Notre style d’attachement influence notre comportement, et notamment notre parentalité

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La théorie de l’attachement

D’après la théorie de l’attachement, la représentation de soi et autres, ainsi que les comportements qui en découlent, sont le résultat d’expériences précoces (la première année de vie de l’enfant) qui laissent des traces irréversibles (ou presque).

Lors de la première année de vie, le cerveau humain est doté d’une telle plasticité qu’il est susceptible d’apprentissages durables et quasiment irréversibles.

En effet, du point de vue de l’évolution et de la survie de l’espèce humaine, apprendre rapidement les caractéristiques et le style à travers lequel la mère prodiguait ses soins était très important afin de s’y adapter et ne pas risquer de se retrouver abandonné par la dite mère.

La sélection a rendu stable cette tendance à l’attachement. De la même manière,la prédisposition à élaborer, à partir des réponses maternelles (qu’elles soient optimales, carentielles ou désorganisées), des comportements difficilement modifiables est aussi une forme d’adaptation et de maintien de l’espèce.

Dans la théorie de l’attachement, les modèles internes opérants sont les représentations mentales de soi-même et des autres qu’un humain forme dans les interactions avec sa figure primaire d’attachement.

Les modèles internes opérants sont construits à partir des premières expériences affectives et, en particulier, de la disponibilité de la mère à répondre en cas de danger (notamment répondre aux pleurs des bébés ou écouter la colère et la frustration de son jeune enfant).

Les styles d’attachement

  • Des modèles opérants internes qui émergent de soins adéquats : l’individu se sent sécure par rapport à son besoin d’être protégé parce qu’il a une représentation mentale de sa figure d’attachement en termes de « base sécure », de laquelle il peut s’éloigner pour l’exploration et vers laquelle se rapprocher en cas de besoin. Il est, donc, libre de porter son attention et décoder, sans préjudice possible, les signaux provenant des contextes dans lesquels il vit et peut gérer au mieux les relations interpersonnelles.

 

  • Des modèles opérantes internes qui émergent de soins inadéquates : l’attachement de ces individus est qualifié d’insécure
    • Ambivalent : mauvaise confiance en soi de l’individu et réalité externe perçue comme dangereuse, jalousie et possessivité dans le couple
    • Évitant : confiance uniquement en lui-même de l’individu, réalité externe perçue comme hostile, mise à distance des autres
    • Désorganisé : le Moi est menacé et fait peur en même temps, réalité externe perçue comme catastrophique, comportements imprévisibles

Christine Genet et Estelle Wallon (Psychothérapie de l’attachement, éditions Dunod) établissent un parallèle entre les styles d’attachement des enfants et les styles d’attachement des adultes :

  • un enfant à l’attachement sécure devient un adulte à l’attachement sécure/ autonome

L’enfant sécure est autonome, il explore facilement l’environnement, il est capable d’attirer l’attention d’autrui et d’exprimer ses besoins. Les stratégies d’attachement sont activées de manière appropriée (en cas de menace). Les enfants à l’attachement sécure représente environ 60% de la population générale.

  • un enfant à l’attachement insécure ambivalent/ résistant devient un adulte à l’attachement préoccupé

L’enfant à l’attachement insécure ambivalent/ résistant exprime ses besoins d’attachement de façon bruyante. Il peut se montrer à la fois demandeur de réconfort et agressif, difficile à satisfaire. Ses stratégies d’attachement sont trop activées (environ 10 % dans la population générale).

  • un enfant à l’attachement insécure évitant devient un adulte à l’attachement détaché

L’enfant insécure évitant présente une pseudo-indépendance, il explore facilement l’environnement mais il exprime peu ses affects et peu ou pas ses besoins. Ses stratégies d’attachement sont peu activées (environ 20 % dans la population générale).

  • un enfant à l’attachement insécure désorganisé/ désorienté devient un adulte à l’attachement désorganisé (état d’esprit non résolu)

L’enfant à l’attachement insécure désorganisé/ désorienté a un comportement chaotique et instable. L’enfant perd le lien avec ses émotions et sa vie affective. Les spécialistes de l’attachement parle de “une peur sans solution”. Il n’a pas de stratégie d’attachement repérable.

L’enfant avec un attachement évitant devient un adulte détaché

Ces passages du style d’attachement dans l’enfance à un modèle interne opérant à l’âge adulte ne sont pas automatiques car d’autres facteurs entrent en jeu dans la formation du style d’attachement à l’âge adulte (entretenir une relation de couple satisfaisante, devenir parent, avoir un travail valorisant, entreprendre une psychothérapie, se révolter contre les maltraitances passées, vieillir, s’apaiser, et vivre tout événement qui permet de prendre de la distance par rapport aux expériences passées et de favoriser la résilience).

Toutefois, avoir développé un style d’attachement insécure évitant dans l’enfance a des répercussions sur les comportements à l’âge adulte.

Souvent les mères des enfants « évitants » ne supportent pas le contact physique, sont inhibées dans leurs expressions émotives, et gênées par les requêtes d’aide ou de réconfort (Main, Stradtman, 1981) ; si les enfants essayaient de s’agripper à leurs mères, ils n’obtiendraient que frustration et désorganisation comportementale (Main, Weston, 1982). L’évitement d’un enfant insécure anxieux évitant lui a permis de maintenir l’organisation, le contrôle et la flexibilité dans son comportement.

Avec l’âge se développe une vision du monde marquée par une confiance uniquement en lui-même de l’individu, une réalité externe perçue comme hostile et une mise à distance des autres. L’enfant insécure évitant présente une pseudo-indépendance, il explore facilement l’environnement mais il exprime peu ses affects et peu ou pas ses besoins. Les proches ne sont pas perçus comme des ressources en tant que soutien émotionnel. L’enfant à l’attachement évitant devenu adulte a tendance à se mettre en retrait dans les situations sociales (il peut aussi se montrer parfois agressif). Au niveau émotionnel, il  contrôle de émotions (les siennes et celles des autres) et se détourne du vécu émotionnel au profit des performances (agir plutôt que ressentir).

Pour aider un adulte à l’attachement détaché, il est primordial de l’autoriser à exprimer son désespoir et/ou sa colère  car il a vécu l’angoisse du rejet qu’il a remplacé par un faux sentiment de bien-être.

Daniel Siegel, professeur en psychiatrie et auteur de plusieurs livres sur le cerveau des enfants, estime que ce n’est pas parce que les parents n’ont pas  offert un attachement sécurisant qu’on est condamné à conserver un modèle insécurisant. Dans son livre Le Cerveau de votre ado, il propose quelques pratiques pour travailler les répercussions de l’attachement évitant à l’âge adulte et gagner en souplesse relationnelle et en qualité de communication.

Exercices si vous avez vécu un attachement évitant/ détaché et que vous en souffrez dans vos relations à l’âge adulte (par Daniel Siegel)

Daniel Siegel conseille d’aller doucement sur la pratique de ces exercices car l’évitement a été une stratégie d’adaptation nécessaire et utile dans le passé, sur laquelle la personnalité adulte s’est construite. Siegel ajoute que même quelqu’un qui affiche une grande indépendance cache parfois un besoin intérieur de proximité relationnelle, dont il n’a pas toujours conscience. Ces exercices visent à développer la sensibilité aux signaux envoyés par le corps qui pourraient indiquer un besoin d’être plus proche et intime avec l’entourage. Avec la pratique, il deviendra plus facile pour les personnes à l’attachement évitant/ détaché de dire ce qu’elles ressentent et de signifier aux autres l’envie de passer plus de temps avec eux.

  • Exercez-vous à prendre conscience de vos états corporels intérieurs. Commencez par vous focaliser sur la partie du pneu de la roue de la conscience qui correspond aux sensations corporelles. Si vous avez du mal à vous concentrer sur vos deux bras ou vos deux jambes en même temps, essayez de vous concentrer d’abord sur le membre droit, puis sur le gauche.

 

  • Prenez conscience des signaux non verbaux lors des interactions humaines. Essayez de regarder des émissions de télé en coupant le son ou des films dont vous ne comprenez pas la langue. Rappelez-vous que ces signaux incluent le contact visuel, les expressions faciales, le ton de la voix, les gestes, les postures, le rythme et l’intensité des réponses.

 

  • Apprenez à utiliser des expressions non verbales. Regardez-vous dans un miroir ou filmez-vous et visionnez l’enregistrement. Essayez d’exagérer la transmission de ces signaux importants.

 

  • Activez des souvenirs autobiographiques. Commencez simplement par écrire en détail ce que vous avez fait dans la journée : comment vous vous êtes levé de votre lit, ce que vous avez fait avec votre corps en vous habillant, comment vous avez pris votre petit déjeuner. Essayez de retrouver la sensation liée à ces expériences au moment où vous vous les rappelez. Après avoir noté ces souvenirs récents, racontez des souvenirs autobiographiques plus anciens. Ne vous inquiétez pas si vous ne remontez pas jusqu’à votre enfance : il peut être difficile d’accéder à ces souvenirs, et certains peuvent même ne pas avoir été encodés dans votre mémoire.

 

  • Quand vous êtes prêt, demandez à un ami de faire cet exercice avec vous : chacun à votre tour, mimez des émotions. Essayez d’exprimer et de déchiffrer ces neuf émotions que sont la joie, l’enthousiasme, la surprise, la tristesse, la peur, la colère, le dégoût, la culpabilité et la honte.
  • Entraînez-vous aussi à simplement remarquer ces émotions au moment où elles surgissent en vous, même fugitivement. Laissez les sensations liées à ces émotions vous envahir, sans essayer de les analyser.

 

  • Essayez de vous laisser toucher par le sens qui se cache derrière les mots, leurs connotations non verbales. Pour vous exercer, prononcez une phrase neutre en variant le contexte en modulant le ton de votre voix, le rythme des mots, en déplaçant l’accent selon la situation imaginée. Essayez de sentir comment la signification du message se trouve chaque fois modifiée.

 

Il ne tient qu’à vous de décider de tisser de nouvelles relations dans votre vie actuelle. Vos relations aux autres changeront, car vous serez peu à peu capable de déchiffrer leur vie intérieure grâce aux signaux non verbaux qu’ils émettent. Vous serez parfois débordé par cette sensation nouvelle de présence à soi et au monde, mais vous vous sentirez plus vivant. – Daniel Siegel

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Source : Le Cerveau de votre ado de Daniel Siegel (éditions Les Arènes). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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