Intelligence émotionnelle et résilience : construire un vocabulaire riche autour des sensations, bénéfique tant pour les adultes que pour les enfants

Intelligence émotionnelle et résilience vocabulaire sensations

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Développer l’intelligence émotionnelle et la résilience passe par un travail sur le corps, sur les sensations et le vocabulaire associé aux sensations. Construire un vocabulaire riche autour des sensations permet d’être pleinement conscience de soi-même, de mieux se connaître. Bien se connaître passe nécessairement par le fait d’être à l’écoute de soi-même et donc de son corps, par le fait de reconnaître, identifier et nommer correctement les sensations qui accompagnent les émotions.

Les sensations peuvent être neutres, agréables comme désagréables et ces trois natures sont utiles. Les sensations désagréables nous alertent sur un éventuel danger, sur une atteinte à notre intégrité, sur une perte, sur une injustice ou encore sur une perte de contrôle. Les sensations agréables nous permettent d’identifier nos sources d’énergie et d’enthousiasme.

Disposer d’un vocabulaire riche au sujet des sensations permet de comprendre les messages envoyés par le corps, de reconnaître leur influence et de les utiliser à bon escient pour prendre des décisions. Les humains de tout âge gagnent donc à pouvoir exprimer avec précision ce qui se passe dans leur corps. A cet effet, je vous propose une liste avec des mots de vocabulaire autour des sensations (liste non exhaustive et non prescriptive, qui gagne à être enrichie et modifiée).

Sensations désagréables 

  • glacé/ glacial/ gelé/ froid/ frais/ humide/ moite
  • chaud/ bouillant/ brûlant/ ardent
  • instable/ agité/ bouillonnant/ bancal / vacillant
  • sombre/ terne/ lourd/ dur
  • vide/ solitude/ lassitude/ faiblesse
  • coincé/ collé
  • tendu/ serré/ compressé/ las/ fatigué/ ombrageux
  • ventre noué/ mâchoire crispée/ respiration saccadée/ souffle bloqué/ gorge serrée/ chair de poule/ larmes aux yeux/ sueurs froides
  • malaise/ haut le coeur/ nausée/ envie de vomir/ avoir le coeur au bord des lèvres
  • en alerte/ comme un hérisson piquant
  • contraction/ envie de disparaître, de fuir, de se cacher/ impression de couler
  • pris de vertige/ impression de flou
  • engourdi/ paralysé
  • blessé/ ça fait mal
  • pointu/ aigu/ ça pique
  • ça démange/ ça grésille

 

Sensations agréables 

  • plat/ rond
  • tranquillité/ détente/ calme/ paix/ sérénité
  • papillon dans le ventre
  • ça chatouille/ ça picote/ ça gargouille/ ça mousse
  • soyeux/ comme de la soie/ doux
  • force/ vigueur/ vitalité/ dynamisme/ énergie/ puissance/ ardeur/ fougue
  • légèreté/ ouverture/ énergie/ expansion/ douceur/ liberté/ amplitude
  • impression de flotter, de voler

 

Les sensations sont différentes des émotions mais les accompagnent. Il est utile pour nous-mêmes mais aussi pour les enfants de nommer nos sensations corporelles afin de ne pas laisser les sensations ignorées s’enkyster en traumatisme. Il est possible d’inviter un enfant effrayé à décrire ce qui se passe dans son corps : où est-ce que ça se passe ? comment ça fait ? à quoi ressemble la peur dans ton corps ?

Si l’enfant a du mal à décrire ce qu’il ressent dans son corps, les adultes peuvent l’aider en posant des questions :

  • comment ça fait dans ton ventre ? et dans ta gorge ?
  • comment ça fait dans ta poitrine : est-ce que c’est tout serré ? est-ce que tu sens que l’air a du mal passé ? tu dirais que c’est tendu ?
  • est-ce qu’il y a un endroit dans ton corps où tu sens comme une impression de vide ? comme si quelque chose était coincé ?
  • est-ce que tes muscles sont durs et te font mal ?
  • est-ce que tu te sens déséquilibré, vacillant ou quelque chose comme ça ?
  • je vois que tu es agité, tu trembles et tes mains sont gelées. Est-ce que ça fait froid ailleurs ?

Nous pouvons rester auprès de l’enfant calmement, en offrant une présence chaleureuse, soutenante, contenante (avec un câlin si l’enfant est OK pour le recevoir). Mieux vaut respecter son souhait de ne pas être approché ou touché si c’est le cas, tout en restant ouvert aux signes qui signaleraient que l’enfant a changé d’avis et est prêt pour un contact physique.

Après quelques minutes, on pourra pointer les changements dans le corps : est-ce que la température des mains a changé ? est-ce que l’impression d’étouffer a diminué ? à quoi le vide ressemble maintenant ?

Accueillir et nommer les sensations qui accompagnent les émotions est le premier pas de l’intelligence émotionnelle car d’une part, les sensations donnent des indications sur la nature et l’intensité des émotions et, d’autre part, savoir que les sensations ne sont pas dangereuses, qu’elles finissent par passer permet de ne se laisser ni désorganiser ni submerger (s’effondrer, paniquer, faire preuve de violence…).

Les sensations désagréables sont douloureuses vivre mais elles ne sont qu’une manifestation du corps qui cherche l’équilibre et la vie. Elles ne sont jamais l’étape finale. Quand nous sommes capables, en tant qu’adultes, de ressentir cette fluidité dans notre corps (ce passage de la tension à la détente), nous devenons plus compétents pour comprendre ce que traversent les enfants.

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Un article inspiré par les travaux de Peter Levine et Maggie Kline ( Trauma-Proofing Your Kids, North Atlantic Books)