Parentalité : vouloir se montrer bienveillant ne suffit pas toujours

Parentalité : vouloir se montrer bienveillant ne suffit pas toujours

Le cercle vicieux de la maltraitance émotionnelle

La maltraitance émotionnelle correspond à toute parole et tout comportement qui participe à dévaloriser ou humilier l’enfant l’enfant (ex : “Tu es méchant”, “C’est toujours pareil avec toi, tu es infernale !”, “Si tu continues, je ne t’aime plus/ je t’abandonne”…). Elle peut prendre la forme de punitions, d’exclusions et de violation ou négligence des besoins fondamentaux (la négligence est aussi une maltraitance). La maltraitance émotionnelle modifie le cortex orbito-frontal (partie du cortex frontal) qui sert à :

  • l’empathie (sentir et comprendre les émotions de l’autre, faire preuve de sollicitude)
  • la régulation des émotions
  • le développement du sens éthique et moral
  • la prise de décision

Une partie des enfants reçoit des humiliations verbales dès la première année de vie. La maltraitance émotionnelle dégrade le développement du cortex orbito-frontal des enfants qui en subissent beaucoup. A long terme, un cercle vicieux de violence émotionnelle se met alors en place : certains parents humilient leurs enfants parce qu’ils ont été eux-mêmes victimes d’humiliations. Même avec la volonté de se montrer bienveillants, ces parents se trouvent parfois démunis face à leurs émotions qui les dépassent. Vouloir se montrer bienveillants ne suffit pas toujours. Nous pouvons vouloir être des parents calmes et compréhensifs et nous retrouver à exploser contre notre enfant parce que le câblage de notre cerveau comme conséquence des maltraitances vécues enfants ne permet pas une régulation saine et efficace de nos émotions.

L’empathie, socle de la parentalité bienveillante

L’empathie, la sécurité affective et le soutien de l’entourage participe à développer le cortex orbito-frontal. Ceci est valable à la fois pour les adultes et pour les enfants, d’où l’intérêt pour les parents de savoir s’entourer d’adultes bienveillants, de demander de l’aide et de peut-être couper les ponts avec certaines personnes de l’entourage. L’entourage des parents au sens large (amis, famille, voisins, professionnels de santé…) a son rôle à jouer : apporter soutien, bienveillance et sécurité affective aux parents pour que ceux-ci soient en capacité d’apporter les mêmes conditions aux enfants.

C’est d’autant plus le cas pour les parents de jeunes enfants qui connaissent de grandes tempêtes émotionnelles, qui pleurent souvent et ont du mal à rester en place. Comprendre le développement émotionnel des enfants change le regard à la fois sur les petits mais aussi sur les adultes.

Si les parents savent être empathiques et aider l’enfant à traverser ses émotions sans humiliation, alors l’enfant pourra s’apaiser et le développement global de son cerveau sera favorisé. Les effets se font sentir dès l’âge de 6 mois : une mère empathique développe les connexions entre les structures cérébrales impliqués dans la régulation des émotions (étude de Anne Rifkin Graboi, 2015). Le maternage (prendre soin, réconforter, consoler, câliner) entraîne la sécrétion de l’ocytocine, hormone de l’empathie, à tout âge, aussi bien chez l’enfant que chez le parent. La sécrétion d’ocytocine est stimulée par le toucher respectueux, la coopération et le plaisir, mais bloquée par la compétition, la comparaison et le stress.

Si un humain ne reçoit pas d’empathie, il aura du mal à en donner. Ainsi, le maternage peut être une sorte de thérapie pour les adultes qui ont été victimes de maltraitance et les adultes ont besoin de maternage de la part de leur entourage (conjoint.e en particulier, professionnels de l’enfance…).

A l’inverse, si les adultes ne savent pas (ou ne peuvent pas) apaiser l’enfant, l’enfant vivra des moments de stress : plus ces moments de stress sont fréquents (si les parents ne prennent pas des mesures d’accompagnement), plus les quantités de molécules de stress seront toxiques pour le développement de son cerveau (c’est l’intensité et la fréquence qui font la différence).

Nous sommes de puissants modèles

Nous sommes de puissants modèles, en tant que parents et enseignants. Quand nous prenons le temps de rassurer et faire preuve d’empathie envers un enfant en colère ou qui explose, non seulement cet enfant en bénéficie mais les enfants témoins de cette scène voient à quoi ressemble le fait de prendre soin d’un humain en détresse. Les enfants peuvent autant apprendre de nous les rapports de force (si nous les élevons à renfort de punition et de chantage), qu’apprendre le soin et la coopération si nous les accompagnons avec empathie.

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Source : Conférence L’éducation bienveillante en famille et à l’école – Catherine GUEGUENde MSH Alpes sous licence de paternité Creative Commons

Pour aller plus loin, mes chroniques des ouvrages de Catherine Gueguen :

Pour une Enfance heureuse (éditions Pocket)

Vivre Heureux avec son enfant (éditions Pocket)

Heureux d’apprendre à l’école (éditions Pocket)

Lettre à un jeune parent (éditions Les Arènes)