Parents : 4 croyances éducatives qui génèrent de l’opposition chez les enfants

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L’approche des thérapies brèves remet en cause certaines idées issue du sens commun qui nous mènent dans des impasses et des oppositions permanentes avec nos enfants.

  • Croyance 1 : Si une solution est efficace dans un cas particulier, alors elle l’est dans tous les cas.

Cette croyance peut nous pousser à transposer, d’un enfant à l’autre ou d’une situation à un temps T à une situation à T+1, les solutions qui ont produit des résultats.

Cette croyance nous pousse à des fonctionnements rigides et à des oppositions de la part des enfants qui vont vouloir manifester leur autonomie, préserver leur intégrité et défendre leur individualité.

 

  • Croyance 2 : Pour être justes, il ne faut faire aucune différence entre les enfants d’une fratrie.

Les enfants n’ont pas tous les mêmes besoins au même moment (ne serait-ce qu’à cause de leur âge, ils n’ont pas le même appétit).

Il est possible de chercher à faire plaisir à chaque enfant en cherchant un cadeau correspondant à lui en particulier, quelque chose de différent des autres enfants, rien qu’à lui. L’intention ici compte plus que le coût ou la taille du cadeau car on s’adresse au coeur, et non pas à la raison. Si un enfant est déçu ou pose des questions sur le fait qu’il n’a pas de cadeau ou qu’il a un cadeau plus petit, il est toujours possible d’accueillir sa déception et de reformuler ses questions pour voir ce qui les motive : “”Oh, tu as l’impression que le cadeau de ta soeur est plus grand. C’est vrai que la taille du tien est plus petite mais je l’ai choisi exprès pour toi parce que je sais que tu aimes énormément (les Pokemon/ Harry Potter/ les licornes…). C’est ma manière à moi de te montrer que je fais attention à tes goûts.”

 

  • Croyance 3 : Il faut répéter plus fort et/ou plus souvent les consignes quand les enfants ne font pas ce qu’on attend d’eux.

Face à un enfant qui ne réagit pas, les parents vont avoir tendance à répéter, plus fort et plus souvent leurs consignes, jusqu’à menacer, isoler ou priver l’enfant d’une chose appréciée.

Pourtant, il existe des raisons pour laquelle un enfant n’écoute pas et, en tant que parents, nous avons des leviers pour formuler des consignes plus efficaces. Plutôt qu’agir sur l’enfant, nous pouvons agir sur nous-mêmes.

Pour aller plus loin : Mon enfant fait semblant de ne pas m’entendre quand je lui demande quelque chose

 

  • Croyance 4 : Punir ou récompenser est efficace pour amener les enfants à obéir. 

Quand on punit les enfants, ces derniers ne se focalisent que sur les conséquences de leurs actions sur eux-mêmes. C’est dommageable car les punitions n’apprennent pas aux enfants à prendre des décisions motivées par l’éthique et le souci de l’autre.

Par exemple, un jeune enfant peut continuer à courir dans la maison alors qu’on lui a déjà expliqué qu’il risque de se faire mal ou que les voisins du dessous l’entendent. Cela ne signifie pas que l’enfant n’a pas entendu ou pas compris les avertissements, mais plus probablement qu’il continue à adopter ce comportement parce qu’il a une bonne raison de le faire. Il a probablement besoin de se dépenser physiquement et ce besoin physique est plus fort que le risque d’une punition. Quand nous avons besoin de répéter un nombre incalculable de fois les mêmes consignes (ici “Arrête de courir dans la maison !” ou “Je t’ai déjà dit 10 fois de ne pas courir dans la maison !”), c’est que nous sommes passés à côté de quelque chose : nous ne traitons pas le “vrai” problème. Quand on les menace de punition, les enfants peuvent s’arrêter immédiatement et nous obéir par peur. Pourtant, il y a de fortes chances pour qu’ils adoptent à nouveau le comportement problématique car cela correspond à un de leurs besoins fondamentaux insatisfait.

Lire aussi : La punition est présentée comme la panacée éducative (mais est loin de l’être)

 

Dépasser les blocages et les oppositions systématiques en famille

Envisager la situation différemment

Pour dépasser nos blocage, nous pouvons envisager la situation différemment afin de modifier notre manière d’interagir. Nous trouverons alors d’autres mots pour formuler des demandes, d’autres stratégies de communication, d’autres formes d’interactions plus efficaces et respectueuses.

Lorsque les individus échouent dans leurs relations, ils se trompent souvent d’ennemis : ils se focalisent tellement sur l’autre qu’ils voudraient « dompter », qu’ils ne savent plus effectuer le lâcher-prise nécessaire pour réviser d’abord leur point de vue. Certains parents s’épuisent de cette façon à vouloir changer leurs enfants alors qu’en changeant leurs propres regards et ainsi leurs comportements, ils parviendraient à modifier en retour les réactions de leurs enfants. – Françoise Kourilsky (docteur en psychologie)

En tant que parents, nos relations avec nos enfants s’amélioreront si nous n’accusons pas les enfants d’être paresseux, sourds, égoïstes, ingrats… Nous risquons de nous enfermer dans des jeux relationnels si nous nous focalisons sur la rigidité des autres, sur leur défauts ou leur mauvaise volonté, oubliant que leur rigidité nous renvoie à notre propre rigidité. C’est le cas dans nos relations avec nos enfants mais aussi avec le ou la partenaire.

Miser sur les ressources des enfants plutôt que punir leurs défauts

Françoise Kourilsky, docteur en psychologie, rappelle que les ressources humaines sont fragiles et périssables. Elles peuvent se dégrader si elles ne sont pas reconnues et exploitées. Un humain a tendance à n’utiliser que les ressources qui lui sont reconnues et ceci est aussi valable pour les enfants. Les parents peuvent donc devenir des “mobilisateurs de ressources humaines”.

Pour avoir envie de changer et s’en sentir capable, il faut savoir qu’on en a les ressources. Les enfants se sentiront capables s’ils savent qu’ils ont des ressources en eux qu’ils peuvent activer, plutôt que se sentir enfermés dans leurs dysfonctionnements ou leurs manquements. Ainsi, punir les erreurs des enfants revient à mettre l’exergue sur leurs limites alors qu’il serait plus efficace de leur témoigner de la confiance, de leur montrer l’exemple des comportements que nous attendons et de leur enseigner des compétences.

Envisager les dysfonctionnements comme une réponse d’adaptation dans un contexte donné, dans une relation donnée et à une étape du développement donnée

Françoise Kourilsky nous invite à envisager un dysfonctionnement comme utile et cohérent par rapport aux règles et à l’organisation du système dans lequel ce dysfonctionnement se manifeste. Cela signifie que les enfants réagissent avec les ressources dont ils disposent dans un contexte donné, en fonction de leur développement intellectuel, émotionnel et physique, en fonction des exemples qui leur sont donnés à copier, en fonction des compétences qu’ils ont pu développer, en fonction de ce qui leur sera efficace pour survivre.

La logique classique voudrait qu’on combatte les symptômes, les comportements dysfonctionnels et les résistances dans le but de les éliminer. Pourtant, en tant que parents, nous pouvons renverser notre raisonnement et nous demander quelle est la fonction utile du comportement que nous estimons agaçant de l’enfant. Cette manière d’envisager les comportements de nos enfants nous permettra d’être plus souples, plus créatifs et de créer des relations plus authentiques. Des relations authentiques ne sont pas synonymes de relations sans désaccords, d’enfants toujours sages et de parents toujours zen, mais plutôt des relations où chaque membre peut sentir sa valeur intrinsèque et est assuré de voir sa dignité respectée.

Cette manière d’envisager les comportements des enfants est à la base de l’approche que je développe dans mon livre La co-éducation émotionnelle (éditions Hatier). Il s’agit de raisonner autrement afin de faire autrement dans nos relations parents/ enfants.

Pour aller plus loin, la lecture de mon livre vous donnera des pistes pour raisonner autrement face aux comportements des enfants qui nous mettent en difficulté (avant de chercher à plaquer des astuces et conseils au risque de constater que “l’éducation positive, ça ne marche pas”). Il est disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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Source : Du désir au plaisir de changer : le coaching du changement de Françoise Kourilsky (éditions Dunod). Disponible en médiathèque, en librairie ou sur internet.

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