Notre style d’attachement influence nos comportements et la manière dont nous percevons les autres.

style attachement insecure

La fonction de l’attachement dans l’évolution de l’espèce humaine

D’après la théorie de l’attachement, la représentation de soi et autres, ainsi que les comportements qui en découlent, sont le résultat d’expériences précoces (la première année de vie de l’enfant) qui laissent des traces irréversibles (ou presque).

Lors de la première année de vie, le cerveau humain est doté d’une telle plasticité qu’il est susceptible d’apprentissages durables et quasiment irréversibles.

En effet, du point de vue de l’évolution et de la survie de l’espèce humaine, apprendre rapidement les caractéristiques et le style à travers lequel la mère prodiguait ses soins était très important afin de s’y adapter et ne pas risquer de se retrouver abandonné par la dite mère.

A l’origine de l’espèce, pour s’assurer la survie, les petits humains avaient besoin de déterminer avant de savoir marcher la personne qui leur assurerait soins et protection. Non seulement d’autres adultes pouvaient avoir intérêt à éliminer tous ceux qui avaient des caractéristiques génétiques différentes des leurs mais les petits qui se mettaient à marcher avaient besoin de savoir vers qui se replier en cas de danger.

La sélection a rendu stable cette tendance à l’attachement. De la même manière,la prédisposition à élaborer, à partir des réponses maternelles (qu’elles soient optimales, carentielles ou désorganisées), des comportements difficilement modifiables est aussi une forme d’adaptation et de maintien de l’espèce.

Le mécanisme d’imprinting : une formation précoce de nos représentations du monde

Ainsi, intervenir pour changer les représentations de soi et des autres oblige à se questionner sur les modalités qui rendent modifiables et réversibles des structures qui sont tendanciellement stables.

La théorie de l’attachement invite à s’interroger sur les conditions susceptibles de faciliter un changement concernant les attentes et les prévisions qui sont le fondement des modèles opérants internes issus de l’imprinting.

Le concept d’imprinting vient de Konrad Lorenz et en particulier de ses expériences avec les oies et les canards. Lorenz démontre que dans les diverses espèces animales la sélection naturelle opère de manière à déclencher, pendant une période de développement donnée dite période critique, une sorte d’horloge biologique qui permet au petit de localiser l’individu qui va avoir un rôle nourricier à son égard. Pendant cette période, une forte disponibilité à apprendre rapidement les caractéristiques de la figure d’attachement est observée. Une fois apprises, ces caractéristiques s’impriment de façon permanente dans la mémoire.

Les modèles internes opérants en lien avec les styles d’attachement

Dans la théorie de l’attachement, les modèles internes opérants sont les représentations mentales de soi-même et des autres qu’un humain forme dans les interactions avec sa figure primaire d’attachement.

Les modèles internes opérants sont construits à partir des premières expériences affectives et, en particulier, de la disponibilité de la mère à répondre en cas de danger (notamment répondre aux pleurs des bébés ou écouter la colère et la frustration de son jeune enfant).

À l’origine des modèles opérants internes se trouve une série d’attentes sur la façon dont la figure d’attachement réagira en situation de stress physique et émotif ainsi qu’une série de prévisions sur le type de réaction de l’individu dans ces mêmes circonstances. – Grazia Attili

C’est la mémoire de ses propres réactions et de celles de la figure d’attachement en situations similaires dans le passé qui créent des attentes vis-à-vis des événements futurs chez les humains. Ces attentes permettent la meilleure adaptation possible à l’environnement et prennent la forme de schémas, comme des filtres dans la sélection et l’élaboration des informations ainsi que des réactions et comportements.

Deux types de modèles émergent des soins reçus dans les premières années de vie

  • Des modèles opérants internes qui émergent de soins adéquats : l’individu se sent sécure par rapport à son besoin d’être protégé parce qu’il a une représentation mentale de sa figure d’attachement en termes de « base sécure », de laquelle il peut s’éloigner pour l’exploration et vers laquelle se rapprocher en cas de besoin. Il est, donc, libre de porter son attention et décoder, sans préjudice possible, les signaux provenant des contextes dans lesquels il vit et peut gérer au mieux les relations interpersonnelles.

 

  • Des modèles opérantes internes qui émergent de soins inadéquates : l’attachement de ces individus est qualifié d’insécure
    • Ambivalent : mauvaise confiance en soi de l’individu et réalité externe perçue comme dangereuse, jalousie et possessivité dans le couple
    • Évitant : confiance uniquement en lui-même de l’individu, réalité externe perçue comme hostile, mise à distance des autres
    • Désorganisé : le Moi est menacé et fait peur en même temps, réalité externe perçue comme catastrophique, comportements imprévisibles

Les modèles opérants internes ont une grande influence sur la structure de la personnalité tout entière de l’individu et tout au long de sa vie. En effet, ces modèles internes opérants obéissent à des paramètres évolutionnistes prévus pour une meilleure adaptation et pour la survie de l’espèce humaine.

Changer de modèles internes opérants : difficile mais pas impossible

L’importance des relations nouvelles qui offrent un sentiment de sécurité

Bowlby formule l’hypothèse selon laquelle toute relation nouvelle fortement significative (chargée d’affect et qui offre un sentiment de sécurité et au sein de laquelle l’individu recevra des « soins stables et prévisibles ») peut produire une modification des modèles opérants internes acquis dans les interactions avec la figure principale d’attachement (la mère le plus souvent).

Ce type de relation peut être offerte par des membres de la famille ou des amis lucides et éclairés sur la théorie de l’attachement et les conséquences des violences éducatives (y compris ordinaires), un amour authentique dans une relation de couple solide ou bien par un thérapeute formé à la théorie de l’attachement.

Faire l’expérience de recevoir des réponses régulièrement différentes de celles qu’on attend et pendant un temps long de la part de quelqu’un qui se positionne en tant que base sécure peut impulser un processus de métacognition. Ce processus permettra de réélaborer les expériences du passé à la lumière de signifiants nouveaux ayant un sens pour l’individu. – Grazia Attili

3 types d’attachement inadaptés : les attachements insécures

Quatre styles d’attachement sont définis à l’âge adulte :

  1. Sécure
  2. Insécure anxieux ambivalent ou résistant
  3. Insécure anxieux évitant
  4. Insécure désorganisé

Lors d’une thérapie thérapie, la personne avec un attachement insecure est amené à comprendre que ses stratégies et comportements avaient une fonction d’adaptation et de survie avec sa figure d’attachement dans l’enfance mais que ces stratégies et comportements risquent d’être inadaptés dans les relations actuelles.

L’expression des émotions et leur régulation semblent être le résultat des expériences basées sur la possibilité de révéler toutes ses émotions (y compris la colère contre les parents) dans la certitude que ces émotions seront comprises et non censurées. Un enfant sécure (et donc un adulte sécure) grandit dans l’assurance que l’expression de ses émotions ne provoquera pas la rupture de la relation avec la figure d’attachement (dont il ne peut pas se passer parce que s’en passer signifie la mort pour le cerveau).

On comprend alors que, quand les besoins de protection et de réconfort n’ont pas été satisfaits dans l’enfance alors même que les humains sont programmés pour cela, l’humain n’a d’autre choix que de développer des organisations psychologiques déviantes ou des troubles mentaux et des conduites qui ont pour but biologique d’assurer sa protection et sa survie à terme.

L’évitement des enfants insécures anxieux évitants, par exemple, leur permet de maintenir l’organisation, le contrôle et la flexibilité dans leur comportement : souvent les mères des enfants « évitants » ne supportent pas le contact physique, sont inhibées dans leurs expressions émotives, et gênées par les requêtes d’aide ou de réconfort (Main, Stradtman, 1981) ; si les enfants essayaient de s’agripper à leurs mères, ils n’obtiendraient que frustration et désorganisation comportementale (Main, Weston, 1982).

Les attachements non sécures peuvent être considérés comme des schémas adaptatifs, même si ces comportements sont ensuite utilisés de manière rigide dans d’autres situations avec d’autres individus, apparaissant parfois comme pathologiques. – Grazia Attili

La thérapie pour les attachements insécures

L’enjeu d’une thérapie basée sur la théorie de l’attachement est alors de créer un sentiment de sécurité qui permet au patient insécure de manifester ses émotions de colère, d’hostilité et de peur qui, au sein de la relation d’attachement primaire, n’avaient jamais pu être ouvertement exprimées.

Chaque type d’attachement insécure a des besoins différentes :

  • Avec les patients évitants/détachés, il est primordial de les autoriser à exprimer le désespoir et/ou la colère ; ces patients ont vécu l’angoisse du rejet qu’ils ont remplacé par un faux sentiment de bien-être.

 

  • Pour les patients ambivalents/préoccupés, le premier pas consiste à reconnaître leur propre vulnérabilité due à l’imprévisibilité expérimentée avec la FdA. Ce n’est que dans un deuxième temps qu’ils pourront réguler la colère qui les submerge et demander plus directement ce dont ils ont besoin. Se rappeler que l’évitement de certains lieux ou situations était lié à la peur de perdre la FdA peut réduire la phobie élaborée vis-à-vis de ces lieux et de ces situations.

 

  • Pour les sujets désorganisés/non résolus il est important de prendre conscience que plus ils avaient besoin de soutien, plus ils étaient terrifiés.

Ces personnes insécures peuvent alors reconnaître avoir refoulé leur souffrance lorsque leurs parents les ridiculisaient, ou bien leur colère quand ils les menaçaient d’abandon, ou encore le sentiment de frustration de ne pas pouvoir réagir car le risque de perdre la relation était trop important.

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Source : Attachement et théorie de l’esprit de Grazia Attili (éditions Fabert – 2013)