Le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP)
Dans son livre Inceste d’État, Romane Brisard rappelle les sources du discours menant à la création du Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP). Richard Gardner, psychiatre américain, s’est appuyé sur ses consultations privées auprès de familles en désaccord au sujet de la garde des enfants pour affirmer que les pères sont en réalité les victimes de femmes vengeresses qui dictent aux enfants les accusations à porter contre eux. Dès les années 1980, Gardner défend l’idée d’un lien toxique mère-enfant en cherchant à lui donner un vernis scientifique alors qu’aucune étude de cohorte ne vient conforter cette hypothèse. Dans son livre Psychotherapy with Sex-Abuse Victims : True, False and Hysterical, Richard Gardner conseille d’ailleurs aux mères qui recueillent les paroles des enfants incestés de répondre : “Je ne te crois pas. Je vais te frapper si tu dis encore cela. Ne parle plus jamais de ton père de cette façon”. On retrouve ici des traits caractéristiques de la culture de l’inceste et de la domination adulte : la voix de l’enfant n’est pas prise au sérieux et la violence est une manière de rétablir l’ordre patriarcal et adultiste.

SAP et psychanalyse : des théories conçues pour masquer les violences sexuelles
On peut faire un parallèle avec la manière dont Freud a détourné ce qu’il a observé auprès de ses patientes. Les violences sexuelles et les traumatismes sont exprimés par les patientes et observés par Freud, mais ce dernier élabore une théorie sexiste et psychanalytique qui vient tordre le réel. Au début de sa pratique, Sigmund Freud attribue l’origine de l’hystérie à des abus sexuels réels subis durant l’enfance (le mot d’hystérie est en lui-même sexiste dans le sens où les réactions psychotraumatiques viendraient de la nature sexuée des femmes, hystérie venant de utérus). En 1897, Freud abandonne cette explication matérielle face à la critique outrée de ses pairs. Il avance que ces récits relèvent de la vie psychique et de fantasmes inconscients liés aux désirs infantiles de ses patientes adultes. La réalité des agressions sexuelles et leurs conséquences psychotraumatiques deviennent des constructions de l’imaginaire et des désirs refoulés.
De même que la théorie de Freud disqualifie la parole des victimes d’inceste en transformant la violence subie en désir imaginaire, la théorie de Gardner menant au SAP cache la violence des hommes dans les familles.
Le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) en France
Le Syndrome d’Aliénation Parentale : un concept pseudo scientifique, instrumentalisé par les associations paternalistes
Romane Brisard raconte comme le Syndrome d’Aliénation Parentale (SAP) a été introduit en France dans les années 1990, y compris au coeur des institutions judiciaires. En France, c’est par le psychiatre Paul Bensussan que le concept a été popularisé. Paul Bensussan est intervenu comme expert auprès de la Cour d’appel de Versailles et de la Cour de cassation. Dans la revue Annales médico-psychologiques parue en 2009, Paul Bensussan écrit que la validité du concept est démontrée, même s’il prend soin publiquement à gommer le mot “syndrome” pour ne parler que d’aliénation parentale englobant toutes les situations dans lesquelles un enfant rejette un parent (père ou mère), sans que la qualité de la relation avant ne justifie ce rejet. Le SAP a par ailleurs trouvé des échos au-delà du milieu judiciaire. Il a pu être mentionné dans des manuels de formation pour les travailleurs sociaux.
Le SAP a été utilisé par des associations paternalistes, dont le groupe SOS Papa qui défend la “cause des pères” victimes d’un État français qui serait “raciste anti-père”. Cette association a retiré de son site internet plusieurs propos misogynes dont voici des extraits retrouvés par Romane Brisard : “C’est bien la graine, la filiation, qui détermine une fleur, pas le pot de fleur dans lequel on la plante”. Ses représentants parlent d’un “féminisme haineux“, d’un “lobby lesbio-féministe” ou d’un “totalitarisme social matriarcal”.
La lutte pour la garde des enfants est un combat central de SOS Papa en s’appuyant sur le SAP. SOS Papa dénonce “les fausses allégations d’attouchements sexuels à l’encontre des pères, techniques à la mode utilisées par de nombreuses mères possessives”. Les militants proches de SOS Papa veulent une reconnaissance réelle de la garde alternée, alors même que certains d’entre eux ont été condamnés pour violence conjugale. Par exemple, le “papa grue” de Nantes, Serge Charnay, a été condamné en 2024 à 4 mois de prison ferme.
Les mythes paternalistes et masculinistes démentis par les chiffres concernant les modes de garde des enfants
En France, aucune statistique ne montre que les pères sont défavorisés en matière de garde des enfants après un divorce. En 2013, au moment de l’action des “papas-grues” (perchés sur des grues pour réclamer le droit de voir leurs enfants), les statistiques du Ministère de la Justice montraient que :
- Dans 72,1% des cas de divorce, la garde des enfants revient à la mère MAIS
- dans 80% des cas, les parents se sont accordés sur le mode de garde,
- dans 93% des cas, les demandes des pères ont été satisfaites,
- dans 80% des cas, les pères ne demandent pas la garde des enfants.
Depuis, le taux de garde des enfants par le père a légèrement augmenté. En 2023, 12 % à 17 % des enfants sont dans la situation d’une résidence alternée (un taux qui progresse avec l’âge et le niveau de diplôme des parents). Un père qui demande la garde alternée a 80 % de chances de voir sa requête acceptée. En réalité, 60% des pères ne demandent pas spontanément la garde alternée au départ (souvent par choix d’organisation ou par habitude procédurale), et ceci pèse lourdement sur les statistiques globales en faveur des mères. Si les pères obtiennent peu la garde des enfants, c’est qu’ils la demandent peu. Par ailleurs, au fil du temps, de plus en plus de pères partagent la garde avec la mère dans le cadre d’une garde alternée.
Les accusations d’inceste contre les pères se révélant fausses sont très rares.
Romane Brisard cite une étude du Ministère de la Justice de 2001 qui démontre que les fausses allégations de violences sexuelles représentent moins de 1% des cas. en France Plus récemment, des études internationales ont affiné ces chiffres. Le taux moyen de fausses allégations intentionnelles de violences sexuelles sur les enfants tournerait entre 3% et 8% (étude False allegations of rape, The Cambridge Law Journal, 2006).
Romane Brisard souligne que les femmes sont très souvent accusées de fausses accusations quand elles portent plainte contre le père de leurs enfants pour inceste. Selon une étude de 2005, reprise par la CIIVISE, seuls 12 cas de dénonciations intentionnellement fausses ont été recensés sur 7 672 dossiers (soit 0,16%).
La France est en retard par-rapport au reste du monde concernant les traitements discriminatoires subis par les mères protectrices. La tendance est encore à la présomption de mensonge envers les enfants et de manipulation envers les femmes qui dénoncent des agressions sexuelles et des viols incestueux commis par les pères.
Romane Brisard parle “d’imprégnation idéologique” de professionnels du droit. Le fantasme des violences sexuelles inventées par les mères reste tenace, aussi bien dans les mentalités du grand public que dans les décisions de justice. Admettre que les mères ne manipulent pas leurs enfants pour qu’ils accusent leurs pères de viol serait en réalité un séisme car cela forcerait tous les membres de la société à admettre que l’inceste est “un crime de masse” (Cécile Cée, militante enfantiste). L’invocation du SAP sert bel et bien à masquer le terrorisme familial que représente les violences incestueuses. Il sert à maintenir la domination des adultes sur les enfants et des hommes sur les femmes. En effet, la violence sexuelle apprend à se soumettre (en organisant l’impunité des agresseurs) et l’inceste est définitivement le “berceau des dominations” (Dorothée Dussy, anthropologue). La culture de l’inceste anéantit des enfants et des femmes, avec l’approbation de l’État. Le Syndrome d’Aliénation Parentale fait partie de la culture de l’inceste car il sert à silencier les femmes et les enfants victimes.
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Source : Inceste d’État : quand la justice livre les enfants victimes à leurs bourreaux de Romane Brisard (éditions Stock). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur les sites de ecommerce.
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