conséquent, il s’octroie le droit de faire ce qui lui plaît avec cet enfant. Cette façon d’agir, qui consiste à satisfaire son seul besoin ne lui semble pas mauvaise. Il considère simplement qu’il agit là selon un «ordre sacré». Car, dans sa propre réalité, cela a toujours fonctionné sur ce même mode. Lui-même, quand il était enfant, a été méprisé par les adultes. – Laura Gutman

Un double point de vue nécessaire pour comprendre le mécanisme des violences sexuelles sur les enfants

Pour Laura Gutman, il est nécessaire d’adopter un double point de vue pour comprendre le mécanisme des violences sexuelles sur les enfants :

  • un point de vue global, à partir de la logique d’un système dans lequel nous vivons tous et qui estime légitime la domination et la toute puissance des adultes sur les enfants.

Laura Gutman insiste sur le fait que la violence sexuelle fait partie d’une dynamique plus globale. La violence sur les enfants entre toujours dans une dynamique socio-culturelle et familiale d’abus, de domination, de mépris, de mensonges, de secrets et de vengeance. La thérapeute avertit que, quand un enfant abusé est identifié dans cette famille, il y a de grandes chances pour que les frères et sœurs aient subi le même sort (idem pour les cousins et cousines pour un grand-père ou un oncle abusifs). En effet, habituellement, tout être faible entre dans le système de la domination.

  • un point de vue individuel pour comprendre la logique émotionnelle de l’adulte violent.

Tout simplement, celui qui abuse, sent que tout est en ordre, c’est-à-dire, que la façon dont il a vécu dans le passé dans un système de domination est ainsi perpétuée selon les mêmes lois. […] Pendant qu’il se nourrit du corps de l’enfant, il devient un instant l’enfant nécessiteux qu’il a été, tétant le lait tiède de sa mère. Et il ne sent pas qu’il y a quelque chose de mauvais à cela. Il n’en n’a pas conscience, il n’écoute pas, ne reconnaît aucune plainte, aucune douleur de l’enfant dont il est en train d’abuser, comme un bébé au sein qui est seulement attentif à sa propre satisfaction. – Laura Gutman

Les conséquences sur l’enfant victime de violence

Un agresseur sexuel (homme ou femme) remplit l’enfant agressé d’affection, de cadeaux et de promesses. Il maquille la violence sous un discours qui fait sentir à l’enfant qu’il a de la chance d’être l’enfant “élu” et même privilégié d’être à ce point désiré par quelqu’un sur cette terre.

L’enfant va alors croire qu’il obtient de l’amour, ou tout au moins c’est le seul lieu où il obtient quelque chose qui ressemble à de l’affection. Pourtant, l’enfant n’obtiendra jamais d’amour chaleureux et vivant de la part de cet adulte.

De plus, l’enfant ne parvient pas à comprendre ce qui lui arrive car il trouve de la violence là où il devrait trouver du soutien, de la chaleur humaine, du respect, du sens. L’enfant ne peut pas mettre de mots pour décrire la douleur (tant physique qu’émotionnelle), la peur, et la confusion qu’il ressent. C’est d’autant plus le cas quand ce qu’il subit n’existe pas dans le monde puisque personne n’en parle. D’autre part, la confusion et la souffrance se mélangent à l’amour et l’adulte violent impose le secret à l’enfant (par la séduction et la manipulation – par exemple en disant que la mère sera très malheureuse d’apprendre cela ou qu’ils risquent d’être séparés à tout jamais, pouvant aller jusqu’aux menaces de mort sur l’entourage ou l’enfant même).

Parfois, l’enfant essaie d’envoyer des signaux à l’entourage mais il se peut que l’entourage ne veuille pas ou ne puisse pas voir ce qui se passe réellement. L’enfant en question se retrouve encore plus seul, finissant par se convaincre que les agressions sexuelles sont le meilleur qu’il puisse obtenir en matière de considération et d’amour. Il ne peut qu’essayer de s’en accommoder comme il peut, au risque d’entrer lui-même dans le cercle vicieux de la reproduction de la violence sur les enfants une fois arrivé à l’âge adulte.

Cela ne signifie évidemment pas que tous les enfants abusés deviennent des agresseurs ni que les agresseurs doivent être excusés à cause de leur enfance difficile. Cela devrait en revanche nous alerter sur l’importance des signaux même faibles émis par les enfants (connaître et repérer les symptômes traumatiques –> voir ce document Une brochure en téléchargement gratuit à destination des jeunes sur la violence et ses conséquences sur la santé) et sur l’impératif de l’éducation affective et sexuelle.

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Source : Le pouvoir du discours maternel de Laura Gutman (auto édition Ebook).

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