Les enfants, des victimes invisibles de la maltraitance psychologique

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Dans son superbe ouvrage Le décodeur des violences psychologiques, Ariane Calvo  rappelle que la maltraitance psychologique des enfants infuse le plus souvent dans une atmosphère générale dont le fondement est l’absence d’affection et d’attention accordée par un parent ou les deux.  Les maltraitances psychologiques sont toujours intentionnelles et couvertes par de « bonnes raisons » (comme l’amour, l’éducation des enfants, les économies, les habitudes, la culture, la religion ou encore la tradition : “On a toujours fait comme ça/ J’en suis pas mort”). Elles peuvent passer par des paroles dévalorisantes et humiliantes conduisant l’enfant à un sentiment de culpabilité, de honte et d’isolement comme :

  • Tu pues.
  • Tiens-toi droit, tu ressembles à rien.
  • Non mais t’as vu tes ongles/tes cheveux/tes vêtements ?
  • T’es sale.
  • Tu me dégoûtes !
  • Encore dernier de la classe, ça ne m’étonne pas !
  • T’as encore réussi à tout faire tomber !/ Tu fais toujours tout tomber !
  • Mais qu’est-ce que tu peux être maladroit/timide/bête !
  • Tu vois dans quel état tu me mets ?
  • Tu l’avais bien mérité/ cherché !
  • C’est bien fait pour toi !
  • Je sais mieux que toi ce qui est bon pour toi.
  • Tu me diras merci plus tard.
  • 15/20 seulement ? Il me semble que les notes peuvent pourtant monter jusqu’à 20.

Ariane Calvo estime que l’expression « victimes invisibles » pour parler de ces enfants est employée à très juste titre. Pourtant, des signes peuvent nous alerter en tant que témoins extérieurs (membre de la famille, enseignants, médecins, professionnels de la petite enfance…). Il est possible d’apprendre à les repérer  :

  • repli sur soi,
  • agressivité (notamment par la reproduction de phrases qu’ils ont entendues),
  • grande inhibition (que l’on appelle souvent « enfant sage ou trop sage » ou au contraire agitation,
  • difficulté de concentration, de sommeil, d’alimentation,
  • forte anxiété,
  • attitude craintive,
  • maturité excessive pour l’âge,
  • résultats scolaires médiocres,
  • dépendance,
  • prise de risques sans conscience d’en prendre
  • instabilité.

Ces signes sont malgré tout difficiles à repérer pour plusieurs raisons :

  1. La maltraitance psychologique a lieu dans le secret du huis clos familial.
  2. La maltraitance peut passer pour une forme d’éducation « à la dure » mais « aimante » en raison du climat ambivalent qui l’accompagne (le parent maltraitant se convainc souvent qu’il aime son enfant et qu’il fait tout cela par amour : c’est le fameux “c’est pour ton bien” de Alice Miller. Le système de déni du parent violent et ses justifications sous couvert d’amour et de “bonne” éducation sont si puissants que ce dernier arrive à embarquer l’enfant et toute la famille avec lui dans ce scénario malsain).
  3. Notre conditionnement social nous conduit à penser qu’un parent aime systématiquement son enfant et personne n’a envie de réaliser que certains parents peuvent être toxiques et capables de blesser leur enfant.
  4. La contagion du déni est souvent puissante, même chez les adultes de l’entourage. Instituteurs, grands-parents, parrains, marraines, amis de la famille : personne ne veut voir ni dénoncer l’impensable.

Pourtant, Ariane Calvo le rappelle haut et fort : personne ne blesse par amour. L’amour et la peur sont deux éléments psychiques totalement incompatibles.

Les “douces violences”, une forme de maltraitance  psychologique envers les enfants à connaître pour les supprimer

L’expression “douce violence” a été conçu par Christine Schuhl, auteure en sciences de l’éducation et spécialiste de l’accueil et du soin des enfants en institution.

Les douces violences, initialement développées dans le cadre des institutions du type crèches ou relais d’assistantes maternelles, peuvent prendre plusieurs formes et s’appliquer à toute relation adulte/ enfant, y compris les parents envers leurs enfants :

  • poser un jugement négatif ou une étiquette sur l’enfant (“il est méchant”, “elle est capricieuse”
  • effectuer un geste brusque qui ne va pas jusqu’au bout mais qui indique la menace qui pourrait tomber
  • retirer le doudou à un enfant, sa tétine ou tout autre objet qui alimente son sentiment de sécurité
  • critiquer un des parents ou les deux en sa présence (dans le cas de professionnel de l’éducation) ou alors critiquer des personnes appréciées par les enfants (amis, autres membres de la famille proches et chaleureux…) ,
  • accentuer ses défauts et en rire, parfois devant d’autres personnes,
  • parler d’un enfant à la troisième personne en sa présence,
  • lui interdire, ou l’empêcher (même gentiment) d’exprimer une émotion parce que l’on est mal à l’aise avec ce ressenti,
  • presser un enfant,
  • comparer des enfants,
  • culpabiliser un enfant qui refuse une activité,
  • faire du chantage,
  • lui reprocher d’être fragile ou faible,
  • effectuer un geste sur un enfant sans le prévenir ou par l’arrière,
  • faire un commentaire sur une partie de son corps…

Les douces violences sont identifiables au fait que, quand nous transposons ces situations à des contextes où deux adultes interagissent, nous comprenons immédiatement de quelle façon ces attitudes sont blessantes pour celui ou celle qui les subit.

Le parent qui inflige ces violences est extrêmement puissant parce qu’il est convaincu de savoir ce qui est bon pour l’enfant. Or, personne ne sait ce qui est bon pour vous. Et dans tous les cas, personne ne doit vous l’imposer sans vous l’avoir expliqué, proposé et attendu votre consentement. La douce violence permet à l’auteur de violences psychologiques de ne pas avoir à se poser de questions, sur lui, sur sa relation avec vous, sur l’amour que vous éprouvez pour lui. – Ariane Calvo

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Source : Le décodeur des violences psychologiques de Ariane Calvo (éditions First). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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